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dimanche 26 janvier 2020

Tonnerre sous les tropiques audois... à la fin Janvier

Quelques images de la crue exceptionnelle de mercredi dernier. Il ne se passe plus une année sans qu'une partie du département soit touché par un phénomène climatique hors normes.
Cette fois ce sont le sud et l'ouest qui ont subi les plus fortes pluies, entre 200 et 300mm.
Les karsts des Hautes Corbières et de la Haute Vallée de l'Aude ont fortement réagi.

La source de Montjoi sature pour la deuxième fois en deux mois : 




Un peu en aval, l'Orbieu est sorti de son lit et a inondé les parcelles agricoles peu avant Vignevieille :



L'entrée du réseau, toujours aussi impressionnante :


Le Sou, à la sortie du canyon de Termes :


Dans la Haute Vallée, le pays de Sault est aussi en crue. Boris et Loïc sont passés photographier le  Blau, où le niveau a à peu près égalé celui atteint en Février 2018 :

Le chemin menant au gué du Sourd est sous les eaux
On est pas près de faire de la spéléo au sec !

mercredi 18 janvier 2017

Séance matinale aux Paichaires

Mercredi 18/01/2017
Trou des Paichaires
Participants : Henri, Laurent
TPST : 3H30

Petite virée ce mercredi histoire d'avancer le chantier du nouveau fond. Le froid est là et nous garantit une aspiration conséquente et appréciable.
La configuration en ogive oblige à adapter la méthode, retour au perçage en 12mm comme au début des années 90.
Première salve vite déblayée en solo, puis Henri me rejoint pour la seconde.
Au total quand même neuf trous en 12 et 400 de long avec un seul accu, pas trop mal pour du marbre extrêmement dur. Arrêt sur autonomie.
La résistance de la roche est forte et ce verrou risque d'être ardu à franchir.
Pour le moment, la visibilité est réduite par un coude à gauche un bon mètre devant, mais le courant d'air est là pour donner de la motivation.

La suite...
Au retour, visite des trous autour de la Caune de Salza pour pistage du courant d'air. Cette zone serait le point d'origine de la branche sud-ouest du réseau de Vignevielle. Il y a de très beaux creusements anciens mais pas de ventilation évidente. Il faudrait tenter une désob bête et méchante dans le colmatage de terre, mais on en a pas vraiment le temps étant donné les objectifs en cours...

Trou sous la Caune

Dans la Caune de Salza

jeudi 5 janvier 2017

Quelques nouvelles des Paichaires

Jeudi 05/01/2017
Sortie solo au trou des Paichaires
TPST : 1h30

Avec l'installation (enfin!) d'un temps de saison propice aux courants d'air, et pour inaugurer la nouvelle année spéléo, je suis allé voir le résultat de la dernière purge au chantier actuel, armé simplement d'un jeu de massette-burin et de quoi faire de la fumée.
La dernière fois nous avions tenté un coup de poker en élargissant la lucarne en hauteur, ce qui impliquait de sacrifier le fond du ressaut situé à l'aplomb.

Comme prévu il y a eu du changement : le ressaut n'est plus accessible mais un joli trou s'est ouvert dans la paroi à 2m de haut. Il reste encore environ 150kg de blocs juste posés en pente et qui ne demandent qu'à tomber. Prudemment et un par un j'envoie tout ça par le fond à la pointe du burin, le corps tendu comme une arbalète se repliant à chaque chute dans la diaclase d'accès.

Bientôt tout est assaini, je grimpe et passe dans un petit vide de 2m de haut pour 1,5m de large. A première vue ça semble sans suite.
Pourtant au ras du plafond la lampe détecte un départ horizontal, où je m'empresse de mettre la tête. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle :
La mauvaise c'est que c'est étroit, 25cm de large pour 15cm de haut, plein marbre sur 1,5m de long avant un coude plus large virant à nouveau plein Est.
La bonne c'est que le pari de la lucarne a été gagnant : le courant d'air est ici, parcourant avec force cette étroiture. Pas besoin de fumée mais à être là j'allume un kleenex (méthode alternative de la cigarette, très efficace...).
De longues salves aspirantes qui font danser le papier posé au milieu alternent avec de courtes mais intenses phases de souffle. Normal, le trou est censé être branché sur une double circulation d'air dans le collecteur situé plus bas, car le trou souffleur au dessus du siphon "du bout du monde" de Vignevieille  doit toujours être ouvert étant donné la poursuite de la sécheresse.

Certes il y a du travail mais il s'agit probablement d'un passage-clé étant donné la concentration du courant d'air. Quatre petits mètres de première pour démarrer 2017, c'est peu, mais après presque 6 ans de pause et de découragement sur cet objectif, la découverte de ce nouveau fil conducteur confirme le retour de l'espoir initié par les découvertes et la topographie d'Octobre dernier.

dimanche 11 décembre 2016

Reprise de chantier aux Paichaires : Le marbre plus dur que l'os...

Samedi 10/12/2016
Trou des Paichaires
Participants : Dominique, Henri, Sebastien, Elodie, Laurent
TPST : 5h30

Première salve avec une équipe qui ratisse large de la plaine toulousaine au Narbonnais. Temps magnifique qui permet au trou d'aspirer grâce à la fraicheur matinale de fond de vallée.
Puisqu'on est nombreux on s'étage dans le trou pour faire avancer l'élargissement des étroitures et le chantier du fond simultanément.
Deux zones sont calibrées avant le fond et les remblais stockés en bas du P8.  En parallèle, une volée de trous est effectuée juste avant la lucarne terminale pour faciliter la retraite au cas où le gros bloc coincé qui défend la suite en hauteur aurait des velléités de jouer les pommes de Newton sur ma poire...
La roche ici est extrêmement dure, à vous polir une pointe de mèche en quelques trous. C'est un mélange de marbre rouge et de bandes de silex encore plus dures.

On sort manger au soleil puis retour au turbin.
Aucune trace de fumée, mais cette fois c'est l'équilibre thermique de la mi-journée. Henri déblaye devant, Dom est juste derrière. Soudain c'est le drame : un morceau de marbre atterrit en plein sur la main de Dom. Forte douleur mais le doigt concerné arrive encore à se plier. Malgré tout, impossible de continuer pour Dom.
On finit la purge, les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Je me paye quelques sueurs froides en percant le fameux bloc suspendu tenu par un petit becquet. Il vibre, tremble et quelques miettes tombent régulièrement. Mais tout se passe bien.
Repli en bas du P8 et on envoie les volts avant un autre repli, vers l'AG du CDS qui nous attend à 80km de là.

Trois séries d'éboulements successifs se font entendre; c'est sûr, le passage aura changé d'aspect la prochaine fois..

Au retour, petit détour en 4X4 par la Peyre Fouillère histoire de présenter le massif par le haut à Seb et Elo qui s'y rendent pour la première fois (d'ailleurs, petite info en avant première, il devrait y avoir du nouveau prochainement de ce côté-là du massif également).

Epilogue ce matin pour Dominique après verdict médical : fracture de l'auriculaire !
Comme quoi le marbre c'est vraiment plus dur que l'os....

mardi 6 décembre 2016

Sortie préparatoire aux Paichaires, et petit bilan sur carte des découvertes faites à ce jour sur (et sous) le massif

Mardi 6 Décembre 2016
Trou des Paichaires
Participants : Henri, Laurent
TPST/ES : 3H

Ouverture du sentier d'accès au trou par cette belle après-midi, en prévision de la reprise des hostilités samedi prochain.
Dans la cavité, pose de plusieurs marches dans le ressaut d'entrée. Courant d'air aspirant pas énorme mais bien présent.
Ensuite diagnostic du chantier où les odeurs de clope sont bien arrivées depuis l'entrée et malgré le dédale de passages.
Il faudra faire un choix : l'ouverture de la lucarne terminale où part le zef provoquera l'obstruction du dernier ressaut très étroit au fond. Espérons que ce sera la bonne décision sous peine d'allongement des travaux.

Ci dessous plusieurs cartes d'ensemble du massif pour bien comprendre les enjeux et le potentiel de cette désobstruction,  en espérant que cela suscite ou confirme des motivations :


Report du réseau et des cavités principales sur fond topo. Les entrées au nord de la carte d'Ouest en Est sont des exutoires du même aquifère et sont potentiellement reliées (St Pierre, Vignevieille, Caulière)


Même report dézoomé. Le réseau reporté à droite est celui de Nitable : deux cavités majeures du département à moins de trois kilomètres l'une de l'autre


Report sur fond géologique : calcaires en marron, schistes inférieurs en gris fonçé, schistes supérieurs en gris clair, épaisseur des carbonates : 450m


Report géologique dézoomé. On observe que l'unité du Roc de Nitable est indépendante (nappe de charriage). La vallée de l'Orbieu est à l'Ouest et au Nord, celle du Sou à l'Est


Report sur photo aérienne


Report dézoomé. On repère bien les gorges de l'Orbieu à gauche, les gorges de Caune Pont à droite au milieu et le canyon de Termes à droite en haut

Bonnes cogitations et à vos piquettes...

lundi 7 novembre 2016

Une image vaut 1000 mots

Après calcul des coordonnées de quelques points topo remarquables et report sur carte zoomée sur le secteur Parcade-Paichaires, le résultat est frissonant !






Le trou des Paichaires correspond avec la cheminée découverte lors de la dernière explo. Il ne reste qu'une cinquantaine de mètres à faire en plan et environ 75m à descendre pour jonctionner, après plusieurs kilomètres de cheminement, et le courant d'air est là !
Ils ne vont peut être pas se donner facilement, mais c'est un objectif à réveiller les spéléos morts !!!

mercredi 2 novembre 2016

Vignevieille : la frontière est franchie !

Quelques données décortiquées après la sortie baston d'il y a dix jours;

Nos estimations étaient plutôt justes : le développement de la galerie post-siphon atteint 630m dont les 2/3 sont topographiés. Le plan ci-dessous montre un aspect assez linéaire du conduit, excepté une curieuse double baïonette où la galerie fait un véritable demi-tour et repasse au dessus d'elle-même à moins d'un mètre (!) avant de rebifurquer pour reprendre un axe sud-ouest classique.


Le rendu 3D vu de dessus rend mieux compte de cet accident de parcours déjà rencontré plus en aval à deux reprises dans le réseau mais de façon moins marquée. La sortie du siphon franchi en apnée est à droite en jaune.


La coupe montre bien l'aspect général  remontant de près de 30m par endroits depuis le siphon permanent (en jaune à gauche), entrecoupé de deux petits siphons temporaires perchés. La grosse arrivée (non topo) se situe à 1/3 du parcours environ en partant de la gauche.


Il reste à présent à fusionner avec l'ancienne topo non numérisée pour faire un report de surface précis, mais il y a d'ores et déjà plusieurs scoops :
 Le réseau, démarrant à proximité du village, a largement quitté la commune de Vignevieille et s'étend à présent sous celle voisine de Salza. Avec un développement dépassant maintenant les 7500m et une extension à vol d'oiseau d'environ 1,7km, la cavité confirme sa troisième place départementale derrière le système Clamoux-Pestril et le TM71.

Mais il y a mieux : les galeries de cette nouvelle branche passent presque exactement à l'aplomb du trou des Paichaires. Il se peut même que la grosse arrivée repérée en bas soit l'aval des Paichaires (quelques dizaines de mètres de décalage mais étant donné la distance parcourue et la marge d'erreur topo...)
Dans ce trou labyrinthique, le courant d'air parfois très fort à l'entrée nous a fait tourner en bourrique, mais étant donné ces nouvelles infos et la présence de quelques moustiques en bas, cela mérite à mon sens une nouvelle offensive en règle dès les premiers froids, en parallèle de la Parcade...

Il reste environ 100m à descendre. Un accès par ce secteur relancerait très sérieusement les explorations vers l'amont, les affluents et cheminées, et surtout, après élimination du siphon récalcitrant, vers le trou souffleur de la branche sud-est (vers la Peyre Fouillère). Tout ceci en plus bien sûr de créer une grande traversée spéléologique.
Un sacré programme en perspective.


dimanche 23 octobre 2016

Exploration de pointe dans l'inconnu


Samedi 22 et Dimanche 23 Octobre 2016
Réseau de Vignevieille
Participants : Christophe S., Sylvain, Jean-Michel, Guillaume, Laurent
TPST : 16h

Ca faisait longtemps qu'on attendait...
Enfin une fenêtre météo exploitable était là.
Après une préparation et un conditionnement minutieux du matériel, nous voilà partis nous confronter au "siphon du bout de monde" de Vignevieille, en espérant que le niveau d'eau ne soit pas trop haut.

Nous entrons sous terre à 9h45. Le plan d'eau de -30 est au plus bas, presque à sec, de bonne augure...
Plus loin par contre, les vasques et autres pissettes sont à leur niveau normal. Nous ne manquerons jamais d'eau claire pour nous ravitailler en chemin.
Il nous faut 5h20 de progression soutenue pour atteindre le "vestiaire" à proximité de l'objectif. C'est le temps minimum avec une équipe entraînée pour faire ce long parcours.
Et pourtant les choses ici ne font que commencer...

Tout le monde se met en tenue de "petit baigneur", ce qui donne lieu à quelques images qu'il aurait fallu immortaliser, mais l'appareil est trop bien planqué, surconditionné "étanche" avec le DistoX.
Jean Michel est le premier immergé dans le plan d'eau mais revient dépité : "ça siphonne à fond".
Je m'engage à mon tour : pas reluisant en effet. Mais le petit trou souffleur dans l'alcôve est là, et montre l'aplomb du passage noyé. Je coupe le cerveau, plonge et ressort de l'autre côté. Bingo ! Plus court même que dans mon souvenir.
C'est au tour des autres...

Une lampe dans l'eau, un bidon étanche émergant à l'envers : mauvais signe ?

 Non, c'est Jean-Michel qui sort presque pas noyé

Au tour de Christophe, avec une large expression de soulagement

Nous sommes bientôt tous réunis de l'autre côté et nous mettons à pied d'oeuvre pour la topo-explo.
La galerie est remontante et nous cumulons les visées.

Galerie dans le marbre agrémentée de nombreuses marmites de géant
Nous repérons un départ sur la droite. Christophe s'engage pendant qu'avec Guillaume et Sylvain nous poursuivons la topo. Il revient enthousiasmé : arrêt dans du 5x5 au pied d'une grande cheminée remontante. De plus il y a quelques insectes malgré la profondeur théorique. Et ils n'ont pas pu arriver de la zone connue en franchissant le siphon...

Dans l'axe principal, nous dépassons bientôt le terminus de 2008 avec Gaëtan et poursuivons en première. Nous allons enchaîner 60 visées avant le ras-le-bol de chiffres.

Dans la première la plus isolée du département...

Marmites, marmites...
Après avoir posé le carnet topo, nous décompressons en poursuivant en explo pure. Environ 150m plus loin, une bifurcation. Une voûte mouillante défend la suite à gauche. Pas de problème car on est tous en néoprène et on surchauffe. La galerie redescend, deuxième voûte mouillante. Un peu plus loin, c'était attendu vu la configuration, nouveau siphon.
Le courant d'air est canalisé dans la branche de droite de la bifurcation. Il s'agit probablement d'un shunt du siphon mais c'est étroit et la fatigue se fait sentir. Il faut se rendre à l'évidence, nous sommes ici au bout des possibilités humaines d'explo depuis l'entrée actuelle du réseau étant donné l'éloignement et l'engagement post-siphon.
Plus que jamais une entrée supérieure devient indispensable. Et les possibilités sont là...

Il est tard et nous prenons le chemin du retour. Franchissement en sens inverse du siphon, et déséquipement des néop, ce qui est un véritable soulagement. Séance de ravitaillement des troupes plus très fraîches.

Les quelques kilomètres (surtout le dernier) vont être éprouvants et ponctués de quelques glissades et chutes heureusement sans gravité.

Nous sortons dans la falaise à 2h du matin Dimanche.

Bientôt les données topo indiqueront le développement exact, le report de surface et l'emplacement de la fameuse arrivée repérée pendant cette explo.

Mais en extrapolant le bilan, nous avons validé entre 500 et 600m de nouvelles galeries à partir du siphon.Un grand jour qui a tenu ses promesses. Place maintenant à la poursuite de la quête de la jonction.

La croix matérialise le terminus topo

 







mardi 23 août 2016

Iron man spéléo en prévision dans l'Aude

Mardi 23 Août 2016
Solo à Vignevieille
TPST : 1h

Sortie rapide de surveillance des niveaux d'eau dans la zone d'entrée du réseau de Vignevieille, en prévision de l'arrière-saison.
Montée sur la falaise sous la chaleur écrasante et contraste thermique violent dès le palier 10m sous l'entrée. Comme prévu le courant d'air sortant du trou est colossal pour un karst de basse montagne.

 Ce n'est pas la brise extérieure (inexistante) qui fait bouger les buis mais bien le courant d'air sortant de la porte...

creusements dans la galerie d'entrée
 Descente jusqu'à -30 pour constater que le niveau d'eau est 3m plus bas que la normale pour un mois d'Août.

Le cable habituellement au ras de l'eau est suspendu dans le vide

Le niveau du siphon temporaire est à son deuxième plus bas niveau constaté en 27 ans. Le record date de Décembre 2008 où il était alors entièrement à sec. Mais nous ne sommes qu'en Août et avons donc de l'avance sur 2008...

Ce qu'il reste du siphon temporaire : une vasque de 15m de long pour environ 1m de fond; 1/4 de son volume habituel pour la saison

En considérant que l'assèchement total de ce siphon avait correspondu en 2008 avec le désamorçage de voûte de l'ex siphon terminal à plusieurs kilomètres à l'intérieur du massif  (nous livrant alors la dernière grosse exploration de pointe de ce système), on peut raisonnablement considérer qu'à partir du mois d'Octobre une nouvelle explo de pointe sera d'actualité cette année en l'absence d'alertes météo bien sûr.

Je propose d'ores et déjà le WE du 15 et 16 Octobre (une semaine après le barnum SSF), ainsi que le WE suivant (22 et 23) en remplacement en cas de météo douteuse, pour organiser cette explo où l'on rentrera le samedi pour sortir le dimanche.

Au programme : de l'engagement physique total, un moral en béton obligatoire, un peu d'apnée probable, et derrière; de la première...La galerie explorée en 2008 dans le marbre dévonien s'arrête sur...rien avec du courant d'air...ou plutôt sur un cairn matérialisant la limite de l'inexploré. La topo devra bien sûr être faite dans la foulée, ce qui devrait être plus facile avec le DistoX.
Les quelques grands malades intéressés par cette épreuve (qui de surcroit ne comptera pas pour la coupe du monde de spéléo) peuvent dès à présent réserver ces dates sur leur agenda.

mercredi 16 décembre 2015

Le numérique débarque à Vignevieille

Mardi 15 Décembre 2015
Reseau de Vignevieille
Participants : Etienne, Laurent
TPST : 10H

Sortie programmée au dernier moment étant donné les conditions exceptionnelles pour la saison. Ne sachant pas où en est la recharge du karst, on décide de tenter quand même une virée avec Etienne vers les profondeurs de cet autre gros système karstique connu du massif de Mouthoumet.
L'objectif est double : faire le bilan de ce qui s'est passé dans le réseau lors de la crue hors norme de fin 2014, et prendre enfin quelques clichés numériques dans ce trou qui ne s'ouvre que trop rarement.

Etienne prend la néoprène pour la zone d'entrée, j'opte pour un simple change dans le sac. Nous entrons alors que le clocher du village sonne dix heures.
Bien vite les infos nous sautent aux yeux. Le cadre en béton de la porte d'entrée a été sapé par la pression de l'eau, un trou s'est ouvert en dessous. La porte pourtant perméable a été arrachée et gît dans les fourrés. Au niveau du siphon de -30, les fils clairs en acier sont partiellement arrachés aussi et pendouillent, inutilisables. La crue de 2014 a bien été la plus forte depuis que nous avons découvert ce réseau, en 1989...

Par contre, grosse surprise, toute la zone d'entrée est à sec. Le niveau du siphon est très très bas : les pluies d'automne n'ont pas atteint l'endokarst.
Nous partons affronter les multiples diaclases obliques et méandres pour atteindre 3h plus tard les galeries de la zone interne. Etienne avec son bas de néoprène surchauffe. Le repas est le bienvenu pour refroidir.
Tout est à nouveau comme au premier jour, et même les galeries d'habitude à l'abri des crues ont été balayées par les flots. Nous revisitons la zone en faisant le plein d'observations et en prenant des clichés.

Siphon de graviers comme en première
 

Le collecteur

Nous en profitons pour revoir les quelques recoins qui renferment de jolies choses. Comme ici toutes les galeries peuvent se noyer (les mises en charge peuvent atteindre 60m), les concrétions sont cantonnées dans les cloches de pression.
Dans une cloche de pression à 4 bars lors des crues !




Le bas du bouquet a baigné dans l'eau...




Nous revisitons également le réseau des Tibétains qui a servi de déversoir torrentiel lors de la vidange des conduits plus élevés. Tout le sable y a été remobilisé avec des logiques d'écoulement parfois difficiles à interpréter.




Nous finissons les clichés du jour dans un affluent qui renferme aussi des aragonites

Dans un recoin caché d'un affluent

Et pourtant on est dans les Corbières...
Nous prenons le chemin du retour vers 17h30 et sortons à 20h. Nous n'aurons visité au final qu'un quart environ du réseau.
Mais si les conditions sèches perdurent, on pourrait envisager alors une pointe d'explo assez rapidement vers le fond. Le siphon ex-terminal doit être très bas lui aussi, peut être même désamorcé.
Le terminus, un simple cairn fait en 2008 dans une galerie qui file avec du courant d'air, attend toujours d'être dépassé. Ce serait sans aucun doute l'exploration la plus engagée à ce jour dans le département de l'Aude...

lundi 1 décembre 2014

Nouvelle crue majeure sur le karst des Corbières, report topo et perspectives d'exploration sous le massif de Nitable

Samedi 29 et Dimanche 30 Novembre 2014
Hautes Corbières

Les épisodes météorologiques exceptionnels augmentent en fréquence semble-t-il ces dernières années. Après les crues record de 2011 et celle de Mars 2013, le sud du département de l'Aude est de nouveau confronté à un cumul pluviométrique de l'ordre de 300mm en moins de 48H sur certaines zones.
La première vague orageuse intense touche le secteur de Fourtou et Sougraigne ainsi que le nord Fenouillèdes dans l'après midi du Samedi. L'Agly entame une crue éclair et pointe rapidement à 180 m3/sec à Saint Paul. La Sals fait mieux et atteint 250 m3/sec à Cassaignes vers 18h.
Pour ceux qui connaissent, une visite à l'entrée du réseau du Bournasset montre la doline entièrement submergée avec un tourbillon en son centre aspirant un débit énorme. Quinze ans que cela n'était pas arrivé...
Après une accalmie en fin d'après midi, les orages reprennent de plus belle en soirée, cette fois sur le secteur de Mouthoumet. De nombreux torrents descendent de la montagne emportant plusieurs chemins, le Sou déborde à Termes et envahit la rue principale, inondant plusieurs rez-de chaussée vers 1h du matin. La crue dépasse sur cette zone celle de 1999 et celle plus proche de Mars 2013. L'Orbieu au niveau de sa confluence avec le Sou enregistre un pic de débit à 350 m3/sec en milieu de nuit. Heureusement la crue est diluée vers l'aval car les vagues orageuses impactent à chaque fois des zones différentes du bassin versant. La troisième et dernière vague, plus étendue, touchera les bassins versants du Verdouble, de la Berre et de l'Aussou en deuxième partie de nuit, mais cela est une autre histoire plus médiatisée...

Chemins emportés par le ruisseau de Caulère qui est passé par dessus les digues en aval de Mouthoumet

Au niveau du karst, cette crue est l'occasion de mettre à l'épreuve le système de surveillance et d'alerte que nous avons mis en place avec Fabien en février dernier. En effet, une sonde imergée dans l'aquifère karstique du massif à un endroit stratégique nous renseigne en direct sur le serveur internet sur la montée du niveau de l'eau. Je peux immédiatement mettre en relation cette montée avec les données du pluviomètre.
Nous constatons une élévation de 8m en quelques heures le samedi après les pluies (90mm) de la nuit de vendredi. Vers 19h, le karst commence à déborder faiblement avant même l'arrivée des plus gros orages. La vague de crue, liée à de nouvelles précipitations en fin de soirée (de 150 à 180mm), arrive vers minuit, presque calée sur la crue des cours d'eau extérieurs à cause d'une pré-saturation. le débit à l'exutoire doit alors être très important.
Un deuxième pic équivalent survient le Dimanche à la mi-journée, lié à des précipitations pourtant cette fois nettement plus faibles (25mm).
Ce suivi est donc riche en enseignements sur le comportement de l'aquifère karstique. Cette première, qui s'avère être une réussite, mériterait d'être intégrée dans les systèmes de prévisions et d'alerte des pouvoirs publics...

 

Système de suivi des crues karstiques en direct. L'alerte débordement (premier palier de la courbe) est lancée par SMS

 

Le lendemain matin nous partons en quête d'observations et de mesures de terrain. Les fortes crues sont en effet des moments rares et privilégiés à ne pas rater et qui permettent de capter l'information.
Premier arrêt dans les gorges du Terminet. Le Sou est encore à environ 80 m3/sec :

 
L'orbieu un peu en aval montre un débit de 220 m3/sec (station de St Martin des Puits)
 

Seules les cimes des peupliers dépassent...
 
Nous remontons ensuite la vallée pour observer les principaux exutoires karstiques du massif de Mouthoumet, dont l'event de la Cascade à Vignevieille, très emblématique, et qui correspond au plus important réseau souterrain des Corbières connu à ce jour. La puissance de cette "percée" est à classer dans le top 3 depuis les (déjà) 26 ans que je surveille cette grotte. Plusieurs m3/sec sortent de la montagne :
 



Le nombre de sites potentiellement intéressants à visiter ce jour est très important, mais le temps est compté et il faut faire un choix.
Après une visite-éclair sur les sorties d'eau de St Pierre inaccessibles mais visibles (3 m3/sec environ estimés) depuis la rive gauche de l'Orbieu, la tentation est grande d'aller observer les sorties d'eau du Roc de Nitable, notre "hot spot" spéléologique du moment, où nous étions encore en exploration et en première il y a à peine une semaine (voir post précédent dans le libellé). Mais cette fois-ci, pas question de traverser le Sou, même en slip, la crue est beaucoup trop imposante...
Il faut se résoudre à atteindre la rive gauche en passant à pied par la montagne et en rejoignant le GR36. Mais ça vaut le coup : aucune observation n'a jusqu'ici pu être faite sur ces exutoires dans des conditions de ce calibre. J'enfile la combinaison étanche pour traverser le bartas, la sonde de conductivité en poche, j'embarque Alex avec moi et c'est parti !

Nous arrivons en premier à la résurgence du Liadou, et c'est effectivement de l'inédit au niveau de l'observation. L'eau sort d'un peu partout dans l'éboulis, jusque sur le GR36, et même au dessus pour la plus haute sortie, par la faille que nous avions désobstrué au début des années 2000 !


La plus haute sortie d'eau au Liadou, au bord du GR


La sonde portative indique un Ph faible à 7,05 et une température basse également à 11,9°C. C'est aussi la température du courant d'air sortant de l'éboulis en été. Ces mesures sont concordantes avec le résultat des traçages de 2013 : l'eau transite rapidement par des conduits à travers le massif. La désobstruction future de cet exutoire pourrait donc s'avérer riche en surprises. Ce drain fait en effet partie du même système que celui que nous explorons actuellement, qui est très proche mais dans un compartiment géologique différent (voir plus bas le plan d'ensemble du massif avec le report topographique du réseau souterrain exploré depuis l'an dernier).

Nous accédons ensuite à l'entrée du réseau de Nitable. Comme prévu celle-ci est devenue émissive mais dans des proportions bien supérieures à l'année dernière. Un vacarme nous accueille dans la forêt et les images sont parlantes...

Un torrent sort de la grotte...

...où nous étions la semaine dernière




Les mesures donnent une température de 12,3°C, un Ph de 7,19 et une conductivité de 420 µS/cm. Contrairement au Liadou, nous assistons donc ici à une onde de crue par effet piston avec de l'eau chassée du réservoir aquifère du massif. En d'autres mots, c'est de l'eau de la zone noyée !
Cela m'incite à penser que les conduits que nous explorons actuellement dans le cours principal du système sont fossiles et que l'eau transite uniquement par la zone noyée et par le réseau inférieur qui sert de trop-plein à cette dernière lors des crues . La découverte il y a un an d'un gros regard sur l'aquifère depuis ce réseau inférieur de la grotte va aussi dans ce sens.

Satisfaits de ces nouvelles données, nous rentrons et parvenons à la voiture à la nuit tombante.

Puisque le cycle hydrologique vient de redémarrer, cet article est aussi l'occasion de faire un bilan des explorations d'arrière saison sous le Roc de Nitable. La carte ci dessous montre le report topographique du réseau souterrain connu à ce jour :


Les lignes droites bleues fines matérialisent les traçages effectués en 2013. En bleu plus large, les galeries découvertes en 2013 également. En rouge, ce que nous avons exploré entre Octobre et Novembre de cette année.
Ne figure ici que le cours principal, les annexes n'ayant pas encore été topographiés. Les galeries circulent à environ 200m sous l'ancienne surface d'érosion du plateau. Malgré les nombreux virages, montées et descentes, l'extension à vol d'oiseau devient importante avec environ 750m. Le développement total avoisine à présent les trois kilomètres.
 La moitié de la distance entre la vallée de Caulière et celle du Sou a d'ores et déjà été effectuée, mais seul un tiers du parcours est connu si l'on considère que l'origine du système se situe au niveau des paléo-pertes du ruisseau de Caulière (cavités marquées CA).
Les deux enjeux futurs seront donc d'une part de poursuivre la découverte de cette percée hydrogéologique dans le compartiment Carbonifère, et d'autre part de découvrir le drain principal du massif aboutissant à la source du Liadou dans le compartiment Dévonien (voir report sur carte géologique sur un précédent article).
Selon toutes les donnés scientifiques recueillies, le drainage vers cette source serait plus organisé et plus rapide que sous le réseau connu.
On imagine donc sans peine l'extension potentielle que pourrait atteindre le système karstique de Nitable si nous pouvions connecter les deux drains...

En bonus, un lien vers une vidéo faite par Fabien sur la même crue dans le Fenouillèdes :
http://www.dailymotion.com/video/x2bfbir_crue-de-l-agly-30novembre-2014_news

vendredi 19 avril 2013

Le retour de Peyre Fouillère

participants : Laurent et Gaëtan pour une sortie

La crue de Mars dernier a laissé des traces dans le paysage. Elle avait été largement sous-estimée par les services compétents qui avaient alors insuffisament pris en compte un paramètre important : l'état préalable du karst.
Ce dernier déjà saturé avait alors abandonné provisoirement son rôle régulateur et généré une crue-éclair sur les bassins de l'Orbieu et du Sou, du jamais vu depuis les années 80 (voir le post : météo alerte rouge). Une bonne partie de l'eau provenait de l'intérieur du massif de Mouthoumet. Je me devais donc de reparcourir les principales vallées et exutoires, en particulier celle de Caulière sous la Peyre Fouillère et ses trous souffleurs qui avaient mobilisé l'énergie du club de 1989 à 1992.

Plusieurs fois déjà j'avais recherché des sorties d'eau temporaires vers l'Est du massif, direction vers laquelle il penche naturellement. Sans succès...
J'y suis de nouveau...cette fois les vallées sont propres et dégagées de leurs ronciers et autres bartas impénétrables. Assez rapidement je découvre un thalweg qui a abondament coulé, vraisemblablement plusieurs mètres cube par seconde. Sur la carte, aucune vallée ne correspond. Le palpitant commence à s'emballer pendant que je remonte cette combe. Bingo ! Tout est sorti d'un endroit précis à flanc et en plein calcaire. Mais l'excitation est de courte durée : l'eau est sortie d'un gros éboulis et il n'y a pas de trou.
Si le collecteur de la Peyre Fouillère débouche ici, ce n'est pas gagné pour y entrer.
Je pars prospecter les abords immédiats, en particulier une barre rocheuse située 20m au dessus. Je trouve un petit départ assez moche dans la terre mais bien placé. En frappant sur les cailloux il y a un bruit sourd. Nouvelle montée d'adrénaline...il faut revenir !



départ de trou insignifiant après le premier gratouillage


Retour sur les lieux avec Gaëtan. Après plusieurs heures de boulot on trouve quelques concrétions et enfin la roche mère. On décèle à présent de mieux en mieux un petit echo venant de plus bas mais l'emploi de moyens plus percutants s'avèrera nécessaire.

le trou après élargissement, c'est pas encore très engageant. La roche mère est à droite


Nouvelle virée en solo quelques jours plus tard armé de la barre à mine de compétition : je dégage entièrement l'entrée et peut m'avancer dans la suite jusqu'à un coude. Cette fois ça devient concret.

vue sur la suite après le coude : y'a du creusement !


Le trou descend plein fer vers la sortie d'eau temporaire. Il y a de l'élargissement à prévoir mais ça a vraiment de la gueule. Si un courant d'air s'amorce en allant vers les beaux jours, ce sera probablement le jackpot et la découverte du chaînon manquant entre le réseau de Vignevieille et la source de Caulière. Dans le cas contraire, on s'arrêtera probablement sur de l'eau, beaucoup d'eau...
Vivement la suite !

En bonus une vidéo de la source de Caulière située en contrebas : une petite merveille encore mystérieuse dans ce coin isolé des Corbières à la beauté sauvage :