dimanche 20 août 2017

Sécurisation épisode 2 : l'horizon s'éclaircit

Dimanche 20/08/2017
Trou du Chandelier
Participants : Julie, Jean-Luc, Henri, Sophie, Denis, Laurent
TPST : 8h30

Nouvelle séance de pelletage, gamattage, purges et tractions diverses à la chaine durant plus de huit heures.
Ca peut paraître bête et méchant mais chaque avancée est l'occasion d'une nouvelle énigme où il faut quand même utiliser quelques neurones.

Le chantier est à présent totalement vertical. Il faut tout vider, détruire les blocs récalcitrants parfois à la grosse masse et chercher les contours "en dur".
L'ancien passage, en partie effondré, n'existe plus. On a décidé de le shunter entièrement  en passant tout droit.
Le pari de départ était de suivre la paroi saine qui nous avait sauvé la mise plus haut; et à la mi-journée, c'est avec soulagement que nous retrouvons celle-ci plusieurs mètres plus bas. Elle devrait nous conduire jusqu'à la lèvre du grand puits en évitant la zone instable si tout se passe comme prévu...

Le mur de stockage continue à prendre des proportions pharaonesques avec une hauteur mesurée de sept mètres, incluant ou plutôt engloutissant le puits parallèle de -10.
Nous sommes très proches de la saturation d'espace définitive, toutes les options ayant été cette fois exploitées à leur maximum.
Mais de l'avis collectif, la prochaine journée de travail devrait voir s'achever, juste à temps, ce chantier hors normes.

mercredi 16 août 2017

Sécurisation episode 1

Mardi 15/08/2017
Trou du Chandelier
Participants : Denis, Loïc, Henri, Jean-Luc, Julie, Laurent
TPST : 8h30

Deux jours après l'explo nous étions sur place pour continuer les travaux de sécurisation du futur passage.
Il y a à première vue environ 6 mètres cube de matière à faire disparaître vers le haut ou vers le bas avant d'attaquer la phase 2 un peu en dessous.
Comme le passage est refermé, on a pour le moment pas d'autre choix que de remonter terre et blocs vers le puits parallèle de -10 qu'il a fallu au préalable soigneusement obturer en continuité du mur de stockage.

Mur de stockage version définitive

Le résumé de la journée tient en un seul mot : gamattage.
Durant plus de huit heures...

Extraction de blocs

Dans la fosse...
Notre réserve de stockage n'étant pas épuisée, on compte remettre ça Dimanche prochain, en espérant réouvir un passage pour ensuite tout envoyer en bas.
C'est quand même beaucoup plus facile moralement maintenant que l'on connaît la suite...

dimanche 13 août 2017

Journée Historique


 Et sursis pour la suivante...

Dimanche 13/08/2017
Trou du Chandelier
Participants : Denis, Loïc, Jean-Luc, Julie, Henri, Thierry, Laurent
TPST : 6h


Belle équipe aujourd'hui avec renforts et nouvelle recrue pour une journée à fort suspense potentiel.
Les hostilités démarrent comme d'habitude par une séance de purge de cailloux au fond.

Avant l'action
On se relaye à tour de rôle au chantier en pointe. Pendant ce temps, le mur de stockage atteint un point critique mais les bâtisseurs redoublent d'ingéniosité pour pouvoir poursuivre.

"The wall" zone de stockage vue de haut en bas

Après quelques heures de boulot et deux trous bien placés, le passage s'ouvre progressivement vers le bas, ce qui nous oblige à quitter notre paroi saine pour repasser sous de gros blocs.


Franchissement du chaos vertical
Finalement Henri s'insinue. Comme pressenti ça s'élargit franchement quelques mètres plus bas. Tout le monde descend sur un large palier.
Trois départs de puits se présentent. Le sondage ne nous laisse aucun doute : en dessous c'est le même volume.
Ca plombe entre trente et quarante mètres. C'est propre, sain et pleine roche.
Les cailloux renvoient de la partie basse un écho qui nous fait pousser des cris non retenus.
Cette fois c'est du lourd, aux portes grandes ouvertes d'un des plus gros karsts des Pyrénées.
On pense à nos deux expatriés californiens qui voudraient être avec nous en cet instant...

Le palier-relique "qui-tient-tout-ce-qu'on-ne-voit-pas-au-dessus"

Satisfaction assumée
 Mais il y a un revers à la médaille : l'équation gros blocs sur gros vide ne fait pas bon ménage, et en tentant de calculer comment tient tout ce qu'on a sur la tête on ne parvient pas à se rassurer. Il y a un pilier au milieu du palier, amoncellement de blocs, qui reste tout seul en tension semblant tenir toute la zone que nous venons de franchir. Pas sécurit pour poursuivre l'explo...
On remonte prudemment réfléchir en surface.

Discussion de palier (suspendu)


Départ d'un des puits. Dommage il manque l'échelle...
Finalement on décide de sécuriser par le haut et progressivement plutôt que de foncer tête baissée. La victoire est validée, il faudra juste encore être patient pour savourer la suite.
On finit l'après-midi en débutant l'élimination des blocs les plus douteux et en provoquant un nouvel éboulement . 
Le passage est provisoirement refermé, et il faudra être assez nombreux pour l'assainissement final, mais qu'importe, le jeu en vaut bien la chandelle ou plutôt le chandelier.

Les premiers calculs faits, la grande verticale devrait nous mener à la cote -65 environ, soit environ quinze à vingt mètres au dessus du nouveau réseau du trou du vent, d'où provient l'air du Blau. Cela pourrait bien correspondre à l'altitude du grand fossile recherché...

Après l'action le réconfort

vendredi 11 août 2017

Un peu d'histoire....du CLUB....:
Pour rendre hommage (.....) à Pierre Marsol, récemment disparu ( c'est l'euphémisme politiquement correct pour dire....qu'il viens de mourir!)
Ceux qui me lisent vont peut être bondir sur leur siège d'ordi,en me lisant, tant il est connu qu'une inimitié réciproque existait entre nous deux.
Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient: il fut pendant les premières 35 ans ou j'ai été au CLUB le personnage central de l'association. Tout du moins dans les réunions. Ou il fut toujours difficile dans placer une sans s'attirer son regard courroucés!
Mon "parrain"également avec le regretté André Sautou. Ma deuxième sortie au CLUB, la traversée Trassanel 1 au 2, c'est lui qui m'y guidait à l'automne 1974.
Malgré tous nos différents, je reconnaît son engagement et son travail à la trésorerie de l'association. De très nombreuses années. Avec talent et même passion.
Pour ce qui est de la spéléo de terrain, c'est autre chose. Et c'est d'ailleurs là qu'il y avait problème.
Ayant très peu pratiqué à la charnière des années 60-70, à une époque ou le "patriaqua" était de mise au SCA, il ne comprendra jamais notre façon de fonctionner, plus spontanée, plus libertaire, plus ouverte. Question de génération. Question d'époque. Chaque génération ce reconnaît dans l'époque ou elle c'est construite. L'on ne peut pas lui en vouloir.
Avec lui ce tourne définitivement une époque. Celle ou mes parents, anciens enseignants, ce sentaient rassurés en me confiant à une association ou mes deux parrains étaient issues de ce milieu professionnel....
Pierre Marsol a fait partis de mon histoire de vie et de l'histoire du Spéléo Club de l'Aude.
Toute ma sympathie à sa femme et à sa famille.

jeudi 10 août 2017

Ca continue au Ver

Jeudi 10/08/2017
Trou de Ver
Participants : Jean-Luc, Henri, Laurent
TPST : 8H

Suite au report de la sortie initiation prévue à Cascastel, et puisque nous avions calé la journée, nous sommes allés nous (re)mettre au Ver.
La cavité avait été un peu délaissée ces derniers temps, conséquence de la reprise des travaux au Chandelier.
Nous étions restés la dernière fois sur un départ de ressaut à élargir.
Après avoir bien déblayé le site, une volée de trous fait le boulot.
Ca passe...
Arrivée dans un méandre 4m plus bas. Coup de bol, il est pénétrable; de profil, certes, mais on est pas exigeants.
Nous avançons d'une dizaine de mètres avant un nouveau départ de ressaut encombré de deux très grosses lames.

Jean-Luc dans le méandre en première
 On s'attaque aux lames (au moins 200kg chacune). On y passe un peu de temps  mais en voyant la suite ça motive. Pourtant le doute intervient car le bas du ressaut en visuel est humide pour ne pas dire gras, alors que toute la cavité est archi-sèche. Le courant d'air ne doit pas passer par là...
On ouvre quand même par conscience professionnelle mais entretemps nous avons repéré une lucane en hauteur avec du noir derrière.

Effectivement le bas du nouveau ressaut s'avère n'être qu'un point bas de décantation. Pas grave cet espace pourra servir de stockage.
On se rapatrie sur la lucane où la technique monotrou fait des miracles et élimine l'obstacle en 15mn chrono.
On prend pied dans un petit réseau supérieur avec amont et aval. L'amont contre une coulée de calcite est parcouru sur 7-8m et bute sur une diaclase remontante étroite. L'aval canalise le courant d'air à travers un chaos de gros blocs, mais après un peu de travail on s'aperçoit que l'obstacle est ponctuel : un nouveau ressaut se présente derrière, et il est pénétrable.

Chantier dans l'aval du supérieur
Mais les blocs sont vraiment très gros. On va finir la journée et les consommables dessus en progressant de 2m supplémentaires. Arrêt provisoire sur autonomie, mais la vision de la suite s'améliore et est enthousiasmante : en bas du ressaut suivant, la diaclase se prolonge en s'élargissant, vue sur 7-8m avant un nouveau plongeon de profondeur indéterminée.
Le trou semble tenir ses promesses pour l'instant avec une vingtaine de mètres de gagnés aujourd'hui dans de bonnes conditions tièdes et sèches.
Les absents ne vont pas reconnaître la prochaine fois.

Derrière les blocs, la suite attend...

samedi 5 août 2017

Chandelles au nez au Chandelier

Ou le paradoxe de la canicule : plus il fait chaud dehors, plus on se gèle dedans...proverbe de L'Escale.

Vendredi 04/08/2017
Trou du Chandelier
Participants : Julie, Andréa, Henri, Jean-Luc, Laurent
TPST : 8H

Deuxième journée de travail post-déverrouillage de l'infâme trémie. Nous continuons à avancer en creusant à la fois à l'horizontale et à la verticale. Blocs, petits vides et zones boueuses puis calcitées se succèdent.
A l'arrière, le mur de stockage de 5m de haut, véritable oeuvre d'art digne du moyen-âge, mérite à présent de figurer au patrimoine culturel de l'Escale.
L'intensité du courant d'air durcit considérablement les conditions de travail, surtout pour le spéléo placé en second dans le passage.
Le chantier en début d'après-midi. L'air sort de plusieurs orifices au sol
L'air sort principalement d'un laminoir subvertical à droite mais plus on y creuse plus ça semble étroit. L'air y vrombit comme un moteur mais sort aussi à plusieurs autres endroits.
Finalement on attaque tout droit dans des blocs moyens calcités. Au bout d'un moment, un autre trou s'ouvre qui fait encore plus de bruit, puis un autre et un troisième. Entre ces trous, un bloc en forme de dièdre fait bouchon. A coups de pied de biche et de sanglage, on parvient à l'extirper.
Le courant d'air augmente encore, il semble à présent assez libre avec des fluctuations d'intensité bien sensibles.
C'est avec l'onglée, la goutte au nez et le faciès crispé que nous finissons la journée en plein vent glacé. Après l'élimination d'une arête, on peut enfin passer la tête dans la suite.
Un vide d'une dizaine de mètres de profondeur se présente un peu en dessous. Ca semble large de plusieurs mètres en bas mais il y a encore un peu de boulot (double chicane verticale entre gros blocs) pour atteindre le sommet. Avec un peu de chance, ce sera pour la prochaine fois.
La délivrance semble proche désormais...


video

mardi 25 juillet 2017

Barrenc de Cascastel

Mardi 25 Juillet 2017
Barrenc de Cascastel
Participants : Jean-Luc, Henri, Laurent +Freddy
TPST : 3h; TPES : 2h

Dans un but de connaissance du patrimoine de cette petite commune des Corbières, nous sommes sollicités par un sympathique habitant de Cascastel pour aller explorer ou plutôt ré-explorer une cavité anciennement connue de certains locaux et perdue depuis plus de vingt ans.
Freddy vient de retrouver l'entrée du "barrenc" et est impatient de connaître ce qu'il renferme.

Nous sommes d'emblée surpris en arrivant par la beauté sauvage de ce massif perdu aux confins de trois grands ensembles géologiques : le massif primaire de Mouthoumet au Sud, la nappe des Corbières (secondaire) à l'Est et le bassin de Cacassonne (tertiaire) au Nord.
La montagne se situe dans les calcaires du Lias (ici verticalisés), étage très peu représenté dans le département.

Vue d'ensemble de la montagne

Marche d'approche dans un paysage ruiniforme

Aux abords de la cavité. On voit bien les strates verticales les plus dures restées en relief. En toile de fond, le massif de la Serre de Roquefort

L'entrée de la cavité, très originale, s'ouvre à une cinquantaine de mètres devant nous

L'entrée double du trou, entre trois strates, est superbe. il y a quelques pitons qui témoignent d'une exploration passée. On ne se fait pas prier pour descendre...

Début d'exploration

Le puits d'entrée vu de plus bas
Très rapidement, dès la mi-puits, nous nous apercevons que l'origine du creusement est atypique : les formes de dissolution sont remarquables et ascendantes, avec de nombreuses coupoles.
Le diagnostic se confirme plus bas : la cavité se poursuit par une faille profonde dont la morphologie suggère une genèse hydrothermale.

départ de la seconde verticale

coupoles dans les voûtes de la diaclase principale

Nous arrivons vers -30 dans une galerie concrétionnée déclive que nous poursuivons jusqu'à une série d'étroitures.
Concrétionnement ancien de paroi re-dissous par une phase tardive de remise en eau

Galerie terminale
La cavité se termine par un comblement de calcite. Dans les derniers mètres, la présence de CO2 est très probable (légère gêne respiratoire, briquet ayant du mal à s'allumer). L'origine profonde de ce CO2 n'est pas à exclure car la zone noyée n'est pas très éloignée en dessous étant donné l'altitude faible par rapport à la vallée de la Berre.
De plus, la cavité témoigne d'une remise en eau par le bas postérieure à une première phase de concrétionnement (dissolution avec coupoles des coulées de calcite en paroi). Il serait intéressant de pouvoir dater cette calcite pour voir si on pourrait mettre en relation cette première phase avec la crise de salinité messinienne (la mer n'est qu'à 25km), et la remise en eau avec la fin de l'épisode messinien.
 
Nous ressortons enthousiasmés, non pas par le potentiel de suite qui est quasiment inexistant, mais par le côté hors norme de cette cavité-témoin de paléo-circulations phréatiques profondes, sans rapport avec la surface.
Enthousiasmés également par le rencontre avec Freddy, véritable passionné intarissable sur son village et les paysages environnants.

Lors de la marche d'approche retour en bouclant par l'ouest, avec un peu d'observation le puzzle se met en place et le mystère de la présence de l'aven à cet emplacement s'éclaircit :
dans le vallon à sec, le calcaire du Lias est en contact direct avec le calcaire Dévonien, château d'eau local à structure profonde, et connu pour alimenter plusieurs sources mésothermales dans la vallée. Juste sous la cavité, un biseau de marnes gypseuses étanches du Trias vient mourir à l'interface Lias-Dévonien.
Dans ces conditions, pas difficile d'imaginer, par le passé, l'eau profonde issue du Dévonien, passant dans le Lias par l'intermédiaire de la faille majeure délimitant le massif de Mouthoumet, puis contrainte par le barrage naturel des marnes à remonter en surface.
La cavité mérite d'être mise en valeur dans le cadre du patrimoine géologique local.

Nous reviendrons prochainement pour faire la topo et encadrer quelques habitants intéressés dans le barrenc.