La visite du 3 août 2014 signe vraisemblablement la dernière descente au fond du trou de la Pause. Jean-Michel E. et Laurent sont les deux derniers à y avoir mis les pieds. Sauf si je ne suis pas tombé sur l'info, depuis, plus personne n'a revu le fond de ce chantier de grand malade, ayant repris le 10 janvier 2011 après 18 ans de pause...
Mais un article intitulé "Retour à l'Agly", publié par Henri le 06/09/2026, lança une minuscule vague d'intérêt dans les commentaires. Quelques informations partagées par Laurent, un échange de mail avec Henri, et nous étions repartis à l'assaut de l'Agly souterraine !
À 8h15 je retrouve Henri à Alet, puis nous retrouvons Hervé au col de la Lucio pour 9h. La piste qui mène à la ruine (parking) est carrossable avec un véhicule haut. De là, nous continuons à pied même si la piste a été réouverte. Nous suivons les souvenirs d'Hervé et Henri pour retrouver le trou. J'ai les coordonnées et une photo en main, mais le paysage ne colle pas... Finalement, c'est Hervé qui retrouvera le sentier ainsi que l'entrée du trou, installée au centre d'un espace grillagé à côté d'un alignement de trois grands résineux. Le point GPS converti de la fiche de 1994 et donc les coordonnées Grottocenter que j'avais étaient décalées de 84m trop en amont... Je m'équipe. La descente dans le trou ne nécessite aucun matériel mais la progression y est semblerait-il difficile. J'embarque donc uniquement mon mini kit avec dedans de quoi survivre quelques heures au chaud. J'effectuerai la descente seul, avec pour objectif premier d'atteindre la grande salle et la trémie de la Escande Tower. Puis avec pour objectif second, d'aller au fond en essayant de repérer les quelques points intéressants éparpillés sur le trajets et issu des 43 comptes rendu libellés "trou de la Pause". Je vous recommande la lecture de ces articles, permettant de se rendre compte de l'ampleur du travail et des moyens mis dans ce trou, rêvant à chaque session de déboucher dans la rivière de l'Agly souterraine...
En somme, la mission est simple. Mais son succès très incertain. Seul, sans plan récent, dans un trou apparemment difficile de progression, sujet aux crues et non revu depuis près de 12 ans... Il me fallait avoir une certaine dose de sérénité... À 9h30, je passe sous terre, dans un nuage de moustiques. La galerie est descendu jusqu'à une bifurcation net sur la droite. Directement au sol, un ressaut de 3 mètre donne dans un méandre. Juste au-dessus, des tirs ont été faits. Mais ça reste impénétrable. En face, la galerie concrétionnée continue. À ce moment là, je ne sais pas s'il a un shunt au méandre, alors je cherche un peu, mais ne trouve pas (je crois qu'il n'y en à pas ici, faut se coltiner le méandre inférieur...). Donc je m'engage dans le méandre par l'accès qui mène à -21 sur la topo de 92. Au sol, des cailloux de désob partout, bien propre, mais posés sur une base de boue et de terre humide mais relativement compacte. J'avance allongé à l'égyptienne, ça se rétrécit, encore et encore mais ça passe toujours. Pas impossible que le sol soit un peu remonter...
Vers la fin du méandre avec mon mini kit propre
Il me faut virer quelques caillasses du passage, et enfin ça s'élargit légèrement. Niveau courant d'air rien de fou, mais l'aspiration est perceptible. J'arrive au bout du méandre, des traces de mises en charge sur les murs et au bout, un bouchon de blocs et de matière organique... Comment je passe moi ?? Alors que j'approche le bouchon en râlant un coup, surprise, l'acoustique a changé, ça raisonne un peu ! En fait, au-dessus de moi, une belle galerie a fait son apparition depuis un bon mètre... Sauvé ! Ici dorment une gamate et sa corde. Pensant toujours à un peut-être shunt de ce désagréable bout de méandre, je me dis qu'au retour j'irais voir tout droit dans le fossile... On en reparle plus tard... Me voilà déjà en dehors de la topo de 92. Je continue et quelques virages et passages bas boueux plus tard, je débouche dans la grande salle de la trémie consolidée.
La salle vue depuis le haut ; l'outillage
En bas, du matériel traine encore et à droite, la structure métallique de la Escande Tower apparait. Rapide diagnostic : le rouge est un choix esthétique que j'approuve. Mais surtout, on dirait que l'eau a emporté pas mal de matériaux. C'est tout propre, et la partie haute de la structure ne retient rien du tout. Structurellement, tout à l'aire en place. Je descends avec précaution.
L'étayage vu depuis le bas
La reptation continue, c'est boueux. Après une épingle, on débouche dans une galerie plus commode, en partie naturellement creusée cette fois. À son terme, deux choix s'offrent à moi, sur ou sous la dalle. Je vais dessus car c'est plus large, peu de traces de passages ou, du moins, elles ont été effacées par le temps. Une diaclase descendante encombrée de mottes d'argile semble mener à un tas de boue, je ne m'y engage pas... Je descends et m'engage dans un sale petit méandre sous la dalle. Tête en avant puis pieds en avant. Il y a des traces de passage sur les parois, mais je bute sur un passage bien trop étroit. Il y a de l'air.
L'épingle
En haut de l'image, la dalle. Dessous, le petit méandre devenant impénétrable.
Effectivement, j'ai loupé quelque chose. Je remonte au-dessus de la dalle, et encore plus haut dans la boue jusqu'à quelques concrétions. Mais rien. Dernière option, la diaclase argileuse : un point bas et ça remonte derrière, la suite était bien par là !
Je continue, les passages les plus confortables se passent à quatre pattes. Sinon c'est de la reptation dans une bougnafle de plus en plus liquide. Ma combi est déchirée, les scratchs commencent à ne plus fermer à cause de cette gadoue... Je passe un col où repose un bios au manche bleu. Ça redescend puis ça s'enfile dans une étroite diaclase. La boue est liquide, mais dans l'état où je suis cela n'est plus un problème. Une chose est certaine, c'est pas un trou pour les combis rouges… PVC obligatoire !
Le bios et la diaclase étroite
Arrive ensuite une succession de points bas / anciens siphons, le plus sympathique dans un beau calcaire se remontant sur 4 à 5 mètres dans des congères de petits galets roulés, et remis en place par l'eau... Cette zone n'est donc pas complètement fossile ? Au sommet, on jonctionne à la perpendiculaire avec une galerie qui suit un plafond de grès.
Vue depuis le haut du siphon et des galets
"Les galeries un peu sympathiques…" Oui. Mais non. Même si on se redresse parfois, le sol est uniquement composé de marmites et de faux planchers tous recoupés les uns dans les autres... Le paysage change, c'est au moins ça ! J'arrive à la fameuse corde et au ressaut. La manière dont elle est foutue, tressée sur elle-même et emportée à quelques mètres de son point de chute, me fait douter encore plus du fait que la galerie soit fossile. De plus, les passages avant que j'y passe sont propres. En crue, l'eau doit encore y circuler, mais pas bien rapidement. Un peu plus loin, après un ressaut, une petite pièce confortable retient quelques outils. Une poupée de corde (déplacée pour la photo)et une bouteille d'eau d'un litre au sol n'ont pas été emportées par l'eau.
La fameuse massette de 2kg ??
Je crois approcher du fond. Encore quelques contorsions, reptations à l'égyptienne, quelques angles droits et enfin se montre la désobstruction finale. De la calcite apparait sur la paroi de gauche, au sol sont visibles de petits gours cristallisés. Il est 10h58, j'ai mis 1h28 à atteindre ce qui, pour moi, sera la fond...
Vue du terminus, de l'aval vers l'amont
Je tente de franchir le rétrécissement dans la calcite. Laurent l'avait franchi en se dégonflant lors de leur dernière visite... Tête en avant d'abord, je sens que le haut peut passer, mais ça descend légèrement, alors si je coince, la marche arrière va être douloureuse... Pieds en avant, c'est plus rassurant. Les fesses pourraient passer, mais je touche déjà la paroi derrière moi... Je cherche en forçant avec de petits mouvements de coincement / décoincement et à un moment, je crois avoir passé le plus serré, mais le méandre tourne et dans le sens où je suis, impossible de plier les genoux... Peut-être que je passe, mais c'est extrêmement inconfortable, et bien des choses me dissuadent d'en demander plus...
Il est 11h05, j'entame la remontée en essayant d'être attentif à un endroit où un méandre en bordure d'un éboulis de gros blocs filtrerait le gros du courant d'air. Car effectivement, il y a nettement moins d'air qui circule ici que précédemment dans les conduits qui suivent depuis la base de la trémie. Mais malgré cette indication, je ne trouverai rien de très parlant... Je perds un peu de temps à essayer quelques photos finalement inexploitables et surtout, j'en perds à cause de ma combinaison totalement ouverte et qui s'accroche partout. Plus aucun scratch ne tient...
J'enchaîne tous les obstacles moyennant quelques secondes de pause jusqu'à l'entrée du tout premier méandre, celui que j'espère encore shunter par le fossile... Je continue donc tout droit dans le fossile, mais je bute contre des concrétions puis le sol rejoint le plafond. Ici et là quelques départs en plafond, mais pas de suites. Je repère encore quelques zones d'ombres mais sans plus de traces de passage, alors j'abandonne et me remets dans ce méandre pénible et douloureux. Enfin je retrouve la galerie menant à la sortie, où monsieur crapaud se gave de moustiques, presque 1h après être parti du fond (à très bon rythme mais en comptant les pertes de temps sur le trajet). Mon matériel est HS et physiquement, je sens que ça a travaillé... Je regagne la voiture pour ensuite retrouver Hervé et Henri vers 13h à la Source de l'Agly.
Pendant que j'étais à la Pause, Hervé et Henri sont descendus à la source de l'Agly, voici le récit de Henri :
"Pour moi et Hervé rentrée dans la source de l'Agly vers 10H.
Je grimpe avec 2 goujons la vire au-dessus du 1er siphon, équipée en corde. Puis après le toboggan qui suit l'on s'arrête sur une très belle et longue vasque qui à priori doit être le 2ème siphon (fil d'ariane). Pas d'air sensible à cet endroit, donc j'en conclu que tout est en eau malgré la sécheresse. C'était quand même bien d'en avoir le cœur net! Pistage d'une suite un peu partout. Alary nous rejoint à la voiture où l'on casse la croute."
Donc après le repas, nous allons voir un trou trouvé par Henri rive droite de l'Agly, bien en amont de la source. Un ressaut de deux mètres mène dans un méandre arrosé... Aussi près de la surface ? Par ces temps plus que secs ? Probablement un effet temporaire des dernières pluies. Pas de courant d'air, mais une résonance longue et aiguë se propage dans la suite impénétrable du méandre. Au-delà de la douche, le méandre bifurque à gauche puis, au bout de deux mètres, à droite. La visibilité au-delà est nulle, l'eau coule deux mètres plus bas à la base du méandre. Elle se dirige dans la montagne.
Il y a de très fortes chances que cela mène à un niveau noyé, compte tenu de la résurgence proche et d'une observation faite à quelques dizaines de mètres en aval de ce point : toujours rive gauche, un orifice de 40cm de large pour 50 de haut sur 5 mètres de long environ, allant en se rétrécissant, donne un regard dans ses derniers mètres sur une nappe d'eau d'apparence peu mobile. Pas d'air ici non plus.
Après ça, direction la source de l'Agly. Henri y a repéré une zone à ouvrir tout au fond. Pendant qu'ils commencent la purge avec Hervé, j'escalade rive droite et arrive au-dessus de ce que Henri voulait ouvrir. Il n'y a rien, si ce n'est une inscription du "GEK". Alors on attaque un peu plus bas avec le perfo. C'est étroit et peu confort. Première salve en demi-échec, la seconde fera le boulot. Henri passe, débouche dans un tout petit volume tout colmaté d'argile et de calcite. Sans suite. Il est 15h, on se dirige vers la sortie. Fait intéressant, un courant d'air est perceptible, quand on quitte le fond pour se faxer dans la faille. Soit il s'agit simplement d'un courant d'air de versant ou de convection, soit il y a quelque chose à trouver compte tenu du fait que les siphons soient en eau...
Pour conclure, le boulot titanesque fourni dans le trou de la pause est remarquable. Mais difficile d'espérer retourner tout au fond sans devoir emporter avec soi de quoi exploser ce rétrécissement dans la calcite... Si ce que je cherchais en remontant s'avère bien plus accessible et prometteur, alors peut-être un jour y tenter quelque chose... En attendant, vous savez à quoi vous attendre ! Aïe ! Ouille !
Rattrapage informationnel de quelques travaux et observations en cours depuis le début du climat tropical ...
- Perte des Eychartous :
Il s'agit d'une cavité que j'avais découverte au 20è siècle dans le synclinal d'Arques, chantier à peine entamé et vite abandonné à l'époque pour d'autres horizons à plus fort potentiel. Retour sur les lieux pour voir l'évolution de la perte : le trou n'est pas entièrement bouché et absorbe totalement un joli ruisseau entre conglomérats et marnes rouges (c'est à la mode en ce moment mais ce ne sont pas les mêmes formations géologiques que sur le plateau de Lacamp, elles sont ici 20 millions d'années plus anciennes et peuvent contenir des débris d'oeufs des derniers représentants des dinosaures juste avant leur extinction). Deux séances de désobstruction en famille permettent d'ouvrir un départ de méandre ventilé soufflant un air modérément chargé en CO2 (0,8 %). A poursuivre en décaissant le remplissage caillouteux induré, il peut y avoir une cavité de 2 ou 3 km là dessous... Le site :
- Perte amont de St Pancrasse :
Cavité d'une centaine de mètres de développement (déc-)ouverte lors de la sécheresse de 2024 et pouvant absorber un gros débit. Chantier avec fort courant d'air au fond mais difficile à travailler (conduite forcée très résistante de faible calibre). J'avais protégé l'entrée avec une double grille en fer goujonnée pour ne pas que le trou se comble avec les crues d'hiver. Bien m'en a pris... Retour sur les lieux en ce début juillet : la grille semble avoir tenu mais il y a plusieurs mètres cube d'alluvions qui se sont entassées devant. Cependant le trou n'est pas bouché car on entend un peu d'eau cascader et le courant d'air est présent au ras supérieur du barrage :
Le site après les crues et avant déblayage
Grosse séance de déblayage et détournement d'une partie du débit du ruisseau en prévision d'un traçage :
Le site après déblayage
Lancement du traçage quelques jours plus tard, il s'agit de déterminer la fonction capacitive de ce karst combinant circulations classiques et hydrothermales, mais aussi par rebond de connaitre le potentiel de la cavité elle-même :
Résultats attendus dans les prochaines semaines...
- Perte de Camurac :
Autre projet en cours, en partenariat avec l'université de Perpignan : un stage de Master intitulé "CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DU RÉSEAU KARSTIQUE DU PLATEAU DE SAULT PAR TRAÇAGE NATUREL ET ARTIFICIEL" C'est dans ce cadre qu'a été réalisé le multitraçage Pas des Brebis - Vernouze de cet hiver, avec des résultats surprenants et très intéressants (ceci est une autre histoire). Un volet de cette recherche concerne donc les traceurs naturels, et plusieurs campagnes d'échantillonnage d'eau et de sédiments ont eu lieu au printemps et au début de l'été. Lors de la dernière tournée, en pleine chaleur, je suis allé titiller la perte de Camurac, origine la plus lointaine connue de l'énorme source de Font Maure, située pas moins de 24 km en aval ! Belle surprise puisque après déblayage d'un bouchon de sédiments et branches en marge de la perte, un bon courant d'air s'est amorcé, ce que je n'avais jamais vu malgré un certain nombre de visites. Cela signe l'absence de siphon proche ou de bouchon étanche au moins en étiage... De plus on entend distinctement l'actif cascader un peu plus loin, il est donc prévu d'y consacrer un sondage en règle avec l'accord de la mairie. Il serait également possible de détourner le ruisseau lors des travaux d'été pour bosser au sec. A suivre donc prochainement...
Etat des lieux avant amorçage du zef à gauche du bloc
- Perte de St Andrieu :
Dernière partie de ce tour d'horizon des pertes en cours d'investigation, et non des moindres : St Andrieu, accès désormais fléché vers une jonction et la suite des explorations du principal réseau connu du massif de Missègre, le réseau du Chant du Loup, origine avérée du collecteur principal vers Alet (13 km à vol d'oiseau pour rappel). Nous sommes actuellement freinés depuis plusieurs mois par une mince fissure très résistante sans visibilité : il fallait aller voir le potentiel aérologique de ce chantier en profitant des fortes chaleurs. Chose faite vendredi 10 en fin de journée : très peu d'air dans la fissure terminale mais grosse ventilation dans la chatière un peu avant. Avec les conditions météo idéales, je sais que cette énigme ne passera pas la soirée ! Effectivement, un peu avant le fond, découverte d'une fracture presque bouchée au sol qui laisse filtrer pas mal d'air, mais ça ne suffit pas. Je sens sur ma gauche un bon flux glacé sembler arriver de nulle part. En fait le courant d'air recherché vient d'un trou bien caché derrière une lame descendant du plafond, 1m à peine avant le fond. En déblayant, je vois une petite géode pleine de cristaux un peu au-dessus : tout le flux est là, bye bye la fissure, la suite est trouvée ! Ce chantier devrait donc reprendre très prochainement, deux à trois personnes suffisent pour le moment.
Avec toutes ces perspectives en plus de l'exploration au Septuagénaire, je n'irai pas jusqu'à dire qu'il me tarde d'être à la retraite (pas trop envie d'être plus vieux que maintenant), mais je ne serai pas contre la mise à disposition d'un temps additionnel...
Aven de St Andrieu le matin Participants : Henri, Laurent; TPST 1h30
Aven du Septuagénaire l'après-midi Participants : Aude, Sébastien, Daniel M, Laurent; TPST 4h
Virée express à St Andrieu pour caresser gentiment le terminus. Le but est de trouver la meilleure technique pour arriver jusqu'au verrou situé à moins d'un mètre devant, dans une roche extrêmement résistante. Test moyennement concluant, pas mal de roche fissurée et travail au burineur à prévoir. Un courant d'air soufflant s'amorce vers 11h.
A midi, Henri rentre à Alet et je vais rejoindre l'équipe du Septuagénaire sur le plateau de Lacamp. Daniel a bien avancé dans la matinée, aidé par Aude et Sébastien. Un passage est pratiquement ouvert quand j'arrive, il reste un trou à faire et on voit une suite pénétrable avec même un petit écho.
La suite va dépasser toutes nos attentes : une fois le passage franchi, nous arrivons au sommet d'un puits de 11m subdivisé en deux ressauts. Je remonte chercher corde et échelle et équipe l'obstacle. Nous prenons pied dans une galerie avec amont et aval. On remonte d'abord l'amont sur une cinquantaine de mètres, arrêt sur bouchon de blocs avec racines, on ne doit pas être loin de la surface...
Vers l'aval, la galerie s'abaisse, ce qui permet de confirmer que le courant d'air vient de là. On se redresse assez vite et soudain tout devient noir devant, juste après un petit ressaut. Il s'agit d'une salle imposante et joliment décorée, la hauteur et la largeur dépassent les 10m. Le volume est parcouru dans l'enthousiasme. Plus loin, la suite se verticalise, une dizaine de mètres au sondage avec un "plouf" en bas, mais il faudra assainir l'accès. On décide d'en rester là, en plus on a plus de matériel d'équipement.
Vu le volume et la présence d'un actif temporaire, la question de l'orientation de la cavité se pose : est-ce l'amont de l'arrivée d'eau principale de la grotte du Cinquantenaire, ou bien est-ce une cavité indépendante avec du coup un potentiel bien plus important ? La boussole du téléphone de Aude et celle de la montre de Sébastien semblent pointer vers la deuxième hypothèse, mais il faudra bien sûr vérifier tout ça rapidement. La suite sans doute dimanche prochain.
Pas mal de monde pour poursuivre le chantier, mais déconvenue en arrivant : un bruit de cascade en approchant de la doline, signe que le ruisseau coule dans l'aven. Pas étonnant avec le nouvel épisode méditerranéen qui vient de s'abattre sur la massif, plus de 100mm...
On tente une reconnaissance, et, petit miracle, malgré le ruisseau on arrive à atteindre le chantier sans trop se mouiller. Nouveau perçage en hauteur en suivant la fissure pendant que le gros de l'équipe déstocke jusque dans la "salle à manger" Pas de courant d'air, ça doit siphonner plus bas, pas étonnant non plus...
Du coup on en profite pour mettre au gabarit la zone d'entrée de l'aven où les premières cascades assurent une bonne ventilation grâce à un courant d'air convectif. C'est aussi l'occasion de former la jeune génération à jouer du perforateur en vue de la future formation CPT.
Dans l'après-midi, le débit baisse rapidement et le courant d'air du fond se réinstalle timidement, suffisamment toutefois pour évacuer les vapeurs résiduelles du matin. On déblaye le fond mais le rendement cette fois n'a pas été fantastique, il va falloir ruser pour arriver jusqu'au petit col visible plus haut.
On finit la journée en terminant la mise au gabarit de l'entrée à la salle à manger. Finalement on aura quand même bien rentabilisé cette journée qui était très mal barrée au départ...
Les photos d'Alary :
Galerie d'accès active
Amont (presque) siphonnant
Passage obligé vers le chantier
Stockage en murettes
Prairie extérieure avec perte diffuse en face de l'aven
Reprise de la désobstruction dans la fissure ventilée de l'aven de St Andrieu après la période de mauvais temps généralisée. L'aven a été actif, mais sans modification du paysage et sans mise en charge.
Comme on est assez nombreux, nous pouvons déstocker jusqu'à la salle à manger, où Steve va s'employer à concurrencer Jean-Luc dans la construction de murs.
Au fond, nous avançons avec la méthode "mixte", puis au brisant, pour finir au burineur simple. La panoplie de techniques permet de gagner 1,5m, pour s'apercevoir que la suite de la faille est complètement scellée par une coulée de calcite. Complètement ? Non, car un petit passage vers le haut résiste encore et toujours à la calcification.
Cette suite improbable est testée à la fumée malgré l'équilibre thermique de cette demi-saison : le courant d'air s'enfile bel et bien par là. Au prochain perçage en 1m il semble que nous puissions arriver à un petit col avec virage à gauche.
Suite des hostilités prévue le week end prochain s'il n'y a pas de crue d'ici-là.
Quelques photos prises par Alary :
Optimisation de l'espace de stockage dans la galerie menant à la fissure ventilée
Test de la suite
Une nouvelle forme d'aragonite aciculaire orange ?
Non, plutôt le monde merveilleux des champignons...
Nouvelle séance dans le chantier de la nouvelle branche.
Le trou aspire faiblement le matin mais le zef se renforce progressivement au cours de la journée. Comme il fait à peine 1°C dehors, difficile de se réchauffer.
L'avantage est qu'on ne verra aucun gaz...
Une grosse négociation matinale permet de faire pas mal de place, nous stockons pas très loin en construisant des murettes en hauteur, deux "lignes de défense" étagées dont le soubassement est consolidé par des fers à béton.
La pause nous permet d'aller visiter les pertes dans la vallée. Seule la plus en amont coule et absorbe environ 5 à 7 l/sec. Cet actif doit aboutir en ce moment dans le CDL, branche de la cascade, mais on ne pourra pas aller voir car le siphon temporaire situé 300m en amont doit être en eau...
Retour au chantier, nous avons atteint un verrou vraiment très petit. S'il n'y avait pas le courant d'air aspirant on serait démotivés... Nouvelle salve mais ça ne bosse pas autant que d'habitude car presque pas de dégagement. Cependant en travaillant le verrou, la roche fissurée cède et laisse apparaitre la suite, une faille calcitée avec du dégagement et qui s'horizontalise.
On devrait retrouver de l'efficacité et avancer pas mal à la prochaine séance. Le stockage local est presque plein, il va falloir monter en nombre (4) pour stocker ensuite dans la salle amont...
Point de vue depuis l'aven de St Andrieu, en complément du CR d'Alary.
Avec Flo on s'attelle au transport de blocs dès le début de matinée (déblayage de la sortie prépa de jeudi dernier). Vers 11h on stoppe sur le reste du pilier central qui bouche la vue. On doit faire du bruit à 14h, il nous reste du temps, on fait une première percée monotrou pour éliminer ce pilier.
Premier chantier du matin
On mange tôt, puis retour sur site, le pilier n'existe plus. On place l'ARVA au fond et on se dépêche de préparer la suite, deux trous en 1m paroi gauche, où on suppose un peu de vide par déduction de la configuration des fissures annexes. Finalement on a un peu d'avance, on enlève l'ARVA à 13h45 puis on attend 14h et on lâche les chiens... Le bruit est atténué avec cette méthode par rapport au cordeau, son très sourd à seulement une vingtaine de mètres...mais l'équipe CDL a entendu quand même, c'est l'essentiel.
On replace l'ARVA à un autre endroit. Au niveau du front de taille, on a pas ouvert de vide, c'est même tout bouché ! On déblaye tout, et au centre de l'espace durement acquis, un point faible : une faille fossilisée par de la calcite, des blocs et des sédiments.
Quelques blocs enchassés dans la faille et le limon viennent facilement à la piquette, puis soudain, un trou s'ouvre...pas bien gros. J'avance la tête : ça souffle concentré à cet endroit ! Fini l'air qu'il faut pister par les minces fissures qui sont à présent shuntées. Il y a du boulot mais on tient la suite...
Le courant d'air est finalement alternatif avec grande longueur d'onde, plutôt normal avec l'équilibre thermique à ce moment là.
On termine l'accu sur cette perspective motivante. Etant donné l'engagement croissant au CDL (7h aller-retour + siphon temporaire + étroiture sélective + trémie), on en avait besoin plus que jamais...
Vue depuis le fond sur la progression du jour
Le trou souffleur est au centre du conduit partie haute
Au final très bon travail d'équipe(s) dans cette quête de jonction. Prochaine séance début 2026
Rendez-vous à 8h30 au parking habituel pour les deux équipes de front. Test des DVA (prêtés par Vincent et Jean-Michel E.) puis planification des horaires clés. La team St-Andrieu (Flo et Laurent) mettra en marche son DVA à 12h en émission et fera du bruit à 14h pile. Dessous, on tâchera de réceptionner les signaux radio et sonores.
Entrée dans le trou à 9h15, il aspire très nettement dès le passage sous le pied droit. Cheminement sans tergiverser pour rejoindre le bout du bout de la cavité, la trémie de l'extrême amont, que l'on atteindra en 3 heures et 23 minutes. Sur le trajet, les niveaux d'eau dans les zones semi actives sont comparables à ceux de début octobre. En comparaison, il y a bien moins d'eau que lorsque nous étions venus avec Clément le 15/11/2025. Le courant d'air est présent, mais affaibli, du coup il fait très vite extrêmement chaud, obligeant à enlever des couches (presque toutes à l'exception de la combi...). Gilles doit même abandonner ses lunettes en route, qui l'aveuglent plus qu'autre chose. Pour Andréa, c'est une première dans ce trou, et pour Gilles, une bonne mise à jour. Arrivée à la trémie à 12h38, mise en marche du DVA et établissement de la stratégie pour attaquer le passage. Premier signal du DVA, 53m ! Mais j'avais mon téléphone pas loin... Dans le doute, je le laisse posé là, et nous reculons manger. De nouveaux signaux espacés nous parviendront, avec un min à 45m et un max à 61m (la portée des deux appareils est donnée pour 40m). J'attaque le sol de la trémie tout doucement pour déterminer le rôle de chaque bloc dans cet assemblage. Comme prévu, la voute n'est en rien reprise dessus, mais s'appuie en arc sur les côtés à la manière d'une cathédrale. Par sécurité quand même car je suis dessous, j'extrais les blocs à l'abri, avec deux sangles raboutées reliant les blocs au pied de biche, que j'utilise comme levier. Il faut malgré tout prendre la fuite à chaque largage car les blocs dévalent avec force. Entre les blocs, du cailloutis, quelques petits galets et surtout du sable argileux. En une heure le passage est dégagé, je peux passer plutôt en confiance.
Avant et après
De l'autre côté, une petite pièce au sol argileux. Au-dessus, un mur de blocs avec contre-paroi à droite et à gauche, juste ce qu'il faut d'espace pour tenter une grimpe sur trois mètres. Certains blocs à la base sous lesquels il faut passer semblent avoir du jeu et retiennent quand même du monde. Je vérifie la stabilité et retire les blocs juste posés, puis me décide à monter en limitant au maximum le poids sur la trémie.
En haut, une petite salle sur trémie. Ça fait peur, je n'ose pas trop marcher sur tous ces blocs. Au-dessus de moi, un conduit ovalisé, pleine roche et hors trémie monte encore de trois mètres.Je fouille quand même un peu, apercevant de l'espace derrière les blocs, sans pour autant être convaincu. Je tente alors de forcer le conduit ovale. Mais je ne passe pas et je ne vois rien non plus. Avant de redescendre pour le bruit de 14h, je teste voir s'il a une quelconque résonance… Et stupéfaction, il a de l'écho ! Un bel écho même ! Cette nouvelle information me remotive. J'annonce la nouvelle et redescends. À 13:59:59, le silence est absolu. Et à 14:00:01, les oreilles à l'affut devinent un très léger bruit qui, à la surprise générale, ne venait pas de la trémie, mais plutôt du conduit en direction de l'aval... Nous venons pour la deuxième fois de jonctionner au son (la première à la base du P35).
Nous sommes en même temps déçus de ne pas avoir été décoiffés par le bruit, et excités par cet écho revenant de sa première dans l'inconnu. Du coup, Andréa grimpe faire un tour, voir si elle peut forcer le passage. Ça ne passe pas, mais entre les blocs en pleine trémie, elle détecte un passage avec de l'espace derrière, mais pas tellement envie d'y aller... Je remonte et visualise la chose, c'est terrifiant. Comme nous avons trimbalé jusqu'ici un perfo avec de quoi briser du caillou, je me tâte soit à tenter le passage entre les blocs, soit à tenter d'éclater les murs du conduit. Après une interminable hésitation d'un quart d'heure, je me décide à passer, car c'est le moyen le plus direct pour être fixé sur la suite des choses. De l'autre côté, aucune suite, des blocs de tous les côtés et au plafond. Reste donc ce conduit pleine roche, hors trémie et qui monte bien plus haut. Je décide alors de tenter deux petits tirs du mieux que je puisse dans le conduit. Andréa me fait passer le matos à travers la trémie. Et je redescends tout en bas pour déclencher (à force d'y faire des allers-retours, la trémie fait de moins en moins peur). Je n'ai pas besoin d'enlever beaucoup, mais la configuration est horrible : je perce au-dessus de moi, la tête dans le caillou sans voir ce que je fais car sinon je prends tout dans le visage, bras tendu à fond qui m'oblige à faire des pauses, en équilibre sur des prises qui cassent aléatoirement, en respirant une fois sur deux pour pas trop aspirer de poussière... Bilan au bout de 2 heures, le premier a écaillé la moitié, l'autre côté restant bien accroché. Le second n'a fait que fissurer la base, sans rien éclater... Je tente d'écailler au pied de biche, au burin et à la massette, en essayant de ne pas me la mettre dans les dents, mais impossible de faire quoi que ce soit... Il est 16h, le reste de l'équipe commence à se les cailler sévère. Alors je regrimpe, et le peu d'espace gagné me permet de monter davantage. Je dégomme quelques cailloux posés dans la fente qui part à l'horizontal (encore plus étroite, mais très courte), j'ai vue sur deux mètres dans une pièce au-dessus de la trémie. Des blocs plus gros en face, l'obscurité derrière et probablement au-dessus, puis l'écho qui gave la motivation.
À 16h30, nous prenons l'interminable crapahut retour. Après 3h30 de passage à tabac inévitable, nous retrouvons la surface. Perspectives intéressantes et motivantes, il a un volume pas loin, et surement pas une simple cloche si l'on additionne les indices : trémie épaisse + courant d'air net + résonnance. Venir travailler ici reste dangereux à cause de la trémie à traverser, sans parler de l'éloignement et des obstacles nous séparant de la sortie. Il s'agissait peut-être de la dernière session avant la remise en eau hivernale du siphon. Voir le compte rendu de Laurent pour les travaux côté St Andrieu.
Non il ne s'agit pas d'une formation dans une grande école privée comme le suggère le titre, mais plus modestement d'une préparation matinale pour la sortie double de dimanche CDL/St Andrieu.
Perçage en gros diamètre et élimination d'un pilier rocheux défendant l'accès au verrou au terminus de la nouvelle branche. Tout a bien fonctionné, il y a du boulot de déblayage. La méthode ayant fait ses preuves, elle sera utilisée pour ouvrir la suite. La prochaine salve s'attaquera au verrou lui-même.
Les gros orages du début de semaine ont presque totalement épargné les Hautes Corbières, l'accès au CDL doit donc être encore ouvert pour quelques jours.
Si quelqu'un dans l'équipe prévue dimanche a de bons talkies ou des ARVA, ça pourrait être intéressant de les prendre...
Suite des fouilles pour tenter de mettre la main sur la suite du réseau brutalement interrompu après un satisfaisant bout de première. Nous avançons vers le trou avec une seule question en tête : passerons nous le siphon ? Les pluies d'il y a neuf jours nous posent question. C'est le moment de le savoir...
Dehors il fait doux, température max 15°C. La perte curée absorbe quelque chose comme un demi-litre seconde. Entrée vers 9h45 et cheminement vers le fond en essayant de ne pas surchauffer. Les apparitions et disparitions soudaines de l'eau dans le ruisseau avant le siphon font vaciller notre jauge émotionnelle. Voici quelques-unes de nos observations. Juste après le méandre de la jonction orale sous la grande salle (avant la cascade de la salle du pont de calcite) nous croisons à débit égal l'eau absorbée par la perte et s'arrêtant dans une bassine sous le gros bloc juste avant la cascade. La cascade est toute sèche, mais toute propre, tout comme les cailloux au sol dans le ruisseau à sa base. Une lame d'eau éclair est passée ici. Le pont de calcite s'est à peine réactivé. La bassine dessous est vide mais celle du dessus est à la limite de déborder (c'était sec cet été). Les arrivées d'eaux pérennes le long du parcours n'ont pas augmenté en débit. Dans le ruisseau, des portions se sont remises en eau mais ne s'écoulent pas pour autant. D'autres sont encore complètement sèches et sales de nos passages. La voute mouillante ne mouille pas. Arrivée au lac du siphon, malgré quelques gours bien remplis avant, pas de lac... et plus loin, pas de siphon. Aucune goutte n'est arrivée ici, soulagement ! On remballe la ligne de tir du siphon et la stockons avec le bidon blanc dans une coupole après le premier point bas. Le courant d'air est perceptible, ça aspire. À l'angle à 90° gauche où ça résonne beaucoup, il y a bien plus d'eau dans les marmites, et on met pied à terre... dans 20cm d'eau qui ruisselle vers la galerie des escalades de septembre. On approche de la chatière. Dessous l'actif bien calme de cet été a repris de la voix et gronde distinctement. Courant d'air aspirant net dans l'étroiture (il doit être 11h45). Arrivé à la grimpette d'accès à la base du P35, ça coule ! On aperçois de l'eau dans les inférieurs (l'eau de l'actif ?). Le puits goutte disons deux fois plus que lors de notre dernière visite, mais pas de quoi s'émerveiller ou s'affoler. On récupère du matos pour le fond et on rejoint la salle à la bascule entre aval et amont (fo39), courant d'air toujours aspirant en direction de la trémie. On fait la pause repas.
Carte pour donner une idée et se repérer, les volumes en blanc ne sont pas à l'échelle, c'est dessiné de mémoire. Le chiffre entre parenthèses lie une localisation avec le paragraphe qui le succède ci après.
(1) Première tentative de remontée juste au-dessus du pique-nique, en haut à droite quand on débouche dans la salle (fo39) après le passage boueux avec le volcan d'argile. Clément me fait la courte échelle, remonté sur 4m environ, boueux, donne dans une cloche de laquelle un petit conduit part en hauteur, pas de ventilation, impénétrable.
(2) Ensuite on sort la massette trainée jusqu'au fond pour éclater de la calcite qui obstrue un petit départ dans un petit volume parallèle. Petit ramping horizontal dans la boue sur 3m par un conduit vraiment pas large, arrêt sur des blocs (possible de se retourner sur soi-même). De l'autre côté ça continue, ça remonte légèrement, pas de courant d'air. Je ressors et m'en vais taper au point bas de la salle fo39 dans la grosse coulée de calcite. De petits vides en dessous, mais rien de pénétrable et d'encourageant, pas d'air, les cailloux envoyés ne partent pas bien loin... Clément me relaie à la massette, et je fais minutieusement un tour de fouille de tous les recoins de la salle, en essayant d'éviter les angles morts (je fais bien d'essayer...). Rien de rien.
Du coup, on migre dans l'amont pour faire visiter à Clément et fouiller en prenant le temps. (3) Je remonte une coulée de calcite sur 2m, ça pince. On arrive dans la galerie rectiligne donnant sur la trémie et repérons au plafond un départ. Je grimpe et prends rapidement des mètres. Un bon pas me dissuade de continuer sans équipement... On va jusqu'au fond de la trémie, le courant d'air est aspiré à travers. Tout au bout de la trémie, du vide se distingue entre les blocs, le tout a l'air plutôt massif et attaquable. (4) En ressortant, Clément repère un départ entre les blocs de la trémie et la roche en place, visibilité sur moins de 2m avec une paroi en face plus haut. On a l'impression qu'on recoupe un conduit presque perpendiculaire. Il enlève quelques cailloux, mais il faudrait en enlever d'autres qui semblent ne tenir en rien les blocs du dessus. Cela serait jouable avec un pied de biche bien abrité en dehors de la trémie.
Retour vers fo39. (5) Petite hésitation sur le fait de grimper ou non là où j'ai tenté en libre. On se décide à ramener le matos pour lever ce doute. Deux pulses plus tard, je suis absolument recouvert de boue et la matos encore plus. En haut je suis coincé sur des blocs dans le passage, j'ai vu 1m plus haut sur d'autres petits blocs qui comblent la fracture, pas d'air, je redescends.
Direction maintenant le volume parallèle accessible par le faux plancher au niveau de la belle coulée de calcite active. Immédiatement je m'enfile dans une étroiture remontante style la chatière, ça continue et ça monte jusqu'à un carrefour. Vers le bas, un conduit type laminoir en forte pente sur 3m atteint un sol. En face, une conduite forcée remonte. Je vais en face tout excité car ça raisonne bien devant. J'arrive sur une lucarne étroite mais passable dans laquelle j'arrive à me faufiler, me menant à déboucher au plafond d'une belle salle avec un amont et un aval, c'est magnifique !! Je pense avoir trouvé la suite, mais me rappelle subitement de l'épisode du balcon de la désillusion...
Bref, avant de mettre une corde ici, je descends le laminoir, et prends pied dans une belle salle avec un amont et un aval, c'est magnifique, c'est grand !!.... à moins que... DÉSILLUSION ÉPISODE 2, LE RETOUR !! L'excitation s'effondre, nous venons de boucler avec le généreux volume où se trouvent le faux plancher et la belle coulée... Bon, comment sommes-nous passés à côté de deux passages comme ça sans les voir ? Tout est question d'angles morts, le passage bas est camouflé par un pan de mur qui vient le recouvrir comme une toiture, et le passage haut est caché par les ombres et l'aspect uniforme de l'argile sur la roche... moi qui essayais d'y faire attention, voilà un excellent exemple. On doit en rater des trucs de cette manière.
Retour dans le volume parallèle, où des cheminées nous narguent depuis le bas. (6) Sur la gauche une lucarne donne sur du vide à 3m de haut. En deux points j'y suis et tente d'élargir pour passer (ça semblait plus large vu d'en bas...), mais je passe pas. Du coup je poursuis vers le haut, où 4 bon mètres sont encore à gagner pour rejoindre de volume. Mais la montre tourne, et il est déjà 17h. Je m'arrête à mi-chemin de l'escalade en ayant prépercé le trou suivant. On installe le bout de grosse corde de 7/8m récupéré à la base du P35 autour d'un bel AN. Deux trous sont prépercés, plus qu'à y mettre les pulses. Niveau matos, seule la petite corde a été utilisée pour l'escalade, tout le reste est de retour sous le P35. J'y ai également déposé la dizaine de mètres de dyneema propre.
À 18h passées, nous prenons le chemin du retour, en effectuant ici et là quelques aménagements mineurs de parcours. Pas trimbaler 1,25kg de massette pour rien. Nous sortons pour 21h, plus sales que jamais !
Pendant que les 2D continuent les travaux au trou du Moulin à l'est du massif, nous entamons la deuxième session de travaux dans la nouvelle branche de l'aven repérée la fois précédente, notre meilleure option à ce jour pour rejoindre le réseau du Chant du Loup qui passe à proximité. Pour rappel, le point de jonction potentiel se situe à 60m en plan et 60m plus bas que le nouveau terminus de l'aven.
Test du courant d'air en début de journée, celui-ci est passé en régime hivernal et l'aspiration est bien sensible. Une partie du zef passe bien par la micro-lucarne repérée au fond. Il s'agit d'une diaclase étroite à l'origine, de surcroit calcitée. On calibre le nouveau passage pour faciliter le transit des blocs et des gamattes, puis on attaque le fond.
Deux bonnes salves nous permettent de gagner 2m. La lucarne se dédouble mais tout semble se rejoindre derrière un énorme pilier rocheux qu'il faudra détruire avec la méthode bien connue élaborée lors du chantier de désobstruction du Vieux Lion.
Le calcaire est très métamorphisé, très dur avec de nombreux microplis bien visibles (faciès identique à celui pris en photo au fond du CDL), mais surtout extrêmement minéralisé, avec de nombreux filons métalliques denses en inclusions dans la masse. On comprend l'intérêt qu'avait suscité cette zone du massif lors de la grande époque de l'exploitation minière, et on se sent par certains côtés très proches de ces anciens mineurs lorsqu'on creuse notre passage à taille humaine. Seule la finalité a changé, puisqu'on cherche du vide et qu'on entasse le métal dans les murettes sans l'utiliser...nos prédécesseurs n'auraient pas forcément compris...
En fin d'après-midi, visite de Jean-Marie notre éleveur local très intéressé par nos recherches (il nous avait indiqué le futur site de l'aven de la Pleine Lune dès 1997). JM nous indique l'emplacement d'une ancienne mine pas très loin de l'aven. Nous la retrouvons dans un roncier, elle ne fait qu'une quinzaine de mètres et ne recoupe aucun creusement naturel.
Le chantier promet d'être long pour parvenir au seuil qui provoque les mises en charge dans l'aven lors des grosses crues, mais avec l'aide du courant d'air, et avec ce nouveau passage hors trémie, on y croit...
En parallèle et en complément de l'équipe de pointe située une centaine de mètres sous la vallée, nous allons tenter de nous entendre depuis le fond de l'aven de St Andrieu, cavité pressentie pour devenir à terme une entrée permettant de shunter les premiers kilomètres du CDL.
Au rythme où vont les explos, avec le siphon temporaire qui va se remettre en eau et la zone étroite à calibrer plus en aval, ce serait assez génial... Nous voici revenus dans l'esprit d'il y a quelques années en arrière, quand la quête de la jonction Vieux Lion/Chandelier avait commencé aussi par du signal sonore entre deux équipes.
Revisite des différentes options pour reprendre la désob, puis nous jetons notre dévolu sur un passage au point bas de la cavité. On s'organise pour envoyer les ondes (très) sonores à heures précises : 13.30, 14.30, 15.30
La première salve est entendue par Etienne qui est dans le P35 du CDL à ce moment-là. Le son est lointain, ce qui confirme que ce grand puits ne draine pas la suite de l'aven de St Andrieu, mais plutôt la perte active juste en amont de la ferme homonyme (distance/lacune d'une centaine de mètres).
Petit à petit le chantier prend de l'ampleur et se transforme en véritable mine : modification du passage principal, élimination de plusieurs tonnes de roche mal placée, jusqu'à pouvoir attaquer le point d'interrogation terminal. Le courant d'air soufflant n'est pas très fort mais bien présent, il augmentera progressivement dans la journée.
Après deux salves au fond, bonne surprise : du noir apparait. Nous aboutissons dans une petite salle de quelques mètres de haut en première. La suite est localisée grâce au courant d'air dans un petit méandre presque comblé par de la calcite, direction sud - sud est. Gros travaux à prévoir mais il y a du stockage.
Nous ne le savons pas, mais au même moment les jeunes se sont considérablement rapprochés par un nouvel affluent qui remonte en direction de l'aven. Pas encore besoin de s'affoler trop vite, il reste quand même une soixantaine de mètres de dénivellation à franchir entre les deux points pour une soixantaine de mètres en plan également.
Surprise de taille; le courant d'air descendant bien ressenti par l'équipe au fond actuel du CDL est incompatible avec le courant d'air montant de l'aven de St Andrieu. Il y a quelque chose qui amène pas mal d'air entre les deux...la suite du niveau fossile ?
Au final, expérience concluante qui nous donne une stratégie bien claire pour cet hiver. J'espère que l'Arme Secrète va pouvoir reprendre du service...
Une petite dernière avant la montée des eaux ? Sauf si l'automne joue les prolongations !
Laurent nous rejoint comme prévu à 8h.
''Les gars j'ai eu une idée de génie pendant la nuit. Au lieu de venir avec vous, je vais aller dans la perte de St Andrieu faire du bruit à 13h30, 14h30 et 15h30 pour voir si on s'entend. Faut synchroniser nos montres''.
Soit ce mec est un génie, soit, l'âge avançant, il trouve des excuses pour ne pas faire sa séance de gymnastique. (Je m'assure par la présente qu'il sera des nôtres la prochaine fois, ou me préparer à l'inscrire à l'ANAR (Association Nationale des Anciens Responsables FFS), en gros les passionnés qui physiquement ne prennent plus plaisir à aller dans des cavités trop rugueuses).
Dès l'aller on fait quelques aménagements, notamment à l'entrée de la salle du miroir. On récupère la corde en place d'environ 25 m pour un ressaut de 3 m et on la remplace par une qui fait pile la bonne taille. Équipe de magiciens : plus on équipe d'obstacles plus on a de cordes dans notre local ;-) Bon pour la dyneema point de magie, on a presque tout fini, déso Dom !
P35 : petite dynamique (enfin avec la boue c'est pas sûr mais ça devrait se laver avec les embruns cet hiver), 2 stats, 3 mini sangles bien trop courtes, 3 dyneemas, 5 goujon/plaquette/maillon, 4 goujons, 2 clowns, 1 skif acier sans virole, pastilles topo avec petit foret. Carrefour 227 une grande dynamique (bien trop grande d'ailleurs), 1 goujon, 1 maillon, 1 presto, 3 goujon/plaquette/maillon.
Arrivés au pied du P6 équipé par Alary lors de la séance précédente, nous reprenons la topo pour faire un cheminement plus appliqué que l'autre fois (timing et excitation). Nous rejoignons rapidement le pied du P35, observons 20 secondes notre environnement avant de localiser la suite aval. Je m'y engage et sens le courant d'air qui s'engouffre dans une petite verticale. Ni une ni deux j'attrape le perfo, et aperçois la lumière d'Alary qui trouve un autre passage juste en dessous. Juju le rejoint. Ça continue, qu'est-ce qu'on fait ? Prenez le disto et go, moi je fais un p'ti bout d'artif pour voir. Je monte une petite moitié, le cailloux est vraiment très péteux. J'arrive au niveau d'un filon de ferraille et décide d'abandonner là pour aujourd'hui d'autant qu'à 13h30 on entend un petit quelque chose mais très lointain, vraiment pas assez pour nous rendre enthousiaste. Je me décale hors crue, pose un équipement durable pour pouvoir reprendre un jour mais sans grande conviction d'y revenir.
Mieux vaut rejoindre les copains qui galopent vers l'aval.
Et il a pas fait le voyage pour rien le Juju ! En une sortie on a dû faire autant de développement que durant les 3 séances précédentes ! Et pas dans des chatières.
En bas à gauche Alary sort du soutirage sous un fin plancher de calcite
Là on commence à y croire sérieusement, mais d'un seul coup d'un seul, le plafond s'abaisse. Une petite chatière nous mène dans un nouvel espace sympa, mais pas aussi spacieux que la galerie juste avant. Ça se complexifie un peu, ça remonte, ça remonte encore, des marmites, des galets (oui forcément, ça va de pair), un ressaut, deux ressauts, ça repart pour un amont !
Un bel amont, avec une forte pente et qui se termine sous une trémie nettement ventilée. Au sol, joli cortège de galets tout droit venus de la surface et de beaux blocs marbrés et colorés qui ne demandent qu'à être poliment caressées.
Mais où se trouve la suite de l'aval ? Plusieurs solutions mais rien d'évident. Allez ça nous fait un stop pour aujourd'hui, l'heure est déjà bien avancée, rebroussons chemin tout en regardant si nous n'avons pas laissé quelque chose de notable. Dans un beau soutirage, sous un (trop) fin plancher de calcite, une annexe offre plusieurs passages avec des escalades à faire. Tout le long du parcours des zones d'ombre dans les hauteurs et plusieurs choses à voir/revoir dans le point bas. Le point bas lui-même obstrué par une coulée de calcite, une petite cheminée, une petite galerie bien orientée mais avec un passage à forcer...
Sur le retour quelques améliorations, dont deux chatières éliminées juste en remuant des gros blocs.
Alary à la main sur un gros bloc qui était quillé dans le passage, posé sur le cailloux devant les genoux de Juju. Il fallait monter, enlever le sac et se faxer...