Depuis la grande première du 11/02/26 où nous pensions avoir presque tout vu, à l'exception d'une escalade sur une coulée et d'un trou à ouvrir au sol clairement identifiés, il ne restait plus qu'à lever la topographie pour replacer la cavité dans son contexte. Après quelques mois d'impossibilités calendaires et grâce à un alignement parfait d'évènements, nous parvenons avec Etienne à nous caler un moment pour lever la topographie. L'occasion pour moi d'engager sérieusement le pas sur la pratique du relevé topographique.
Nous nous retrouvons à 11h sous la stèle, Etienne arrive de Toulouse. Nous descendons en posant un regard curieux sur les pentes qui cernent la vallée de Pémol. Nous passons devant le trou dragon vert et trouvons la barre. On commence par un rappel général du processus et des bons réflexes à avoir quand on topographie avec un Disto X et Topodroid. Pendant que nos deux téléphones prennent le point GPS, nous prenons le repas, puis c'est parti ! J'enregistre les visées et dessine, Etienne devant choisit les points et découvre le trou. Nous commençons par l'annexe supérieure où Etienne visitera les recoins inaccessibles aux mortels.
Puis nous descendons le puits. C'est aussi l'occasion de prendre un passionnant cours de karstologie de terrain. Nous cheminons ainsi jusqu'au bout des bouts. De l'autre côté du ressaut du lasso nous avions rapidement sondé un trou, malheureusement encore trop étroit pour qu'Etienne puisse passer. Au plafond, deux cheminées que nous n'avions pas vues seraient à escalader. Elles s'ajoutent à l'escalade de la coulée de calcite qui surplombe le ressaut du lasso. En clair, il y a des zones d'ombre.
Les mesures au Disto sont terminées. Etienne passe devant et remonte avec des techniques de barbare, pendant que derrière j'affine le dessin. En haut du puits il en profite pour se faxer dans un merdier sans nom et sans suite évidente. Difficile de trancher entre un trop léger courant d'air et un mouvement de convection. Au pied de la première corde du trou, Etienne me demande si j'ai fouillé le tout petit amont de gauche. J'y ai effectivement jeté un coup d'œil en février dernier, sans rien y trouver d'engageant. Mais Etienne, parvenant à s'avancer davantage y détecta un net courant d'air ! Le chantier semble quand même difficilement attaquable sans outils, alors on remonte. Mais au détour de la coulée de l'entrée et parce que nous sommes dans un trou à la Mas, nous trouvons le minimum d'outils nécessaire pour tenter un truc... Etienne redescend donc, je termine mon dessin puis le rejoins. Je gratouille dans le laminoir juste au-dessus, c'est bouché. Entre temps, Etienne a fait de la place et miracle, il y a du vide au-dessus entre les blocs !
C'est ici que ça se passe...
On se relaie pour décaisser le sol et sortir des dalles de dimensions inconnues trainant juste au-dessus de nos têtes. Au bout d'une heure, Etienne tente de passer, c'est grand au-dessus. 18h20, il passe.
Et c'est par là que ça passe !
Debout tout excité il élargit le passage par l'autre côté, je le rejoins. Incroyable... Devant nous une magnifique galerie horizontale d'au moins 2,50m de large sur 1m de haut. Au loin c'est encore plus grand, l'air est là ! Le sol vierge de toutes traces de passage, les cailloux anguleux rangés par taille et cette voûte blanche bien chénalisée. Au bout de la galerie on recoupe un accident, la galerie se décale sur la gauche en restant presque dans l'axe et remonte. Un imposant réseau racinaire descend par une grande et vieille coulée provenant du plafond. Nous contournons l'obstacle et passons dans la salle suivante. En haut à gauche une galerie remontante, des racines l'empruntent. En face à l'horizontal, une belle galerie au sol argileux se profile. Et au loin, tout ce dont nous pouvons rêver.
La suite !
On s'arrête là, pressés par l'heure de la réunion du SCA qui nous attend et car certains méritent bien d'explorer tout cela avec nous. Avant de partir, on fait une photo et on lève rapidement la topo de cette nouvelle galerie. Quelle journée de fou !
Etienne aux commandes
Côte topo, le point bas est à -45m et le trou développe sur au moins 202m. Il me faut désormais travailler sur le dessin, j'ai beaucoup à apprendre là dessus ! En attendant, voici une petite animation de la 3D et une vue en coupe développée. La nouvelle galerie développe en direction du nord-ouest (330°), la faisant psuivant le flanc du pic du Pemol.
Volumes 3D
Vue en coupe développée avec quelques repère. Le point 18 est le sommet du ressaut du lasso.
Participants : Daniel C, Rémi, Alain, Lorna, Stéphane, Lya, Noa, Vincent
TPST : 2h / Coroluna et Bérenger
Il y a du monde ce matin à Trassanel !
Les barboteurs du jour de Trassanel-4, Jean-Michel et Pascal accompagnés de Cafistes Perpignanais, sûrement en mal de plage, croisent les maquisards du jour que nous sommes : Daniel C, son fils Rémi, Alain… auxquels s’adjoignent Lorna, Stéphane et ses enfants : Lya et le jeune Noa.
Par cette matinée couverte et un peu fraîche, nous prenons le chemin de la garrigue et après le monument aux résistants descendons dans le vallon qui commence à se remplir de jonquilles sauvages et de globulaires.
Daniel nous emmène d’abord rendre visite au “fou”-isseur de ces lieux, alias le sieur Masdan qui, par chance, est devant son domaine, en cours de travaux, le trou de la Barre.
Sympathique moment d’échanges et de francs sourires !
Nous remontons vers le sentier qui nous fait passer devant la grotte du Maquis puis après une courte descente-remontée, nous voici à l’entrée de Coroluna, Cœur de Lune… Hmmm.
La grotte se révèle vite à l’image de tous les trous du moment, bien aquatique. De l’eau qui s’écoule sur les concrétions fossiles, les « rafraîchissent », c’est vraiment plaisant à voir !
Et au sol, forcément, des laquets ici et là que contournent comme ils
peuvent celles et ceux qui sont chaussés de baskets… Mais bien vite il
faudra se rendre à l’évidence : les pieds ne resteront pas au sec ! Le
jeune Noa n’est pas en reste et mouillé pour mouillé prend le goût de
l’aventure et se met bien vite à barboter mais surtout à chercher les
passages les plus étroits.
Stéphane, son Papa n’est jamais bien loin et le récupère bien souvent lors des passages où il est un peu court sur pattes pour passer les quelques ressauts !
En chemin, de belles concrétions triangulaires déjà rencontrées à l'Aguzou nous font de l'œil.
Un ressaut plus conséquent à descendre dans une fenêtre… et voilà que Daniel sort l’échelle spéléo qu’il avait dans son kit et qui est d’un précieux secours pour pouvoir passer là quand on n’a pas trop d’aisance… ou d’équipement de progression.
Les dents de cochon sont sous l’eau en bas du passage mais il y en quand même un peu plus haut… Ouf !
Nous finissons par buter sur une petite chatière qui donne sur une micro-salle terminale.
Nous prenons le chemin du retour tranquillement… Enfin après un peu d'attente le temps que tout le monde remonte l'échelle !
Peu avant la sortie nous croisons un homme et sa fille équipés seulement d'une petite frontale et sans casque !
Une p'tite photo de groupe et nous pouvons prendre notre pique-nique puis nous traversons le tunnel de la grotte du maquis.
Séparation des groupes au bas du vallon… tout le monde remonte avec Alain, sauf Daniel et moi qui poursuivons à 20 mètres de là pour un petit bonus : le Traouc Bérenger.
Nous avançons rapidement dans cette petite grotte pour nous rendre jusqu’à la salle des excentriques où nous passons un peu de temps à prendre des photos que j’aurais aimé plus réussies.
Nous nous hâtons vers la sortie histoire de ne pas trop faire attendre Rémi et Lorna qui attendent Daniel pour repartir.
Mais petit coup d'œil quand même avant de sortir aux impressionnants coups de gouge du plafond !
Arrivés au monument nous retombons sur le père et sa fille qui font une pause. Elle est mordue nous dit-il (ça s'imagine sans peine en voyant sa frimousse toute barbouillé d’argile ! 😁). Daniel en profite pour faire un peu de prosélytisme et leur faire apprendre par cœur le nom de notre club !
Merci Daniel pour cette bien sympathique rando dans le maquis assortie de chouettes trous !… A moins que ce soit le contraire !
Après la visite partielle du réseau IV en hautes eaux par Andréa et Gilles le 9 février, qui s'était presque terminée à la manière de Titanic, l'idée avait germé d'y retourner pour pousser plus loin la navigation. Ma crainte était qu'il ne repleuve pas entre temps, mais heureusement quelques pluies ont maintenu le projet hors de l'eau. Nous décidons de prendre en plus des néoprènes des bouées de plage qui nous serviront d'embarcations. Un magnifique crocodile tout neuf, et une grosse glace cornet. C'est une plutôt bonne idée pour prendre le temps d'admirer autour de soi et pour éviter de tout faire à la nage. D'autant plus que ma néop rapiécée est un peu limite... Seulement cela prend de la place, beaucoup même !
Nous arrivons à la base vers 8h30, récupérons une paire de pagaies, une pompe et quelques ficelles, avant de finaliser les kits. Quatre kits normaux et un big kit seront nécessaires.
Là !
Entrée vers 9h15, mais soudainement Gilles ne retrouve pas son descendeur. Rapide retour à la base pour le récupérer pendant que je m'en vais acheminer une partie du matériel et débuter l'équipement du Ribéro. J'ai à peine le temps de monter les deux premiers fracs, que Gille me rejoint et prend la suite de l'équipement. Je seconde avec le reste du matos.
Gours à l'embranchement du puits des Ours, et une bonne flaque avant l'accès au Ribéro
Descente rapide avec le strict nécessaire de matos, nous sommes à la base du puits qui siffle, et déjà Gille me dit que l'eau que nous voyons ici en contrebas n'était pas là la fois dernière... Nous lançons une œillade dans la galerie qui se profile vers l'aval, l'eau est montée d'environ 2m de plus ! Là où ils étaient passés à pied, il nous faut embarquer impérativement. Idem côté amont direction Matta, c'est un lac.
On se change, prêt pour notre session aquagym, et on conditionne le matos à emporter avec nous, dont la pompe à pied. Puis c'est parti pour la mise à l'eau des gus et de leur embarcation.
100% approved style
Quelques difficultés quand même à dompter le crocodile, la bête se démène quand Gille tente de se mettre dessus. Nous cheminons en direction de la salle de la coloration, profitant de l'originalité de la balade mais nous demandant quand même si le passage bas permettant d'y accéder sera franchissable ou non… Quelques vidéos et photos.
Vue en direction du puits qui siffle et vue vers l'aval
On avance en direction de la salle de la coloration
Nous débarquons au niveau de l'éboulis et du passage bas, qui est siphonnant ! Gilles repère une petite escalade par l'éboulis, je monte voir si on peut redescendre derrière. Avec les néop ça glisse énormément, mais c'est faisable. On tente un passage en faisant suivre tout notre bazar. Nous voilà dans la salle de la coloration, flottant 4 à 5m au-dessus du sol ! On entreprend une photo. Je prends un peu d'avance et Gilles se met en place. Nous préparons ce qui aurait dû être la plus belle photographie spéléo encore jamais prises... Mais une fois en position, mon téléphone légèrement mouillé fait le mort... Et ce malgré la coque de protection et mon petit sachet congélation étanche.... C'est bien dommage, surtout qu'il est censé résister à l'eau (IP68)... Il ne se rallumera pas de toute la sortie. Pas de photos donc, et pas non plus d'horloge ! Il va falloir compter juste...
Bref, nous touchons le bout de la salle de la coloration et arrivons à la base du puits de la grande diaclase. Le fond doit être une quinzaine de mètres dessous lorsque nous débarquons au sommet du plan argileux qu'il nous faut d'habitude remonter. Ici un petit actif qui cascade se fait entendre. Ce bien mignon ruisselet jonctionne le lac de la salle de la coloration avec la suite de la cavité. Nous passons la salle des lacs, qui aujourd'hui n'en forme qu'un seul. Les fistuleuses oscillent à vue d'œil avec les micro vaguelettes que nous produisons. Pour repère, il y a ici une concrétion en forme de champignon magique (image ci-dessous), le niveau d'eau était tout juste au-dessus de la base du chapeau.
Le champignon magique (13/12/2023)
Nous débarquons à l'entrée du labyrinthe au niveau de la petite escalade derrière une grosse colonne puis cheminons à pied jusqu'aux deux passages rétrécis à désescalader. Le second avec la cordelette est un embarcadère un peu technique. Là, nous nous trouvons dans ce qui semble être la fin de notre parcours, le passage bas qui mène à la méduse est quelque part sous l'eau. On malgré tout teste des choses, et on finit par trouver quelques petites marches puis une lame dans l'eau qui permet de prendre pied et d'escalader un plan argileux. Ça redescend derrière dans un petit canal suffisamment large pour mettre les bouées. Nous atteignions la méduse, le plan d'eau arrivant presque à toucher la ligne de l'ombrelle au-dessus des tentacules. Nous débarquons devant le magnifique massif de concrétions blanches tant photographié. L'eau lui arrivant quasiment au pied, j'en profite pour la laver.
Un peu avant la Vierge et la galerie annexe du -177, de grandes draperies rétrécissent le passage. Nous prenons alors un passage sur la gauche et débarquons pour grimper un plan argileux. Mauvaise route, c'est un cul de sac ! Il faut passer entre ces coulées. Et pour ça, il me faut débarquer en équilibre sur une colonne pour faire passer la bouée verticalement. Gille et son croco passent de justesse, suivis du train-train flottant composé du kit et de la pompe. La vierge retient son souffle sous l'eau. Nous passons un passage rétréci et faisons la pause repas car les ventres se manifestent. Il nous semble être 13h30 / 14h à vue d'estomac. Ne sachant l'heure, nous ne tardons pas. Je crois la salle des Graviers encore à une demi heure de parcours, mais en réalité nous sommes tout proches. Ici nous marchons dans l'eau. Le passage se rétrécit et nous oblige à abandonner les bouées pour se baquer dans la flotte, autrement il nous faut les dégonfler. Ça passe la tête hors de l'eau. Le sol remonte et quand nous débouchons dans la galerie des fleurs, ce n'est plus un plan d'eau calme mais un actif écrêté qui coule à environ 5 L/s, se divise en deux par deux canyons d'argile de 40cm de profondeur qui se rejoignent sous une coulée à gauche, l'eau clapotant ensuite vers l'inconnu. Je pense qu'on pourrait aisément creuser l'argile pour élargir le passage sur 1m de long, derrière ça descend et ça semble limite pénétrable. Pas d'air cependant. J'ai planté une lame de 30cm à la verticale devant la coulée à la confluence des canyons. D'après mes renseignements, il n'y a pas eu de traçages récents depuis ce point.
Nous continuons dans la salle des graviers. Pas de cascades, seulement des traces d'écoulements et quelques gouttes. Le point -159 n'est pas en eau. Et pour les mystères, je me suis arrêté devant le trou dans la salle, n'ayant pas du tout envie d'aller là dedans en néoprène... Peut-être que l'eau est visible plus bas.
L'horloge tourne c'est certain, mais nous ne savons pas dans quel sens ! Nous faisons le chemin inverse sans tarder mais en profitant quand même du paysage. À la fin du labyrinthe, nous embarquons et faisons un très rapide tour sur un petit lac butant contre un mur, nous débarquons alors de l'autre côté non sans mal à cause de l'argile mouillée. Je ne reconnais pas le passage... Fichtre ! Alors je m'avance pour tenter de raccrocher des choses que nous avons vues, pensant être en direction de la sortie. Finalement je revois un trou d'eau où je me souviens avoir dit : "On dirait vraiment un siphon." Les choses s'alignent, je retrouve le passage des deux désescalades rétrécies, nous repartions en fait vers le fond... Demi-tour à 180° sur nous-même, je sais que c'est tout droit, alors on avance, bien que je ne revoie pas clairement le cheminement. Nous revoilà devant le fameux petit lac du mur... Quelle est cette sorcellerie ?? La présence de l'eau modifie vraiment le paysage et le cheminement logique. Puis d'un seul coup, face à ce lac et surtout au doute, sur ma droite, un passage se cachant parmi les concrétions vient enfin achever le puzzle du plan mental de la grotte, le réorientant au passage automatiquement en direction du nord. Ça y est, tout est clair, nous tenons le chemin vers la sortie. La suite suivra sans encombre, hormis la crevaison du boudin extérieur de ma glace lors du passage de l'éboulis de la salle de la coloration. L'air restant dans la partie du milieu suffira pour retrouver la base du puits qui siffle.
Comme le retour nous a paru rapide, nous allons dans l'amont. Le plan argileux pique directement dans l'eau, ce sera comique à remonter... Nous allons jusqu'à la corde du passage Matta. Une large coulée rive droite coule abondamment. Demi-tour, escalade délicate du plan argileux, nettoyage du matos, rangement et on se remonte. Gilles déséquipe et prend les deux kits dédiés, je remonte le reste. Ascension sans encombre, avec quelques pauses dans le Ribéro qui respire par de grandes aspirations, suivies de quelques secondes de pauses avant d'aspirer de plus belle, ou de souffler faiblardement pour s'inverser à nouveau. Nous arrivons au niveau du renne, je n'ai aucune horloge interne. Il pourrait être 15h comme 20h... Gilles lui penche pour un 18h30 / 19h. On va bientôt le savoir car en attrapant la corde et en relevant la tête, j'aperçois venu de la porte, une intense lumière ! Alors, déjà il ne fait pas nuit (ah oui ?...) et surtout, pourquoi la porte est ouverte ?? On espère que nos affaires n'ont pas été chapardées ! Non, elles sont bien là. Il est 16h30. Dehors par contre, c'est la tempête, pluie et rafales puissantes. Comme la porte était juste posée et non claquée de l'intérieur, les différences de pressions sont parvenues à l'ouvrir. Cela explique peut-être en partie les bouffées dans le Ribéro. Mais pas d'air dans le IV.
On rejoint le porche de la base pour se changer au sec. Cathy nous y trouve à ce moment là, venue gérer des opérations de serrurerie. Elle nous partage au passage avoir déjà vu l'eau dans le IV atteindre la base de la corde du puits qui siffle, soit encore un bon mètre cinquante d'eau en plus par rapport à aujourd'hui. C'est ce qu'il faut de plus pour peut-être avoir un lac dans la salle des graviers. Mais le passage bas la précédant devient inévitablement siphonnant... Au final, une belle expérience qu'on ne revivra probablement pas tous les ans, faite à un moment où le niveau d'eau permet encore de parcourir le IV de bout en bout. Reste maintenant à voir en combien de temps le IV se vidangera !
Participants : Jean-Michel E., Daniel C., Daniel M., Alary
TPST: 4h45 / Trou de la Barre
Après deux nuits difficiles à délirer dans tous les sens à cause de cette découverte (j'ai juste mal dormi...), nous revenons explorer les profondeurs du Trou de la Barre, qui s'étaient subitement ouvertes à nous en fin de séance dernière (09/02/2026).
Jean-Mi et les Daniels arrivent sur les coups de 9h15. Ayant un rendez-vous le matin, je les retrouve directement au trou vers 10h45. À mon arrivée, l'accès à la tête de puits est déjà équipé avec corde et échelle. Finalement nous fonctionnerons uniquement avec de la corde. Niveau matos nous avons de tout. Des grandes cordes, des petites, des réformées, des échelles, de la quincaille, du textile... Bref, nous sommes parés ! J'installe un frac avec un goujon et un pulse pendant qu'en haut ça s'impatiente (minute que je m'organise avec tout ce souk !! ), puis je descends. Au bout de 7 mètres j'arrive sur le plan incliné glissant, et installe une déviation sur pulse. D'ici j'ai vu sur la faille qui se poursuit en face par un axe nord/sud développant vers le sud. En contrebas j'aperçois le sol de graviers. Pas de volume gigantesque, la résonance vient seulement des volutes arrondies. Je descends encore de 5 mètres, puis dois poser un frac pour les 5 derniers mètres verticaux. Une dizaine de mètres au-dessus de moi un petit conduit collecte tous les remblais de l'étage du dessus et me les envoie sur le coin du casque si mes camarades gesticulent trop. Plus personne ne bouge ! La corde (de 100m ????) arrive pile-poil au fond.
Pied à terre, l'excitation s'apaise. C'est un puits borgne d'une quinzaine de mètres de haut, avec une flaque, une coulée de mondmilch, une lucarne haute impénétrable donnant vaguement vue sur la suite de la faille et juste au-dessus un faux plancher perché à 7m de haut. Ce n'est pas ce que je voyais dans mes rêves tourmentés... Jean-Mi me rejoint. L'unique possibilité de continuer est de monter sur ce faux plancher pour passer dans la suite. Un lancer de corde fera le travail après presque 30 tentatives.
Monter sur ce brin accroché un peu par la force du hasard ne me tente pas trop, c'est Jean-Mi qui s'y colle, ayant préalablement nettoyé un peu le point d'impact au cas-où... En haut, rétablissement acrobatique, mais le lasso s'est enroulé majestueusement autour d'une concrétion. Puis deux autres spéléothèmes en paroi accueilleront notre corde, qui fait là aussi pile la bonne longueur. On monte sous le goutte à goutte, glissant sur la paroi de mondmilch. Quelques concrétions molles y pendent également (racine couverte de mondmilch ? La coulée est couverte de veines).
Le ressaut du lasso avec Jean-Mi presque en haut ; la coulée de mondmilch et ses filins ; amarrage naturel ; vue du plafond depuis le haut du ressaut
Depuis ce point, on peut redescendre d'autant que nous sommes montés. Jean-Mi ouvre en purgeant ce qu'il faut tout en donnant quelques leçons.
La corde a encore une fois été taillée à la bonne longueur... Soudain il annonce : "C'est un piège à con." Effectivement, mis à part une escalade finissant dans le mur et une mini lucarne impénétrable donnant dans une petite pièce au sol plat, c'est un piège à con. Il faudra revoir cette lucarne cependant. Aucun courant d'air perceptible aujourd'hui pour nous en bas. Mais dans le laminoir d'entrée, Daniel déclarera avoir détecté 4 aspirations bien nettes. Je descends à mon tour et sonde à gauche un petit puits parallèle de 4m de profondeur dans le beau calcaire vif et sculpté paraissant borgne. Comme il n'y a rien en bas, je remonte pour accéder à ce puits et le désescalader.
Le "piège à con". JM est à la lucarne, le puits vif est en haut à gauche.
En bas ça continue en deux branches, une remontante et une descendante, le tout dans des conglomérats argileux. Je vais en bas, puis Jean-Mi me rejoindra rapidement après et ira en haut. En bas une petite purge s'impose.
Après quoi une petite pièce argileuse signe la fin de cette branche. Quelques conduits remontent mais se terminent en cloche. Pour la branche du haut, pareil, sauf qu'il a des racines un peu partout. On approche du versant. Retour en arrière en récupérant le matos qui doit être sorti. Les cordes restent, équipement en mode explo. Daniels C. nous retrouve à la base du premier puits. Nous ressortons tous vers 14h, nos rêves fabuleux douloureusement ramenés à la réalité... En résumé, nous avons trouvé une chaussette. Niveau boulot, il reste éventuellement une escalade pour remonter une coulée, ainsi que la lucarne qui on l'espère, sera le trou dans la chaussette (sans trop d'espoir). Ces deux points constituant la lettre manquante... Ensuite, la topo, que j'aimerais faire. Masdan lui reviendra pour continuer à creuser ici et là dans l'entrée, toujours intrigué par cette coulée obstruant la galerie.
Vingt-quatre sorties que Daniel a imposées au trou de la Barre suivant un rythme de plus ou moins 3 jours de travail par semaine. Autant de sorties lui ayant permis de creuser un tunnel sous une coulée de calcite obstruant l'entièreté de cette ancienne galerie devenue un porche de belle dimension (4m de large au sol actuel), elle-même reposant sur une épaisseur importante de débris de gélifraction. Un commentaire sous l'un de mes articles, une réponse rapide, puis presque instantanément après, un appel : je serai présent pour cette vingt-cinquième sortie !
Rien d'exceptionnel à l'horizon, c'est une sortie comme de nombreuses autres avec Deniel : on creuse un tunnel, on sort des dizaines de sacs (...), et on tente de lire le terrain pour deviner le cap à prendre... Un peu avant 9h, nous arrivons sur le parking à l'est du Pujol, au niveau de la haie de cyprès. Il fait beau, il n'y a pas de vent. Pour l'occasion, j'équipe un bleu de travail adapté au climat désob du Minervois sec. Nous cheminons vers l'entrée du trou. Daniel me montre un petit orifice non loin de notre chantier d'aujourd'hui, qu'on attaquera peut-être un jour... chaque chose en son temps.
Nous voilà sur la terrasse en construction du trou de la barre. Plutôt bien orienté, nous avons le soleil, mais aussi l'ombre des chênes verts. Nous commençons par sortir ensemble 24 sacs d'environ 10/12kg chacun, puis prenons rapidement nos postes définitifs. Je vais au fond creuser et m'approprier le chantier. Daniel lui remonte les sacs, les vide et travaille la terrasse. Les quelques moments où Daniels me retrouve pour récupérer mes sacs permettent d'échanger quelques mots. Autrement, ce n'est vraiment pas la cohue. À mon poste, je suis à ma droite une paroi ou un pendant de voûte qui oblique sur la gauche. Les matériaux à enlever sont des cailloutis de gélifraction entremêlés d'argile poudreuse sur 50 centimètres, avec dessous des faibles dalles de gravier et de sables dolomitiques calcités. Grâce au piqueur plat de Daniel, le boulot est fabuleux, défoncer le front de taille comme une pelle mécanique est un vrai régal. Ce qui l'est moins par contre, c'est le plafond très friable. En réalité et simplement en bougeant, je creuse aussi en hauteur avec mon casque, et comme celui-ci a des trous, il se retrouve rempli de graviers, qui me tombent par moment dans la combinaison... Par chance, c'est suffisamment humide pour limiter la poussière, c'est au moins ça ! Et par chance encore, ce plafond friable reste en place, ne laissant que rarement quelques kilos de gravier s'écraser au sol, ou avec moins de chance, dans le col de la combinaison !
Front de taille en début de journée et sable induré
Pendant ce temps, Daniel effectue sa séance de muscu. Et autant dire que ça envoie ! Les sacs pèsent entre 10 et 12 kilos chacun, pas le temps de souffler... Sauf quand vient l'heure pour moi de manger en extérieur, après avoir vidé un premier accu du piqueur et avancé d'un bon mètre. Je ressors en emportant avec moi un bloc d'une vingtaine de kilos extrait des graviers. Daniels prend ma place, je profite du beau temps.
Juste avant de sortir manger
Retour sous terre. Daniel tient à continuer de sortir les sacs, qu'il comptabilise au fur et à mesure. Rapidement, nous approchons les 70 sacs de sortie. La paroi de droite qui me guide bifurque brusquement à droite. Continuons ainsi. 84 sacs, il est 15h. Daniel a son quota de muscle, alors je lui cède ma place sur le front, et m'occupe de gérer les sacs. L'énergie est encore présente, trouvant ressource probablement dans cet objectif un peu absurde qui m'a traversé la tête : sortir 100 sacs (au moins...) ! Enfin, lorsque le centième sac est compté, je commence à subodorer un parfum de fin de chantier. Je retrouve Daniel au fond pour lui redonner une fournée de sacs vides, quand il me propose d'en rester là pour aujourd'hui. La proposition est acceptée, les objectifs sont remplis. Nous avons avancé de deux mètres et sorti puis vidé 113 sacs (89 par l'excavation du jour), soit un peu plus d'une tonne de matériaux !
Braquage
Très chouette journée, il ne reste plus qu'à faire l'habituelle vidéo de fin de chantier, et c'est ciao ! Sauf que pendant que je finis de vider les sacs dehors, j'entends Daniel qui m'appelle hâtivement depuis l'intérieur du trou... Petit coup de flip, je pense à un effondrement... Je me presse à l'intérieur. Et stupéfaction, ça s'est effondrer ! Mais rien de problématique, bien au contraire... Ce qui vient de se produire est tout simplement à peine croyable !
Daniel, plantant ici et là le burin pour sonder, le fit traverser soudainement le plafond, avant que ce dernier ne s'effondre, laissant une lucarne par laquelle il détecta au-dessus un laminoir horizontal de 2m50 de large dans lequel il nous est possible de nous faufiler !
L'intuition de Daniel a été très bonne sur le cap à suivre. Et à cela j'ajoute le fait qu'il avait prévu de creuser en plafond pour essayer de remonter... Coup de chance ? Expérience ? Manifestation divine ? Probablement un peu de tout ça... Allons voir plus loin. Je me faufile, déplace les stalagmites juste posées sur le sol, mais en brise une au plafond qui immédiatement manifeste son mécontentement en sifflant ! Elle aspire de l'air. Je l'obstrue momentanément pour confirmer que c'est bien elle, après quoi elle restera silencieuse... Ce laminoir se poursuit sur 3m devant. Complètement à gauche, le plafond est proche de notre tunnel en revenant vers l'extérieur. En prenant à gauche directement sous la coulée, on serait arrivé ici presque immédiatement ! Dans ce petit volume, directement sur la droite, un orifice semble plonger. Je m'y avance mais recule instantanément voyant que ça descend de plusieurs mètres sans savoir si c'est creux sous moi. J'envoie le téléphone, les images me rassurent. Je défonce un peu le sol pour passer dans la suite, par cet orifice ayant percé une bonne épaisseur de remblais, eux-mêmes posés sur des planchers de calcite. Quelle chance que le sol ait été soutiré de la sorte ! Je descends un peu dans ces formes d'érosion. Des cupules de quelques centimètres de diamètre agrémentent les courbes du conduit. Des dalles de calcides et de sable indurés se baladent, je purge, et descends de 4 à 5 mètres, avant que le conduit ne se verticalise davantage. Entre deux pentes de remblais d'argile, un puits s'ouvre, c'est noir, les cailloux chutent en silence avant de dévaler dans un écho qui perdure. C'est excitant ! De l'autre côté, ça remonte dans les remblais et semble s'arrêter dans une cloche.
Je traverse pour tout de même m'en assurer. Mais par un autre orifice remontant, j'accède à une petite pièce qui donne dans un fin passage horizontal débouchant sur un conduit descendant. C'est plus humide ici. Ça ne raisonne pas. Je descends de 5 mètres puis me stoppe sur un plancher de calcite, colmaté 50 centimètres dessous par de l'argile retournée.
Je ne tarde pas plus et remonte pour investiguer davantage ce puits juste survolé mais identifié comme la suite directe de la cavité. J'y envoie une belle pavasse, c'est de bon augure ! La première verticale paraît taper les 10 mètres, puis se poursuit par un plan incliné sur au moins tout autant de distance, dans ce qui ressemble depuis le haut à une diaclase. Le bon caillou permettra de l'équiper sans trop de souci. Rempli de joie et excité comme jamais, je remonte raconter ça à Daniel, tout autant conquis. Nous pouvons quitter le chantier sur une note encore meilleure que celle des 100 sacs du jour. Nous reviendrons très prochainement explorer ce qui se cache là-dessous, et qui pour le moment, nous fait rêver de tout et n'importe quoi !
TPST: 2h30 / Grotte du Fumarel, Grotte de l'Émetteur, Trou Blanc (C14), Grotte Jocelyn ; TPES : 3h
Entre deux semaines de pluie, nous saisissons une éclaircie pour aller nous promener sur Trassanel et visiter une série de petits trous. Le premier, la Grotte du Fumarel. Les souvenirs de Gilles et Daniel permettent de le localiser rapidement. Quelques ressauts verticaux plus ou moins traîtres et étroits que l'on désescalade permettent d'accéder à la galerie des gours. Daniels voulait les voir avec de l'eau, c'est chose faite, mais ce n'est pas non plus la crue. Nous poussons jusqu'à la salle terminale joliment creusée et ventilée, butant sur des racines et un cône d'éboulis.
La galerie des gours
Après le Fumarel, la Grotte de l'Émetteur. Gilles nous quitte à ce moment là. L'étroiture menant à la suite parait plus étroite que ce qu'elle est réellement, peut-être car elle est très courte. Le passage bas dans les concrétions avant la salle est plein d'eau, et dans la salle, un petit plan d'eau a dû se former temporairement. Le sol est très boueux, et des traces fraiches de ruissellement sont marquées dans l'argile. Ça devait être sympathique avec de l'eau !
La salle avec ses concrétions toutes sèches
Après l'Émetteur, nous allons récupérer la caméra trap laissée dans un petit trou d'une barre rocheuse après le ravin d'Escoles auquel nous accédons depuis la Grotte de la marmite. Nous remontons ensuite manger au-dessus de la grotte du Maquis.
Après le repas, nous tentons de rejoindre le chemin pour rejoindre Trassanel par le bartas. Il y fait très bon vivre, quelques abeilles sauvages sont de sortie ! Nous passons proche du Trou Blanc (C14), alors je descends y faire un tour. L'entrée en chicane me laisse tout juste passer en longueur. J'arrive au-dessus d'un P6, avec une petite dyneema en place autour d'une lunule. J'ai pas de matos, mais si ça passe en désescalade, remonter ne devrait pas poser soucis. Je descends donc, et visite rapidement les inférieurs, jusqu'au chantier de désob, la fissure ventilée. Et puis je remonte.
P6 depuis le bas
Après le Trou Blanc, nous rejoignons le ravin de Matte Arnaude, pour le descendre jusqu'aux énigmatiques tombes Wisigothes. Le ruisseau se perd brusquement dans deux bassines. Nous remontons dans le pentu pour trouver plus haut la Grotte des Cordonniers, puis longeons le flanc en direction de la stèle du 8 aout 1944 et passons devant un trou connu mais sans nom.
Après quoi, direction l'autre côté du village, pour essayer de localiser et visiter la Grotte des Écoliers et la Grotte Jocelyn. Daniels avait les deux points GPS. Moi, seulement celui converti de la fiche de cavité pour Jocelyn. Mais en voulant trouver les Écoliers dans l'épais bartas, nous ne trouvons que des lits douillets pour blaireaux et autres bestioles frileuses en pied de barre rocheuse. Nous avons dépassé le point GPS de Daniel sans vraiment le vouloir, la progression par les drailles à cochon est compliquée. On capitule à l'idée de trouver ce trou, puis traversons le bartas vers la Grotte Jocelyn. Nous tournons un moment, sur une grande zone. Puis en remontant par hasard, je traverse un autre épais bartas quand je détecte sous un genévrier une ouverture, voilà notre grotte ! Que de la chance ! Ici aussi dans l'entrée, une bestiole a fait son lit. Il est d'ailleurs plutôt confortable, mais les toilettes sont trop proches de la chambre à coucher à mon goût… Au même moment, un puissant rayon de soleil divin pénètre dans la grotte. C'est de toute beauté.
Un trésor !!!
Nous faisons sans nous presser un rapide tour de la galerie, qui s'élargit de jour en jour. La vieille calcite rend en poussière chacun de ses cristaux qui autrefois recouvraient toutes les parois de la cavité, révélant un calcaire gris bleuté lui aussi rongé sur son premier millimètre.