Participants : Laurent A., Benoît (SSAPO), Andréa, Gilles
TPST : 10h / Gouffre Bernard (Coume Ouarnède)
Le gouffre Bernard est une classique de la Coume Ouarnède permettant de rejoindre les galeries Michel Juhle au niveau du méandre de 5 Hippies.
Cependant il existe une branche moins classique explorée en 1984 et qui conduit au sommet d'un P100 et deux P130 (dixit la topo) retombant dans la salle des effondrements du réseau Michel Juhle, les puits Christine, Hélène et Marie-Louise respectivement, ce dernier n'ayant pas été descendu par les explorateurs (voir récit sur le site de la Coume) car copieusement arrosé et à l'issue connue.
Selon Sylvestre, personne à sa connaissance n'a descendu ce P130, il faut dire que sans la topo qu'il a entreprise en 2021 du réseau, le sommet de ce puits est difficilement trouvable.
Il n'en fallait pas moins pour me motiver à entreprendre cette descente !
Le plus grand puits connu est le P134 du gouffre Blagnac, peut-être allait-on dépasser cette hauteur vu que "P130" n'est qu'une estimation des explorateurs ?
Rendez-vous au café d'Arbas à 8h30, puis direction le parking de la fontaine de l'Ours, envahi par des spéléos barcelonnais venus découvrir le coin.
Nous partons avec deux kits de corde, l'un pour les puits jusqu'au sommet du P130 et l'autre avec 175 mètres de corde pour ledit Marie-Louise. Dans un troisième kit, un perfo, plein de Dyneema, une trousse à spits, 9 Pulse, deux ratailles et enfin un quatrième kit avec de la bouffe.
Andréa équipe le P27 de l'entrée, c'est le baptême du feu pour Laurent et Benoît sur la 6 mm. Lorsque Benoît arrive au dernier frac, une des plaquettes a sauté du spit. Il la revisse, tire de toutes ses forces dessus, il ne bouge pas. Probablement avait-il était mal vissé au départ.
Andréa et moi passons ensuite l'étroiture BSD (Bugat Se Décarcasse) pour arriver au sommet du P14. Benoît parvient très difficilement à la passer, il préfère faire demi-tour craignant d'autres étroitures. Un trou de la Coume resté dans son jus...
Pendant ce temps-là, Andréa a équipé le P15 suivant qui démarre juste après une étroiture en baïonnette où je sens que la longueur de mon fémur n'est pas loin d'être un facteur sélectif.
Le P15 après l'étroiture en baïonnette
Au bas de ce puits, nous quittons la classique en prenant le méandre à droite (plus engageant d'ailleurs que le petit boyau désobstrué à gauche). Nous descendons un P6, puis un P8 au bas duquel nous ne trouvons pas la suite. On remonte le P8 et l'on trouve le passage en vire conduisant à la suite.
Encore un P11 à équiper (le puits des Papys déchaînés), un R4, et enfin un passage bas pas du tout intuitif (merci la topo) nous amène au sommet du puits Hélène que nous contournons et enfin quelques mètres plus loin le sommet du gigantesque Marie-Louise.
On est sur une large margelle, le puits fait une quinzaine de mètres de diamètre avec une partie remontante d'une trentaine de mètres, un goutte-à-goutte se déverse dans le puits, sacrée ambiance.
C'est là qu'il faut aller ??? 😲
Finalement on parvient à faire le tour de deux gros AN, cela me permet de m'approcher un peu plus du bord pour voir à quoi ressemble le monstre.
Départ de la main courante
Je finis par repérer une ligne qui m'inspire et finalement le caillou sonne bien sous les coups de marteaux. Je fais deux AF pour le changement de direction de ma main courante et me met dans le vide. J'ai en face de moi du beau caillou, c'est le moment de placer le premier Pulse. Je perce à une profondeur qui me semble suffisante, et lorsque je me saisis du Pulse je constate que j'ai percé bien trop profond. Ils sont si courts que ça ces machins ? Ils ont rétréci ?? Bon, il parait que ça tient, tout le monde s'en sert, ça devrait bien tenir aujourd'hui. Lorsque je le verrouille, il tourne avec la bague, ce n'est pas très rassurant. Je recommence en y mettant du poids pour l'empêcher de tourner, il reste à l'horizontal comme préconisé pour un déséquipement aisé. OK... bon alors je me longe dessus tout en gardant la poignée chaussée assez tendue au cas où... Ça a l'air de tenir ! Je perce un trou pour le deuxième, pose mon frac, installe le descendeur... maintenant faut y aller et faire confiance à la roche et au matériel.
Frac n°1 : deux Pulse
Au bout d'une dizaine de mètres où la corde est proche de la paroi, je tombe sur une belle opportunité de mettre la corde davantage dans le vide et de pouvoir descendre quelques dizaines de mètres sans soucis.
Frac n°2 : AN + Pulse
La descente se poursuit, je choisis de me décaler pour éviter les chutes de pierre sur le coin de la figure et parce que la roche a l'air bien massive.
J'ai la possibilité de faire deux AF qui, si je n'étais pas pendu sur ma nouille en 6 mm qui ne tolère pas les chocs avec pas loin de 100 mètres sous les fesses, m'auraient parus bien mastocs, mais finalement je me rabats sur un AF et un Pulse.
Frac n°3 : AF + Pulse
Pendant ce temps-là, Andréa et Laurent ont sorti leur meilleur poncho et refont le monde sur la margelle. De temps en temps on me demande d'éclairer en bas, histoire de faire quelques photos !
La descente se poursuit, 25 mètres ont dû s'écouler et je ne vais pas tarder à être loin de la paroi, alors je fractionne à nouveau, les pieds dans le vide.
Cette fois, je fais tout sur AF, et c'est le moment de changer ma corde 75 mètres par celle de 95 mètres.
Frac n°4 : 2 AF et rabout
Je descends une douzaine de mètres relativement proche de la paroi puis subitement la celle-ci s'arrête et je me retrouve au plafond d'une gigantesque salle avec un fond qui paraît encore extrêmement loin mais qui est accessible en un seul jet.
Moi qui ne suis pas à l'aise avec le fil d'araignée, je ne vois pas descendre tout ça ! C'est totalement idiot, mais à ce moment-là je me rappelle que les AF du dessus ne sont pas très gros... Sur ma gauche je constate qu'une descente contre paroi est possible, je devrais pouvoir la regagner par un grand pendule. Je remonte un peu et amorce le pendule, aidé par le crochet goutte d'eau. Je fais un AF pour poser une dév et continue de me décaler.
C'est à ce moment-là qu'on me demande d'en haut si j'ai besoin de quelque chose, Andréa s'apprête à entamer la descente, alors que Laurent l'a déjà commencée armé de son double décamètre pour mesurer la hauteur du puits. "Non" réponds-je, alors que j'étais arrivé sur ce qui allait être le cinquième frac. C'est alors que je cherche les autres Pulse ainsi que la seconde batterie du perfo... qui étaient restés en haut, pratique !! Heureusement on parvient à s'entendre pour que le matériel descende.
Je profite de ce temps-là pour gratter le mondmilch pour atteindre le caillou, percer les trous de Pulse et me mettre une dév pour revenir plus facilement à cet endroit vu que je vais devoir remonter chercher le matériel.
Un aller-retour plus tard, je peux continuer.
Frac n°5 : deux Pulse
Je me dis que la prochaine étape c'est le sol, mais c'était sans compter sur un léger frottement évitable à l'aide d'une toute petit dév qui me donnera bien du fil à retordre à installer. Toutes mes tentatives à la goutte d'eau échouent, soit l'écaille casse, soit ça glisse sur le mondmilch. Finalement c'est grâce à un pied que je parviens à poser le dernier Pulse qui recevra la déviation, et maintenant, direction le sol, enfin ! On traverse la galerie Michel Juhle mais sans pouvoir s'y poser, la ligne que j'ai choisie me conduit dans un puits borgne. On est malin, tiens ! Au moins ça fera gonfler les chiffres du puits.
Depuis le bas du puits
Laurent continue de mesurer la hauteur, nous en sommes à 70 mètres de descente au frac n°5. Pour la dernière longueur, c'est la corde qui a parlé : 34 mètres, soit finalement 104 mètres de descente. Avec la partie remontante qu'on peut estimer à au moins 25 mètres, on est donc dans ce qui était annoncé : P130. Il n'y a plus qu'à revenir faire l'escalade et trouver l'origine du filet d'eau qui se déverse dans le puits. Ce doit être une belle cascade en temps de crue.
D'où je suis je reconnais le "menhir" de la topo, nous savons donc où nous sommes, nous ne prenons pas le risque de rejoindre le cheminement classique. En partant plein pot du frac n°4, on aurait probablement atterri dans une zone plus saine, avis aux répétiteurs.
Le "menhir" visible depuis la corde à 15 mètres du sol
La zone d'atterrissage du "P130"
On reprend la direction du haut, je passe devant et en profite pour observer le puits, ce que je n'avais pas pu faire en descendant, Andréa déséquipe le grand puits, Laurent le reste.
Direction la surface
La grosse lucarne dans le puits
Photo moche mais montrant les très belles forme du bas du puits
Vu vers le bas depuis quasiment le haut du puits
Malgré les quelques étroitures, la remontée est rapide. À 20h20 on est dehors.




























