dimanche 19 juillet 2026

Traversée Tonio-Cañuela (Cantabrie)



Six jours de spéléologie en Cantabrie (Espagne)


Du 12 au 17 juillet 2026



- En guise d'introduction, compte rendu du premier jour -



Si je devais donner un point de départ à cette organisation (remerciements aux concernés), je m'arrêterais sur la découverte un peu floue de l'existence d'un impressionnant P435 et de la proposition un peu folle de le descendre... Après une petite journée de route et avec une synchronisation horaire honorable, nos trois voitures se retrouvent au charmant gîte "El Rincón de la Naturaleza", basé à Bustablado, en Cantabrie. C'est un des rares gîtes du coin, à la fois rustique et tout confort, du moins pour les spéléos que nous sommes... Ce petit bout de monde très rural et en régression démographique demeure cependant un haut lieu de la spéléologie. Partout autour de nous, des montagnes calcaires du Crétacé inférieur s'élevent de 300 à 1400 m d'altitude, toutes marquées en surface de phénomènes karstiques impressionnants. Indice autrement flagrant de l'envergure de l'endokarst dont nous rêvons, sans être à même d'imaginer l'extraordinaireté ce que nous y découvrirons...
          
   
Le gîte "El Rincón de la Naturaleza", son intérieur, et sa vue.


                        


Dimanche 12 juillet 2026

Participants : Gérard L. (Gégé), Robert A. (Bob), Andréa, Félix, Gilles, Alary

TPST : 6h15 / Tonio-Cañuela, Bustablado

Première nuit plutôt bonne. Nos voisines les vaches sont relativement calmes, mais les mouches qui les accompagnent, elles, ont rapidement préféré nos déjeuners à celui de leurs hôtes initiaux... Préparation méticuleuse du matériel de la part de nos techniciens et départ pour le premier trou de la semaine, sous forme d'une traversée avec corde rappelable : Tonio-Cañuela. Le gîte est en position centrale, nous permettant d'accéder à une très belle sélection de trous en moins de 45 minutes. Première étape, laisser une voiture à la sortie, seul le Duster 4x4 est capable de passer. Deuxième étape, monter à l'entrée du trou par une petite route sinueuse et une piste à moitié bétonnée. Suivant la trace GPS et les souvenirs d'Andréa, l'entrée est localisée en bordure de doline.
   
Le paysage au parking haut ; l'entrée
C'est Félix et Gégé qui ouvrent et installent les cordes. Bob et moi suivons pour faire la navette de kits. Gilles et Andréa rappellent et enkitent les cordes. Dès l'entrée, nous observons des fossiles d'éponges et/ou de coraux.
   
Fossiles d'éponges et/ou de coraux
Les premiers puits sont de petite taille, jusqu'au P48, où nous sortons par un pendule (vidéo du rappel ci-dessous). S'ensuit, après quelques obstacles, un P13 dans une diaclase particulièrement étroite. Même descendeur en bout de longe, celle-ci me donnera quelques difficultées. Bob, qui apprécie porter son matériel photo partout, a longuement hésité à l'emporter sur cette sortie. Bien nous en a fait d'y renoncer, car passer les bidons de 6L (au minimum !) dans le P13 aurait été très compliqué, voire impossible.
   
Le P48 vu du haut ; descente dans la diaclase du P13
Après quelques mots injurieux envers le matériel, nous arrivons au P55. L'équipement se complexifie pour éviter quelques frottements et passer des mains courantes. Les choses se déroulent plutôt bien. Plus que quelques petits puits et nous atteignions le "Meandro de la Borrasca", qui ne peut être plus explicite. Cette vidéo remplace une suite bien trop longue d'adjectifs :
Jusque-là, le trou arborait des dimensions tout à fait communes. Mais la suite approchant, nous nous apprêtions à comprendre ce qui a fait la réputation du coin, justement qualifié parmi les plus beaux karsts d'Europe…

Après s'être fait arracher les poils du nez, un vide apparait. Nous nous encordons, suspendus au plafond de l'une des plus grandes salles d'Espagne : la "Sala Olivier Guillaume". C'est à ce moment-là que le caractère hors norme de ce karst prit tout son sens... Cette salle n'est pas la plus haute de plafond, mais s'étend longuement en conservant des dimensions gigantesques. Nous montons à son sommet pour faire quelques images et prendre le repas de 14h30.
   
Le haut de la salle vu depuis le milieu ; le milieu de la salle vu depuis le bas
Après ça, les surprises ne finiront pas d'arriver. Entre salles gigantesques, érosion XXL, concrétions particulièrement "sinistres" et courant d'air démoniaque, le chemin en mode balade vers la sortie sera l'un des plus agréables qu'il m'ait été donné de faire jusqu'à présent. Le plaisir est maximal !
   

Les concrétions (la plupart conditionnées par le courant d'air)
   

Les salles (toutes aussi grandioses les unes que les autres)
   

Les galeries (très joliment errodés)
   
Les parois (calcaires à toucasia et orbitoline ? ; cupules sur toute la hauteur ; concrétions en paroi)

À l'issue d'un peu moins d'une heure et demie de promenade, nous atteignons un carrefour. Un P15 permet de rejoindre un méandre d'une cinquantaine de mètres de haut pour une dizaine de large. Les galeries varient de formes, passant du méandre au trou de serrure géant. Nous croisons à cet endroit un autre groupe de spéléos, qui remonte dans le sens inverse. Au détour d'un virage, une lumière bleutée se laisse porter vers le fond. Une main courante donne accès à l'énorme conduite forcée menant vers l'extérieur. Pour info, depuis Cueva Cañuela, atteindre la "Sala Olivier Guillaume" ne représente aucune difficulté (mains courantes et P15).
   

La conduite de sortie
   
Le porche et le dehors
Le porche (Cueva Cañuela) souffle vigoureusement un air froid qui contraste avec la chaleur extérieure. Nous regagnons la voiture de sortie. Et pendant qu'Andréa, Félix et Bob partent récupérer les voitures en haut de la montagne, nous autres (Gégé, Gilles, moi) regagnons Bustablado à pied.

En bref, une sortie qui annonce la couleur. Ici, sous la surface, se cache du très grand, du vrai très grand. Pas celui que l'on aperçoit à travers un tout petit trou dans nos contrées audoises… Les réseaux atteignant régulièrement la trentaine de kilomètres et plusieurs dépassant la centaine. Cet avant-goût nous a fait réaliser l'ampleur du karst présent ici. Les autres cavités au programme prévoient d'être tout autant exceptionnelles !

vendredi 17 juillet 2026

Jeudi 16 Juillet 2026: Retour au moulin
Quine veux vraiment pas de nous!
Avec l'équipe de "l'époque de la débandade estivale", c'est à dire les trois anciens: moi même, Daniel Mas et Jean Michel Escande. Interclub donc. Après acheminement laborieux d'un matériel hétéroclite de désob. dans la partie explorée le 2, Daniel et Jean Mi ce consacrent à l'élargissement du verrou qui nous avait mené sur la belle progression de la dernière sortie. Pendant ce temps je vais farfouiller attentivement cette zone terminale. Ou il me semble localiser le gros de l'excellent souffle de ce jour dans un laminoir sous un dernier ressaut.Ce qui s'avérera inexact! Puis pose d'agrès dans les 2 ressaut les plus haut avec goujons, bouts d'échelle et étrier. Après des tours et détours un peu partout, il apparait que le plus intéressant est un "puisart"dans le sol de la salle la plus en aval. Après quelques explications techniques et évacuation dans des positions pas du tout favorables à la santé du dos, l'on peu aller voir après un ressaut étroit suivit d'une énième fracture. Si le courant d'air est bien là.....mais ou donc est la suite?!!De plus en plus la sensation qu'une grosse partie du plateau de Bouisse est....totalement broyé! Un peu, finalement à l'image du poljé de Missègre....Pourtant les anciens qui avaient un solide bon sens avaient bel et bien battis leur village là dessus!!Nous n'avons probablement toujours pas traversé le "mauvais" calcaire si promise aux trémies. Dans l'état actuel, cette cavité ne sera JAMAIS une classique!!!Daniel est sorti en catimini because une envie pressante, est l'on est à la lumière après un TPST de 7H.4m de première La récompense n'est vraiment pas à la hauteur de nos efforts. Très sympathique discutions avec Mr le Maire, qui à fait un peu de spéléo dans sa jeunesse et d'autres éleveurs. Des instants qui sont, pour moi, tout le sel de la spéléo d'exploration. En synergie totale avec ce que le langage courant actuel appelle le "territoire". Autre chose que les classiques avalées frénétiquement suite à une consultation addictive de son smartphone! Serions nous les "derniers des mohicans"? Pour moi les peuples dits "peuples premiers "et leur culture ne sont pas dans les musés ou on les a parqués..... 

samedi 11 juillet 2026

Chaleur extérieure, air souterrain, pertes karstiques et traçages : à quelque chose canicule est bonne...

Rattrapage informationnel de quelques travaux et observations en cours depuis le début du climat tropical ...

- Perte des Eychartous :

Il s'agit d'une cavité que j'avais découverte au 20è siècle dans le synclinal d'Arques, chantier à peine entamé et vite abandonné à l'époque pour d'autres horizons à plus fort potentiel.
Retour sur les lieux pour voir l'évolution de la perte : le trou n'est pas entièrement bouché et absorbe totalement un joli ruisseau entre conglomérats et marnes rouges (c'est à la mode en ce moment mais ce ne sont pas les mêmes formations géologiques que sur le plateau de Lacamp, elles sont ici 20 millions d'années plus anciennes et peuvent contenir des débris d'oeufs des derniers représentants des dinosaures juste avant leur extinction).
Deux séances de désobstruction en famille permettent d'ouvrir un départ de méandre ventilé soufflant un air modérément chargé en CO2 (0,8 %). A poursuivre en décaissant le remplissage caillouteux induré, il peut y avoir une cavité de 2 ou 3 km là dessous...
Le site : 


 
- Perte amont de St Pancrasse : 

Cavité d'une centaine de mètres de développement (déc-)ouverte lors de la sécheresse de 2024 et pouvant absorber un gros débit. Chantier avec fort courant d'air au fond mais difficile à  travailler (conduite forcée très résistante de faible calibre).
J'avais protégé l'entrée avec une double grille en fer goujonnée pour ne pas que le trou se comble avec les crues d'hiver. Bien m'en a pris...
Retour sur les lieux en ce début juillet : la grille semble avoir tenu mais il y a plusieurs mètres cube d'alluvions qui se sont entassées devant. Cependant le trou n'est pas bouché car on entend un peu d'eau cascader et le courant d'air est présent au ras supérieur du barrage :

Le site après les crues et avant déblayage

Grosse séance de déblayage et détournement d'une partie du débit du ruisseau en prévision d'un traçage :

Le site après déblayage

Lancement du traçage quelques jours plus tard, il s'agit de déterminer la fonction capacitive de ce karst combinant circulations classiques et hydrothermales, mais aussi par rebond de connaitre le potentiel de la cavité elle-même :

Résultats attendus dans les prochaines semaines...

 

 - Perte de Camurac :

Autre projet en cours, en partenariat avec l'université de Perpignan : un stage de Master intitulé "CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE DU RÉSEAU KARSTIQUE DU PLATEAU DE SAULT PAR TRAÇAGE NATUREL ET ARTIFICIEL"
C'est dans ce cadre qu'a été réalisé le multitraçage Pas des Brebis - Vernouze de cet hiver, avec des résultats surprenants et très intéressants (ceci est une autre histoire).
Un volet de cette recherche concerne donc les traceurs naturels, et plusieurs campagnes d'échantillonnage d'eau et de sédiments ont eu lieu au printemps et au début de l'été.
Lors de la dernière tournée, en pleine chaleur, je suis allé titiller la perte de Camurac, origine la plus lointaine connue de l'énorme source de Font Maure, située pas moins de 24 km en aval !
Belle surprise puisque après déblayage d'un bouchon de sédiments et branches en marge de la perte, un bon courant d'air s'est amorcé, ce que je n'avais jamais vu malgré un certain nombre de visites. Cela signe l'absence de siphon proche ou de bouchon étanche au moins en étiage...
De plus on entend distinctement l'actif cascader un peu plus loin, il est donc prévu d'y consacrer un sondage en règle avec l'accord de la mairie.
Il serait également possible de détourner le ruisseau lors des travaux d'été pour bosser au sec. A suivre donc prochainement...

Etat des lieux avant amorçage du zef à gauche du bloc

  - Perte de St Andrieu :

Dernière partie de ce tour d'horizon des pertes en cours d'investigation, et non des moindres : St Andrieu, accès désormais fléché vers une jonction et la suite des explorations du principal réseau connu du massif de Missègre, le réseau du Chant du Loup, origine avérée du collecteur principal vers Alet (13 km à vol d'oiseau pour rappel).
Nous sommes actuellement freinés depuis plusieurs mois par une mince fissure très résistante sans visibilité : il fallait aller voir le potentiel aérologique de ce chantier en profitant des fortes chaleurs.
Chose faite vendredi 10 en fin de journée : très peu d'air dans la fissure terminale mais grosse ventilation dans la chatière un peu avant.
Avec les conditions météo idéales, je sais que cette énigme ne passera pas la soirée !
Effectivement, un peu avant le fond, découverte d'une fracture presque bouchée au sol qui laisse filtrer pas mal d'air, mais ça ne suffit pas. Je sens sur ma gauche un bon flux glacé sembler arriver de nulle part. En fait le courant d'air recherché vient d'un trou bien caché derrière une lame descendant du plafond, 1m à peine avant le fond.
En déblayant, je vois une petite géode pleine de cristaux un peu au-dessus : tout le flux est là, bye bye la fissure, la suite est trouvée !
Ce chantier devrait donc reprendre très prochainement, deux à trois personnes suffisent pour le moment.

Avec toutes ces perspectives en plus de l'exploration au Septuagénaire, je n'irai pas jusqu'à dire qu'il me tarde d'être à la retraite (pas trop envie d'être plus vieux que maintenant), mais je ne serai pas contre la mise à disposition d'un temps additionnel... 

vendredi 10 juillet 2026

Mise au clair et suites identifiées au Septuagénaire

Mercredi 8 juillet 2026

Participants : Henri, Daniel C., Alary ; Daniel M. en extérieur

TPST : 5h15  / Grotte du Septuagénaire

Excursion légère au Septuagénaire afin de prendre des images et de recoller les bouts entre les différentes équipes d'exploration. Rendez-vous aux horaires habituels. Masdan est déjà sur place poursuivant son objectif de relier l'entrée du trou à la vieille piste sud. Il nous y a déposé une échelle spéléo modifiée en remplacement d'une trop longue dans le puits de l'Anéantissement. Nous croisons sur le chemin un marcassin échoué, probablement de déshydratation.

On se met au frais, remplaçons l'échelle là où il le faut et quittons les baudriers. Passage du siphon où la pavasse devra être retaillée à défaut de pouvoir être manœuvrée. Daniel filme le trajet, on prend quelques images ici et là, traversons le méandre des Massetteux et rejoignons la galerie supérieure.
Sortie du siphon
La grande salle
Nous commençons par aller voir le puits de la Compote, j'en profite pour me faufiler dans l'étroit méandre de gauche (sachant qu'à droite, après un passage au-dessus du vide du puits, débutent les conduites forcées bariolées). C'est étroit, mais la paroi faite d'un sable argileux compressé se creuse à la main. J'avance de 2 mètres, angle à 90° à droite, puis 70cm devant, angle à 90° à gauche, impossible pour moi de poursuivre, pas d'air.

Demi-tour, direction l'ancien terminus. Nous croisons sur le chemin Henri, qui vient nous rejoindre. Avant d'accéder à la salle, on refait un tour voir ce qu'on aurait pu manquer dans ce coin. Le seul intérêt pourrait être cet orifice pourvoyeur d'eau qui s'ouvre en plein milieu du plafond. Enfin nous rejoignons la salle et faisons rapidement le tour. En haut, en bas, dessous, sur les côtés, pas d'air, aucune suite identifiée.
La salle du faux terminus
Encore une fois, demi-tour, direction là où Laurent s'était arrêté sur de l'eau le 20/06/2026, puis où l'équipe SCM était parvenue à poursuivre le 27/06/2026, ne restant que de pénibles flaques. Les flaques sont toujours là, il faut y sacrifier au minimum un genou et un avant-bras, avançant souvent à l'égyptienne suballongé, rarement de front. Après quelques minutes, nous repérons la fente dans le mur du boyau méandriforme avec une pièce de l'autre côté. Le passage est défendu par une trémie fébrile qui s'est mise à se purger toute seule après l'avoir un peu percutée. Rien de très lourd ne semble chapeauter l'ensemble, mais on creuse au-dessus de nos têtes. Nous allons voir plus loin et ressortons dans une salle avec un lac temporaire et une coulée active en fond.
Le boyau méandriforme, au niveau de la fente.
Je passe tout juste en largeur d'épaule en partie basse.
La salle avec la coulée en fond
L'escalade est difficilement attaquable, le palier en surplomb est à 2,40 m de haut et dessous c'est complètement sapé. J'ai un anneau de sangle de 40cm, j'étudie les possibilités mais je suis trop petit pour pouvoir le passer autour de quoi que ce soit. On empile alors 40cm de dalles et de mottes de terre, qui me permettent de passer de justesse la sangle autour d'une stalagmite basse. Test de résistance en me pendent dessus : ok. J'ai au moins une bonne prise main droite. Pour compléter, je prendrai en pince de crabe gauche une vrille pendante de la coulée, puis un contre-appui sommaire au genou sur la langue de la coulée en guise de paroi. Il faut envoyer bien haut tout en se hissant pour espérer poser un pied. Première tentative, ça glisse : ma main droite retient tout mon poids et faire passer la main gauche de la vrille jusqu'à autre chose plus haut me fait partir en arrière. Mais je sens que c'est possible si j'initie le mouvement dans la foulée.
Deuxième tentative, ça passe ! Au-dessus encore un petit volume visible défendu par un bloc branlant au-dessus de moi. Henri utilise les outils pour travailler la trémie, alors je tape dessus avec un caillou, puis sur le dos, et finis par m'y agripper de tout mon poids avant de la faire céder. Je passe. De là, ça part à l'horizontal, mais le passage devra être ouvert au perfo sur 1,20 m maximum. En l'état c'est suffisant pour faire passer le téléphone dans la suite, qui a vue sur 5m largement pénétrables. Je ne crois pas y avoir senti d'air.
À élargir
Le seul truc pénible pour amener du matos ici, c'est la flotte dans le méandre... Je redescends. On mange un petit bout puis Henri me propose d'aller taper sur la trémie. Daniel lui, part poursuivre la suite du boyau méandriforme et nous dit que ça continue, donc nous le rejoignons. Nous quittons les flaques, puis accédons au laminoir de la "tortue luth après le rut". Ça passe juste, Daniel hésite à passer, mais vu ce qu'il y a derrière il s'engage et nous rejoint. De l'autre côté, une belle galerie au plafond plat au bout de laquelle un petit trou représente la suite.
   
Le boyau méandriforme ; la galerie post laminoir
Nous nous penchons dans la suite, étroite, mais travaillable : la voûte part en miettes, le sol est alluvial. Au bout ça s'agrandit. Et surtout, le gros de l'air est là ! Lors de la visite du SCM, il n'y avait pas d'air, peut-être que quelque chose s'est désamorcé entre temps ? Vu le passage bas que nous avons dû franchir juste avant... Si certains ont trop chaud en surface, il y a du travail tout frais ici, avec probablement des trucs à voir plus loin !
Vue dans la suite à élargir
Après cette belle observation, nous revenons à la trémie. Henri a bien avancé et a percé le plafond, nous donnant son épaisseur. Avec le bras long et le burin, je fais du jeu. Le gros tombe dans le boyau, difficile de regarder vers le haut, la terre nous arrive dans le visage. Alors à l'aveugle je pousse vers le haut et le tout fini par s'effondrer. Le passage est ouvert ! Nous arrivons dans une pièce, le plafond fracassé en feuillets au sol, au bout un laminoir minuscule à contre-pendage par lequel doit arriver un peu d'eau, c'est tout.
Nous avons vu ce que nous voulions voir, il est temps de sortir. Sur le retour je me faufile à droite à gauche dans des trucs qui finissent en réseau de fissures semblable au motif d'un mur en brique. Une annexe cependant est un peu plus grande et remonte le long d'une coulée sur 4 mètres ; je ne peux y accéder sans élargir. Pas d'air. On y accède quand l'on remonte les deux ressauts et que l'on débouche dans la galerie rectiligne menant au puits de la compote. Juste au-dessus du dernier ressaut en allant ramper sur une large coulée menant à un laminoir et à une petite pièce.
Vue vers le haut
Un peu avant les deux ressauts, Daniel attrape une fausse prise de main basse qui se brise, il chute de pas haut mais cogne une côte contre la partie restante du bloc. Douleur vive qui se stabilise, il avance. Cependant, quand vient la remontée sur corde, le baudrier lui appuie là où ça fait mal, rendant terrible l'ascension des puits. Il ne pense pas à une côte cassée, mais une visite médicale s'imposera (le bilan traumatique conclura à une fracture de la dixième côte gauche... Repos imposé, en espérant un rétablissement rapide et solide !). Après ça nous ressortons pour de bon et trouvons Masdan patientant à l'entrée du trou. Nous sommes au début d'aprème, il fait chaud ! Par la suite, un petit coup de fil à Jean-Mi permettra de recaler un petit mélange des obstacles du fond, qui nous semblaient étranges à la lecture de son compte rendu. Contretemps, la session topo d'aujourd'hui est reportée au mois d'aout.

Voici la vidéo de Daniel, qui illustre bien le cheminement :

jeudi 9 juillet 2026

Les boulets de Damoclès

Dimanche 5 juillet 2026

Participants : Raphael, Pascal, Andréa, Gilles, Alary

TPST : 11h / Damoclès, massif de l'Estélas

Il m'arrivait quelquefois d'imaginer sous terre, au détour d'une galerie étroite, déboucher au-dessus d'un immense plan d'eau à la profondeur obscure d'apparence insondable. Ce petit rêve redondant n'a motivé en rien ce dont il sera sujet dans quelques lignes, mais a trouvé par un certain hasard sa concrétisation dans le réel.

À l'occasion du weekend spéléo Coume de Saleich organisé par le CDS31, un projet autour du Damoclès se monte en rassemblant la SSAPO (Rémi, Laurent, Benoit) et le SCA. Pour des raisons logistiques et matérielles, nous ne ferons pas équipe. Quand l'une descendra le 04 et repérera par la même le terrain, l'autre (nous) descendra le 05. Ce repérage par la première équipe les amènera à s'arrêter dans le P60 faute de cordes. Il faut ceci dit mentionner l'originalité de la documentation concernant le Damoclès. Nous disposons d'une histoire complètement zinzin en guise de description ainsi que d'une fiche de déséquipement... C'est très drôle à lire, beaucoup moins à comprendre (cf. Spelunca N°108 - Décembre 2007). Cette fiche de déséquipement nécessitant une réflexion inverse à celle de la logique de l'équipement descendant. Gilles a réalisé l'exercice de la remettre dans le bon sens, mais cela ne nous éclairera que partiellement une fois sous terre. D'autant que des surcouches d'équipement se sont rajoutées depuis ce temps... Cet ensemble de facteurs ainsi que des choix d'équipements les conduira à devoir rebrousser chemin avant d'avoir atteint la base du P60. Bien qu'avortée, leur descente sera remerciée par l'expérience qu'ils nous feront parvenir.

Samedi soir, après la traversée Louis-Goueil di Her, nous prenons le repas sur le rassemblement à Saleich. Et comme sur le Caussenard 2023, on me donne à nouveau les armes pour le braquage, sans que je demande… Trop facile, un pattern se dessine. Mais je les repose, discrètement honnête, j'ai prévu le coup. Ceci dit le fromage était bon... Il se fait tard, nous nous emmenons dormir en un endroit avantageux pour le lendemain.

Sept heures du matin, la préparation des kits. Les retours de la SSAPO nous suggèrent de prévoir large niveau matos. On envisage de prendre le perfo, mais sans mèches c'est pas bien utile (aabon ?). La veille, nous récupérions encore un peu de matos auprès d'Oxykarst (merci !). On se charge, au point que Gilles et moi renoncerons à la néoprène, renonçant au passage à la possible baignade dans le lac (aucun regret me concernant). Puis direction le trou, qui sera rapidement localisé par les traces laissées hier.
L'entrée, 8h32
J'entame l'équipement. Et ça commence directement par un ressaut de 6 mètres surplombant un P45. J'essaie de suivre les indications de la fiche, mais ne trouve pas le frac intermédiaire dans le grand puits. Je descends davantage jusqu'au moment où j'approche du frottement. Pas de frac, mais un monopoint discret qui servira à dévier suffisamment la corde pour rejoindre le sol. Ensuite arrive le laminoir de l'amer Denis, où un bon ramping et quelques étroitures mènent au P25. Équipement hors crue. Simple. À sa base, on remonte une coulée de calcite avec une grosse corde en fixe. Cette corde qui se transforme en pierre est complètement enrobée de calcite sur les premiers mètres, la rendant horrible à faire circuler dans les bloqueurs. 
   
P25 ; la coulée à escalader
Une chatière et un petit ressaut que l'on descend amènent au sommet du Puits 16, ou 13 + 3 = 45, ou P40... On ne sait pas, c'est incompréhensible, mais il y a bien 40 mètres. Le départ est donné comme étroit, avec une main courante de quelques mètres. Tout commence bien, je trouve les points, c'est parfait. Mais rapidement ça change. Je ne trouve ni la suite de la main courante, ni la tête de puits, et en plus, la corde que j'ai prise est trop courte, elle n'aurait pas dû être à cette position dans le kit. Gilles s'en rend compte avant que je n'entame la descente. On rééquipe. Comme je ne trouve rien, je reviens en arrière et descends au plus large dans ce méandre surplombant le puits. Pas de frac, juste un spit solitaire. Plus bas, rien ; en haut, ça frotte ; je remonte, pars à l'horizontal, rien... Tant pis, s'en est assez de chercher, ce spit fera le boulot. Quelques mètres plus bas, une fois le méandre donnant dans le puits, je trouve le véritable frac. Ouf !
   
La base du P40 ; vue depuis le bas
À partir de là, Gilles prend l'équipement, il est 11h. Un R4 puis le P8 menant au P60. Ici l'équipement devient vraiment difficile à localiser et à comprendre. Ce P60 débute par un plan incliné argileux glissant qui éjecte quiconque ne s'assure pas de ses appuis. Là où il devient paroi du puits, deux spits apparaissent au plafond, les atteindre n'est pas facile. Dessous, le frac menant au 1ᵉʳ palier se fait discret. Gilles y passe un moment et remonte plusieurs fois. Une fois le palier atteint, une main courante doit mener à la prochaine verticale. Bonne chance ! Gilles cherche et tente des trucs, avant d'enfin y parvenir. L'accès est acrobatique. À la remontée, je trouverai plus haut en paroi 4 spits regroupés, avec juste à côté un monticule d'argile visiblement fréquenté... Difficile d'appeler ça une main courante... Mais aurait-ce pu être par là ?
   
Plan incliné argileux ; vue sur le 1ᵉʳ palier acrobatique
Nous voilà en bas. Je reprends l'équipement pour le P45 qui arrive. La tête de puits est aérienne, mais rien de compliqué. On descend. L'heure du repas se fait sentir, mais le kit bouffe a pris l'eau par le haut et le sandwich à Gilles s'est liquéfié… Il part donc équiper le puits Tarzan et ses 20 mètres avec un pendule, pendant que nous autres mangeons.
   
Tête du P45 ; vue depuis le bas
Il est mention d'une déviation pour réaliser le pendule. Nous ne la trouverons jamais. Heureusement, une corde pendouille dans un méandre de mondmilch et permet à Gilles de remonter avec un peu de mal sur le palier. On installe le pendule, mais sans déviation, ça frotte. On ne remontra pas de cette manière. L'obstacle suivant est un plan incliné déversant pas très commode. L'équipement est créatif. Niveau matos, nous en avons des pelles en trop, on se déleste. Enfin le dernier obstacle, un bête R4 sans main courante d'accès. Et nous voilà dans le méandre Lolo ! Pendant qu'Andréa, Raphael et Pascal enfilent les combis, je m'en vais voir la première "moumoute vouillante". Se mettre à l'eau dans cette étroiture ne me réjouit pas du tout. Nous attendions les néoprènes avec Gilles pour passer en dernier et ne pas rester au froid. Mais après analyse, le passage me semble faisable sans trop se mouiller… Je tente, et y laisse seulement un bras et une jambe ! Et en plus ce n'était ni si froid, ni si désagréable. Pas mal !
   
Échantillon du miroir de faille ; moumoute vouillante 1 toute propre
Derrière, je crois le haut du méandre escaladable et donc cette première voûte shuntable. Je grimpe à 5/6 mètres au-dessus. Le méandre est tapissé en paroi de petites formations excroissantes. Et effectivement je rejoins l'autre côté ! Cependant, les prises et les pas ne sont pas très solides… Après vérification, ce shunt est bien visible sur la topo.
   
Le shunt de la moumoute vouillante 1
Le méandre parait très long sur le plan, dans la réalité c'est rapide et nous arrivons devant la moumoute vouillante 2. Ici, pas de shunt possible. On passe tous à l'eau et c'est légèrement plus merdique. Plus que quelques mètres et nous voilà au niveau du lac du Krakoukass !! Deux bateaux sont là, dégonflés. Impossible de les regonfler. On se stocke comme on peut au bord du lac, et nos nageurs se mettent à l'eau. Ils avancent jusqu'au milieu du lac, le Krakoukass ne les dérangera pas.

Les bateaux ; le lac calme

Avec Andréa, Raphael et Pascal dedans
Le plan d'eau est impressionnant. Il a été plongé jusqu'à 40m de profondeur avec une visibilité sur encore 10m, arrêt sur rien... ça continue à descendre !! Après la petite brasse, on se remonte. Dernier bain dans les moumoutes vouillantes et c'est parti pour les puits.
C'est Pascal qui déséquipe, je reste à proximité (merci d'ailleurs !). Tout se passe relativement bien, hormis en haut du P60 où le plan argileux est parvenu à éjecter Raphael, sans gravité. Les choses avancent mais en haut du P40 étroit, elles se compliquent. J'attends que Pascal arrive sous le dernier frac, puis pars franchir l'obstacle suivant avec mes deux kits car il est bien pénible et risque de me prendre du temps. Une fois franchie, je l'attends en haut de l'escalade de calcite, je l'entends qui arrive, mais la corde ne bouge pas... Et l'entend s'éloigner. Je tente de l'appeler mais rapidement après nous le voyons avec Andréa ressortir par une lucarne en plein dans la verticale du P25... Hop, demi-tour ! Andréa termine sa remontée, Pascal rebrousse chemin, moi descends l'escalade et commence ma remontée. Seulement, je ne le vois toujours pas arriver, observant s'agiter sa lumière à travers quelques concrétions et sur les murs de l'autre côté. Il tourne un moment en faisant des tours et des tours, je tente de lui indiquer le chemin depuis le dernier obstacle mais ce n'est pas bien évident de communiquer… Je commence sérieusement à envisager de le rejoindre, quand finalement il parvient à retrouver le bout de corde, devant lequel il est bien passé plusieurs fois, mais qui ne lui rappelait rien. Ouf ! Il s'avérera une fois sortie, que Raphael ait également fait un petit tour à cet endroit.

On remonte, j'attends Pascal à l'entrée du laminoir de l'amer Denis, Andréa est revenue pour me récupérer un des deux kits. Une fois au frac, je l'entends s'exclamer : "J'ai perdu ma clé !" ; elle s'est arraché lors de son détours... Et comme ce serait trop facile, je n'ai pas ma clé, car elle a été utilisée en bas pour tester les bateaux et que j'ai oublié de remettre la main dessus avant que tout le monde ne remonte... Je m'en vais au plus vite à travers le laminoir tenter de retrouver Andréa, espérant qu'elle n'est pas commencé la remontée du P45 d'entrée. Heureusement la voilà, retardés eux aussi par une erreur d'itinéraire. Elle s'en va généreusement porter la clé à Pascal. Raphael termine avec ses dernières forces la remontée du P45. Puis j'enchaîne avec trois kits pour répartir l'effort. Cette fois c'est la bonne, tout le monde remonte sans encombre et pointe la tête dehors vers 20h15. Quelle aventure !

Nous rejoignons les voitures assaillies par les taons, puis partons camper au parking de la fontaine de l'ours.
Un bon repas !