lundi 31 août 2026

Qui ? Quand ?... Le mystère de Galamus

Dimanche 30 août 2026

Participants : Félix, Alary

TPES : 8h / Gorges de Galamus
TPST : 1h45  / Grotte du Palimpseste & Grotte de l'Asphalteur (noms provisoires)

Lors des fortes pluies du 07/03/2026 qui avaient touché une partie des Corbières, Laurent s'était rendu, entre autres, dans les Gorges de Galamus alors en crue. Cette visite parfaitement placée lui avait permis de détecter trois résurgences fortement émissives en rive gauche de l'Agly (sous la route). Mais la question de la connaissance de ces drains et de la possibilité d'y pénétrer restait encore à vérifier... Quelques vidéos partagées pour attiser notre curiosité devinrent rapidement un jeu de piste pour essayer de localiser au mieux ces exutoires dans la falaise. De toute évidence, en l'absence de plus d'informations, il nous fallait tenter d'y accéder.
Le 27/03/2026, en transit par le coin, je fis un petit détour pour repérer les emplacements. Enormément de vent ce jour-là, pas évident d'observer distinctement les détails mais je me fis malgré ça une idée plutôt précise de leur position. Il ne restait plus qu'à trouver le bon moment pour y descendre... Moment qui sera trouvé conjointement en août avec Félix !

Rdv à 9h à Couiza, où nous retrouvons également Laurent. Le rapide transfert de matériel se transforme en listing et en discussion autour des objectifs et projets en cours. Pas mal d'entre eux mis en suspens devraient avancer prochainement… Peu avant 10h, nous nous mettons en route et rejoignons le parking de l'Ermitage. Et vers 11h, commence le repérage pour localiser la ligne de descente à la première résurgence. En matériel, nous avons deux cordes de 40m, 10 pulses, beaucoup de textile et même du matériel d'escalade (coinceurs, friends, pitons...). On ne prend pas tout d'un coup mais la guirlande de Noël reste belle. Dans le sens aval vers amont, notre premier objectif serait censé se trouver un peu derrière la ligne de crête de la paroi visible ci-dessous. La flèche rouge indique le départ et la jaune, la cote supposée de la résurgence. Cet exutoire était le plus important des trois en termes débit, espérons qu'il ne s'agisse pas d'une simple fissure sous pression...
La ligne
On débute l'équipement, pris sur une rambarde et autour du muret via une fenêtre d'évacuation des eaux de pluie. J'entame la descente, me bats contre un buisson et repère un bon endroit pour fractionner. La vue est impressionnante ! Plus haut ça frotte. Davantage encore lorsque je pose mon frac, mais comme je bouge peu, c'est ok. Surprise inattendue, Lionel, qui était en canyon dans le coin a eu écho de nos travaux, il est donc venu nous rendre visite ! Deux trous de pulse plus tard, je me rends compte qu'il me manque le tuyau pour souffler ! Félix s'empresse d'aller le récupérer à la voiture. En attendant, je remonte pour fractionner le départ et éliminer ce frottement. Un AF + 1 pulse feront le travail. La soufflette en poche, je pose le second frac et descends d'une dizaine de mètres dans le vide avant d'atteindre un confortable plan incliné.
   
La vue juste sous le départ ; le second frac
La descente se poursuit. J'arrive à aller bien loin avant de devoir à nouveau fractionner. Mais quelques mètres en dessous, j'arrive en bout de corde. Félix, qui assurait l'animation auprès des touristes, est contraint de me rejoindre avec l'autre corde. Cela me laisse le temps de me déplacer sur la paroi, me permettant de localiser un petit porche au sol caillouteux avec une végétation très inclinée, comme pliée par les flots. Une fois la corde raboutée, je descends le rejoindre. Mais ce dernier s'avère ne pas correspondre à ce que nous cherchons (exutoire fossile ?).
Je reprends la descente et obtient presque immédiatement une vision sur un autre orifice encore plus intéressant, seulement 5 mètres sous le premier. La végétation est couchée, le sol caillouteux est clair comme si de la calcite s'y était déposée.
Après environ 45m de descente au total, je prends pied devant cette confortable entrée. Les parois sont sculptées par l'eau et le trou souffle nettement un air frais. Nous avons trouvé notre première résurgence ! J'installe la corde et Félix me rejoint. Nous nous déséquipons pour aller sonder le trou plus en profondeur. Il est 13h.
   
L'entrée
Le départ n'est pas bien large, mais ça passe. Félix ouvre la route. Nous sommes en short / t-shirt et pour ma part sans genouillères... La suite ne sera guère plus confortable, développant en conduite forcée. On descend en ramping un plan incliné de blocs et de graviers, les parois sont cupulées. Pour sonder la suite, Félix envoie quelques cailloux qui laissent penser à un puits. Nous parvenons à nous croiser, je passe devant. Finalement c'est un plan incliné suivi d'un ressaut de 3m qui se désescalade (vidéo ci-après). En bas, le conduit est très joliment poli, avec quelques galets de belle taille. Une voûte basse donne dans la suite qui s'horizontalise sur deux mètres. Cette voûte attirera mon attention car brisée en partie basse comme si quelqu'un l'avait travaillée...
Félix qui sonde le ressaut
La suite est horizontale, puis descend de nouveau pour redevenir horizontale sur 5 mètres. Le sol et les parois sont couverts d'une calcite légèrement humide et glissante. Encore un passage bas et enfin je peux me mettre debout à la faveur d'un point bas.
Horizontale de 5m
Ça continue à l'horizontal, mais d'abord je sonde le point bas. Je me plie au maximum et aperçois du bout de l'œil une boite jaune... Avec un meilleur angle, il me permet de comprendre que c'est une petite gamate avec une sangle... J'essaie de la sortir de là, mais impossible : trop étroit. La voûte qui y mène est d'ailleurs elle aussi travaillée. Le soupçon que la cavité ait déjà été visitée petit à petit augmente... Je ne sens pas d'air par là, mais j'ai l'impression que la zone a quand même été fouillée. Du coup je vais voir à l'horizontale, suivant le courant d'air. Et là, plus aucun doute. La vidéo parle d'elle-même...
AH !
La voûte de ce passage mouillant a été attaquée. Je ne souhaite pas me tremper, on s'arrête là, mais ça continue au-delà en remontant. Il y a de l'air... En l'absence d'information concernant cette grotte et compte tenu des observations et de notre expérience, nous la baptiserons temporairement pour savoir de quoi on parle : la "Grotte du Palimpseste".
   
Quelques images à la remontée
À 14h30 nous sommes dehors. Félix remonte et prend le repas, je déséquipe. Puis direction notre second objectif, plus en amont.


Nous localisions facilement l'objectif. Départ depuis une évacuation d'eau à travers le mur et un spit déjà en place sur ce dernier. C'est Félix qui descend, j'assure l'animation et prends à mon tour le repas. Flèche rouge : départ. Flèche jaune : côte supposée de la résurgence.
La ligne
   
La descente
Huit mètres de descente, premier fractionnement (il y a d'ailleurs un spit solitaire juste à cet endroit...). Ce sera le seul car un porche sous-jacent permet de descendre jusqu'à la végétation. On descend au passage en plein dedans... Ici aussi, ça frotte légèrement. On mettra la protège corde à la remontée. Félix fouille le porche, il est borgne. Idem pour une alcôve plus bas dans la végétation. Trois mètres dessous, il localise finalement une entrée et un petit départ de conduite forcée. Bingo ! Je le rejoins. Pendant que Félix débarrasse l'entrée envahie de Salsepareille, je fais des découvertes. D'abord une grosse corde bleue qui pendait dans le vide, accrochée à la végétation dans l'axe de l'écoulement de la résurgence. Puis un râteau à bitume, pièce historique de la construction de la route ! D'où le baptême de cette cavité : "Grotte de l'Asphalteur".
   
L'entrée (basse au niveau du sol) ; les trouvailles
La cavité débute par une conduite forcée légèrement descendante sur 4 mètres, où nous sommes stoppés par un pont de roche très solide. Nous essayons de l'attaquer avec des cailloux, mais nous brisons tous les cailloux... Alors Félix ressort pour récupérer le marteau. Même avec cet outil de pointe, briser ce pont demandera méthode, endurance et impact. En termes de courant d'air, c'est très léger, mais perceptible.
   
La conduite vue de l'intérieur ; le pont de roche à éliminer
Bien que cet obstacle nous bouche le passage à nous, il n'est pas impossible qu'en creusant le sol, d'autres gabarits plus fins auraient pu passer. Après quelques minutes de martelage, le pont cède. Nous passons en nous allongeant dans les débris tranchants. Mais rapidement de l'argile et du sable remplacent les cailloux. Nous passons un passage bas semblant être capable de retenir l'eau un moment, puis ça remonte un peu pour partir à l'horizontal sur 4 mètres. Puis la conduite forcée se transforme en galerie où l'on tient largement debout ! La galerie remonte, les murs sont couverts de cupules, le plafond suit un chenal très marqué.
La galerie vue depuis sa moitié haute
(le laminoir est pile au centre de l'image, dans l'ombre)
À la base de la galerie, un laminoir bas descend légèrement. Pénétrable mais pas sans la combinaison et quelques outils. Au bout de trois mètres, le plafond gagne quelques centimètres puis la visibilité se perd. Aucune certitude de courant d'air, mais le passage, bien que très bas, est large. Ensuite nous allons en haut en remontant une coulée très lisse. Peu de prises, j'échoue mon premier essai avec un retour glissade. Pour le second, je tente un jeté pour attraper une petite stalagmite de quelques centimètres de haut, avec ça je parviens à grimper. La galerie s'horizontalise et s'abaisse. Des blocs de sable rouge cimentés jonchent le sol. Au bout de 6 mètres, le laminoir redescend légèrement sur un lit de gravier, puis ça devient impénétrable. Le sol, le plafond et les parois se rejoignent, laissant uniquement un petit trou tout au bout. Je ne détecte pas d'air.
Le laminoir tout au fond de la galerie haute
   
Les blocs de grès (peu solides) ; deux espèces de sables cimentés en paroi
Nous observons aussi de beaux regroupements d'hétérocères, probablement Amphipyra effusa. Nous remontons (ou descendons ..?), Félix déséquipe, il est 18h.
Où est Félix ?


Dernier objectif de la journée, le plus simple mais aussi le moins prometteur car il s'agit d'un talweg complètement empierré. L'accès se fait sans corde. Au pied du mur, sous la route, un orifice d'évacuation des eaux en tête du talweg pourrait être à l'origine des écoulements. De la mousse pousse d'ailleurs dans les fissures du bâti, preuve que de l'eau y circule reguièrement. Nous allons voir plus bas en suivant le talweg et en allant voir à droite et à gauche. Nous ne trouverons rien. Laurent avait déjà fouillé l'endroit sans plus de succès.

L'orifice sous la route

En bref, deux objectifs sur trois ont correctement donnés ! En plus d'être très amusant à faire comme prospection, nous avons effectivement mis la main sur deux drains du massif. Les deux devront être revus et explorés plus en profondeur. La première cavité (Grotte du Palimpseste) a déjà été visitée. Mais jusqu'où ? Par qui ?? Et quand ??? Si nous ne trouvons rien à son sujet pour nous dissuader d'y retourner, l'inverse se produira. La cavité est très nettement ventilée (souffle), nous ne sommes pas allés jusqu'au bout. Pour la seconde cavité (Grotte de l'Asphalteur), le courant d'air est faible (souffle ??), mais nous ne sommes pas allés jusqu'au bout. Nous n'avons observé aucune trace de passage. Seuls quelques polissages auraient pu nous y faire penser mais il pourrait aussi bien s'agir du sable transporté par l'eau. L'absence d'indice de passage ne prouve rien. La conclusion est la même que pour la première cavité. Pour information, la période qui dérange le moins les rapaces ici en falaise, c'est de fin août à fin septembre.

En somme, une très belle journée qui a ravi tout le monde !
Ça rajoute encore des objectifs à la liste...

Traversée Trou Huet -> Verna

Mercredi 19 août 2026

Participants : Charlie, Félix, Gilles, Alary

TPST : 5h / Trou Huet - Verna, massif de la Pierre Saint Martin

Entre autres, la Pierre Saint Martin est célèbre pour la salle de la Verna, une des plus volumineuses au monde (3,6M m³), révélée en 1953, trois ans après la découverte et l'exploration de 3.5km de galeries depuis le Gouffre Lépineux. Et quoi de mieux qu'une petite sortie entre deux plus importantes pour la visiter ? Alors pour ne pas simplement faire les touristes, nous rentrerons par le Trou Huet, équipé en fixe.

À 8h30 nous retrouvons Charlie à l'accueil de la Verna, l'occasion de prendre quelques informations sur l'illumination de la salle et le fonctionnement des navettes touristiques qui montent à l'entrée. Félix fait au passage traducteur pour tout le parking. À 9h15, nous sommes au "parking spéléo n°2", il nous reste 1,1km à pied pour rejoindre la porte du tunnel de la grotte. Puis 1 km encore pour rejoindre le Trou Huet, par une trace approximative et peu marquée. Le trou s'ouvre en falaise, quelques cordes nous mettent sur la piste. À 10h, nous sommes devant.
   
Suivre le fil dans le pentu jusqu'à l'entrée
   
La fissure repérée depuis les estives grâce aux jumelles de Marc HUET
Le trou souffle fort et froid. Il débute par un petit méandre élargi. S'ensuit une série de petits ressauts plus ou moins larges, où sont visibles les traces des désobstructions. Le P32 amène du confort mais à sa base, une trémie de petits blocs stabilisés avec des pieds droits et de la mousse expansive fait quelque peu flipper. C'est étroit, ça souffle fort et il faut se faufiler entre ces barres.
   
La trémie et quelques outils
Après ça on attaque un premier méandre désobstrué. Du ramping peu confort nous menant au P14, puis au P44. Voilà le second méandre désobstrué, j'ai froid aux mains et aux oreilles...
   
Tête du P8 par large ; un coléoptère (Aphaenops sp.)
Enfin arrive le troisième méandre, même qualité de progression... Puis, après le P11, le bruit de la rivière se fait entendre, le P35 nous y menant est là ! Et dire que ce trou est équipé en fixe car des BE y amènent des clients… C'est quel genre de clients ?? La Salle de la Verna n'est pas bien loin. De la lumière nous parvient déjà.
   
Base du P35 et accès à la rivière à -208m ; image dans la rivière avec l'éclairage de la visite touristique
Les premières infrastructures apparaissent, des passerelles, le fameux barrage, puis enfin, l'incommensurablement gigantesque salle de la Verna !!
   
Le barrage et les infos techniques
   
La salle vue depuis le barrage
Nous sommes sans voix devant cette grandeur illimitée. Au plafond se croisent de nombreuses failles traversant notre bande calcaire prisonnière de deux bandes de schistes et de grès. En face, dans ce petit croissant horizontal illuminé, c'est Aranzadi. L'aval par lequel transitait il y a quelques temps la rivière, aujourd'hui capturée et perdue dans les éboulis de la base de la salle (perte jamais pénétrée). Nous faisons le tour du cheminement et croisons un spéléo peu bavard portant du matériel qu'on songerait peut-être à renouveler.
   
Pas certain qu'il ait compris le message...
Arrivés au bout du cheminement, nous descendons pour rejoindre la base de la salle et l'escalade de 70m vers Aranzadi. Nous traversons l'immense zone de perte, passons devant des dosimètres radon et escaladons poignée longée la corde en fixe jusqu'au sommet. Entre-temps la salle s'est éteinte.
   
La base de la salle et un dosimètres radon DPR Algade
   
L'escalade
En haut, nous profitons de la vue et de la chaleur emmagasinée pour manger. Vers 13h, la salle se rallume, puis nous partons visiter la galerie Aranzadi.
Tape la pose
La quantité de sédiments au sol est impressionnante. Nous traversons un méandre creusé dans les plus fins de ces derniers, passons de belles coupes sédimentaires et arrivons devant le méandre menant à la Salle Balandraux.
   
Du sédiment !
   
Le méandre dans les sédiments et l'entrée du méandre vers Balandraux
Nous nous engageons dans le méandre, la progression se complexifie. Dessous, dessus... chacun sa route ! Puis à un virage, le méandre se rétrécit. En regardant la topo nous comprenons que ce méandre est vraiment très long et que la Salle Balandraux est probablement inaccessible dans les temps. Demi-tour. Avec Charlie nous allons au bout de la galerie, jusqu'au siphon amont. Puis retour à la salle de la Verna.
La Verna derrière
Pour profiter encore un peu, nous trouvons l'actif dans le chaos et le remontons cascade après cascade, jusqu'à arriver sous la passerelle technique du barrage. C'est très amusant et très beau, bien qu'un peu technique parfois sur certains pas.
      

Quelques images...
Nous remontons ensuite par le sentier des guides et empruntons le tunnel aménagé sur ses 660m. Quelques erreurs d'excavation ont mené les mineurs à découvrir le réseau d'Arphidia, long de 22km. Puis nous arrivons à la porte. Le bourdonnement de l'air qui passe en force est soudainement arrêté par son ouverture, la pression dans le tunnel chute immédiatement et la barotite moyenne survient. L'ouverture et la fermeture de la porte sont deux expériences à elles seules, qui concluent parfaitement notre visite !
   
Le tunnel aménagé (prenez exemple...) ; le tunnel vers Arphidia