Participants : Hervé, Henri G., Alary
TPST : 3h15 / Trou de la Pause
TPST : 3h / Source de l'Agly
La visite du 3 août 2014 signe vraisemblablement la dernière descente au fond du trou de la Pause. Jean-Michel E. et Laurent sont les deux derniers à y avoir mis les pieds. Sauf si je ne suis pas tombé sur l'info, depuis, plus personne n'a revu le fond de ce chantier de grand malade, ayant repris le 10 janvier 2011 après 18 ans de pause...
Mais un article intitulé "Retour à l'Agly", publié par Henri le 06/09/2026, lança une minuscule vague d'intérêt dans les commentaires. Quelques informations partagées par Laurent, un échange de mail avec Henri, et nous étions repartis à l'assaut de l'Agly souterraine !
À 8h15 je retrouve Henri à Alet, puis nous retrouvons Hervé au col de la Lucio pour 9h. La piste qui mène à la ruine (parking) est carrossable avec un véhicule haut. De là, nous continuons à pied même si la piste a été réouverte. Nous suivons les souvenirs d'Hervé et Henri pour retrouver le trou. J'ai les coordonnées et une photo en main, mais le paysage ne colle pas... Finalement, c'est Hervé qui retrouvera le sentier ainsi que l'entrée du trou, installée au centre d'un espace grillagé à côté d'un alignement de trois grands résineux. Le point GPS converti de la fiche de 1994 et donc les coordonnées Grottocenter que j'avais étaient décalées de 84m trop en amont... Je m'équipe. La descente dans le trou ne nécessite aucun matériel mais la progression y est semblerait-il difficile. J'embarque donc uniquement mon mini kit avec dedans de quoi survivre quelques heures au chaud. J'effectuerai la descente seul, avec pour objectif premier d'atteindre la grande salle et la trémie de la Escande Tower. Puis avec pour objectif second, d'aller au fond en essayant de repérer les quelques points intéressants éparpillés sur le trajets et issu des 43 comptes rendu libellés "trou de la Pause". Je vous recommande la lecture de ces articles, permettant de se rendre compte de l'ampleur du travail et des moyens mis dans ce trou, rêvant à chaque session de déboucher dans la rivière de l'Agly souterraine...
En somme, la mission est simple. Mais son succès très incertain. Seul, sans plan récent, dans un trou apparemment difficile de progression, sujet aux crues et non revu depuis près de 12 ans... Il me fallait avoir une certaine dose de sérénité... À 9h30, je passe sous terre, dans un nuage de moustiques. La galerie est descendu jusqu'à une bifurcation net sur la droite. Directement au sol, un ressaut de 3 mètre donne dans un méandre. Juste au-dessus, des tirs ont été faits. Mais ça reste impénétrable. En face, la galerie concrétionnée continue. À ce moment là, je ne sais pas s'il a un shunt au méandre, alors je cherche un peu, mais ne trouve pas (je crois qu'il n'y en à pas ici, faut se coltiner le méandre inférieur...). Donc je m'engage dans le méandre par l'accès qui mène à -21 sur la topo de 92. Au sol, des cailloux de désob partout, bien propre, mais posés sur une base de boue et de terre humide mais relativement compacte. J'avance allongé à l'égyptienne, ça se rétrécit, encore et encore mais ça passe toujours. Pas impossible que le sol soit un peu remonter...
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| Vers la fin du méandre avec mon mini kit propre |
Il me faut virer quelques caillasses du passage, et enfin ça s'élargit légèrement. Niveau courant d'air rien de fou, mais l'aspiration est perceptible. J'arrive au bout du méandre, des traces de mises en charge sur les murs et au bout, un bouchon de blocs et de matière organique... Comment je passe moi ?? Alors que j'approche le bouchon en râlant un coup, surprise, l'acoustique a changé, ça raisonne un peu ! En fait, au-dessus de moi, une belle galerie a fait son apparition depuis un bon mètre... Sauvé ! Ici dorment une gamate et sa corde. Pensant toujours à un peut-être shunt de ce désagréable bout de méandre, je me dis qu'au retour j'irais voir tout droit dans le fossile... On en reparle plus tard... Me voilà déjà en dehors de la topo de 92. Je continue et quelques virages et passages bas boueux plus tard, je débouche dans la grande salle de la trémie consolidée.
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| La salle vue depuis le haut ; l'outillage |
En bas, du matériel traine encore et à droite, la structure métallique de la Escande Tower apparait. Rapide diagnostic : le rouge est un choix esthétique que j'approuve. Mais surtout, on dirait que l'eau a emporté pas mal de matériaux. C'est tout propre, et la partie haute de la structure ne retient rien du tout. Structurellement, tout à l'aire en place. Je descends avec précaution.
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| L'étayage vu depuis le bas |
La reptation continue, c'est boueux. Après une épingle, on débouche dans une galerie plus commode, en partie naturellement creusée cette fois. À son terme, deux choix s'offrent à moi, sur ou sous la dalle. Je vais dessus car c'est plus large, peu de traces de passages ou, du moins, elles ont été effacées par le temps. Une diaclase descendante encombrée de mottes d'argile semble mener à un tas de boue, je ne m'y engage pas... Je descends et m'engage dans un sale petit méandre sous la dalle. Tête en avant puis pieds en avant. Il y a des traces de passage sur les parois, mais je bute sur un passage bien trop étroit. Il y a de l'air.
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| L'épingle |
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| En haut de l'image, la dalle. Dessous, le petit méandre devenant impénétrable. |
Effectivement, j'ai loupé quelque chose. Je remonte au-dessus de la dalle, et encore plus haut dans la boue jusqu'à quelques concrétions. Mais rien. Dernière option, la diaclase argileuse : un point bas et ça remonte derrière, la suite était bien par là !
Je continue, les passages les plus confortables se passent à quatre pattes. Sinon c'est de la reptation dans une bougnafle de plus en plus liquide. Ma combi est déchirée, les scratchs commencent à ne plus fermer à cause de cette gadoue... Je passe un col où repose un bios au manche bleu. Ça redescend puis ça s'enfile dans une étroite diaclase. La boue est liquide, mais dans l'état où je suis cela n'est plus un problème. Une chose est certaine, c'est pas un trou pour les combis rouges… PVC obligatoire !
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| Le bios et la diaclase étroite |
Arrive ensuite une succession de points bas / anciens siphons, le plus sympathique dans un beau calcaire se remontant sur 4 à 5 mètres dans des congères de petits galets roulés, et remis en place par l'eau... Cette zone n'est donc pas complètement fossile ? Au sommet, on jonctionne à la perpendiculaire avec une galerie qui suit un plafond de grès.
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| Vue depuis le haut du siphon et des galets |
"Les galeries un peu sympathiques…" Oui. Mais non. Même si on se redresse parfois, le sol est uniquement composé de marmites et de faux planchers tous recoupés les uns dans les autres... Le paysage change, c'est au moins ça ! J'arrive à la fameuse corde et au ressaut. La manière dont elle est foutue, tressée sur elle-même et emportée à quelques mètres de son point de chute, me fait douter encore plus du fait que la galerie soit fossile. De plus, les passages avant que j'y passe sont propres. En crue, l'eau doit encore y circuler, mais pas bien rapidement. Un peu plus loin, après un ressaut, une petite pièce confortable retient quelques outils. Une poupée de corde (déplacée pour la photo)et une bouteille d'eau d'un litre au sol n'ont pas été emportées par l'eau.
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| La fameuse massette de 2kg ?? |
Je crois approcher du fond. Encore quelques contorsions, reptations à l'égyptienne, quelques angles droits et enfin se montre la désobstruction finale. De la calcite apparait sur la paroi de gauche, au sol sont visibles de petits gours cristallisés. Il est 10h58, j'ai mis 1h28 à atteindre ce qui, pour moi, sera la fond...
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| Vue du terminus, de l'aval vers l'amont |
Je tente de franchir le rétrécissement dans la calcite. Laurent l'avait franchi en se dégonflant lors de leur dernière visite... Tête en avant d'abord, je sens que le haut peut passer, mais ça descend légèrement, alors si je coince, la marche arrière va être douloureuse... Pieds en avant, c'est plus rassurant. Les fesses pourraient passer, mais je touche déjà la paroi derrière moi... Je cherche en forçant avec de petits mouvements de coincement / décoincement et à un moment, je crois avoir passé le plus serré, mais le méandre tourne et dans le sens où je suis, impossible de plier les genoux... Peut-être que je passe, mais c'est extrêmement inconfortable, et bien des choses me dissuadent d'en demander plus...
Il est 11h05, j'entame la remontée en essayant d'être attentif à un endroit où un méandre en bordure d'un éboulis de gros blocs filtrerait le gros du courant d'air. Car effectivement, il y a nettement moins d'air qui circule ici que précédemment dans les conduits qui suivent depuis la base de la trémie. Mais malgré cette indication, je ne trouverai rien de très parlant... Je perds un peu de temps à essayer quelques photos finalement inexploitables et surtout, j'en perds à cause de ma combinaison totalement ouverte et qui s'accroche partout. Plus aucun scratch ne tient...
J'enchaîne tous les obstacles moyennant quelques secondes de pause jusqu'à l'entrée du tout premier méandre, celui que j'espère encore shunter par le fossile... Je continue donc tout droit dans le fossile, mais je bute contre des concrétions puis le sol rejoint le plafond. Ici et là quelques départs en plafond, mais pas de suites. Je repère encore quelques zones d'ombres mais sans plus de traces de passage, alors j'abandonne et me remets dans ce méandre pénible et douloureux. Enfin je retrouve la galerie menant à la sortie, où monsieur crapaud se gave de moustiques, presque 1h après être parti du fond (à très bon rythme mais en comptant les pertes de temps sur le trajet). Mon matériel est HS et physiquement, je sens que ça a travaillé... Je regagne la voiture pour ensuite retrouver Hervé et Henri vers 13h à la Source de l'Agly.
Pendant que j'étais à la Pause, Hervé et Henri sont descendus à la source de l'Agly, voici le récit de Henri :
"Pour moi et Hervé rentrée dans la source de l'Agly vers 10H.Je grimpe avec 2 goujons la vire au-dessus du 1er siphon, équipée en corde. Puis après le toboggan qui suit l'on s'arrête sur une très belle et longue vasque qui à priori doit être le 2ème siphon (fil d'ariane). Pas d'air sensible à cet endroit, donc j'en conclu que tout est en eau malgré la sécheresse. C'était quand même bien d'en avoir le cœur net! Pistage d'une suite un peu partout. Alary nous rejoint à la voiture où l'on casse la croute."
Donc après le repas, nous allons voir un trou trouvé par Henri rive droite de l'Agly, bien en amont de la source. Un ressaut de deux mètres mène dans un méandre arrosé... Aussi près de la surface ? Par ces temps plus que secs ? Probablement un effet temporaire des dernières pluies. Pas de courant d'air, mais une résonance longue et aiguë se propage dans la suite impénétrable du méandre. Au-delà de la douche, le méandre bifurque à gauche puis, au bout de deux mètres, à droite. La visibilité au-delà est nulle, l'eau coule deux mètres plus bas à la base du méandre. Elle se dirige dans la montagne.
Il y a de très fortes chances que cela mène à un niveau noyé, compte tenu de la résurgence proche et d'une observation faite à quelques dizaines de mètres en aval de ce point : toujours rive gauche, un orifice de 40cm de large pour 50 de haut sur 5 mètres de long environ, allant en se rétrécissant, donne un regard dans ses derniers mètres sur une nappe d'eau d'apparence peu mobile. Pas d'air ici non plus.
Après ça, direction la source de l'Agly. Henri y a repéré une zone à ouvrir tout au fond. Pendant qu'ils commencent la purge avec Hervé, j'escalade rive droite et arrive au-dessus de ce que Henri voulait ouvrir. Il n'y a rien, si ce n'est une inscription du "GEK". Alors on attaque un peu plus bas avec le perfo. C'est étroit et peu confort. Première salve en demi-échec, la seconde fera le boulot. Henri passe, débouche dans un tout petit volume tout colmaté d'argile et de calcite. Sans suite. Il est 15h, on se dirige vers la sortie. Fait intéressant, un courant d'air est perceptible, quand on quitte le fond pour se faxer dans la faille. Soit il s'agit simplement d'un courant d'air de versant ou de convection, soit il y a quelque chose à trouver compte tenu du fait que les siphons soient en eau...
Pour conclure, le boulot titanesque fourni dans le trou de la pause est remarquable. Mais difficile d'espérer retourner tout au fond sans devoir emporter avec soi de quoi exploser ce rétrécissement dans la calcite... Si ce que je cherchais en remontant s'avère bien plus accessible et prometteur, alors peut-être un jour y tenter quelque chose... En attendant, vous savez à quoi vous attendre ! Aïe ! Ouille !
























































