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lundi 10 janvier 2022

Mesures de crue sur le Blau

Lundi 10/01/2022

Participants : Félix et Laurent

Dans la lancée d'une tournée (très) matinale de mesures de débit dans les gorges de l'Orbieu, je ne résiste pas à la tentation d'éprouver aussi la technique de mesure par dilution sur la source du Blau en crue.

Il s'agit d'un nouveau "coup d'eau" de grande ampleur, le deuxième en deux mois, et le quatrième en quatre ans, mais jamais des mesures n'ont été faites dans ces conditions sur le Blau. Il était grand temps de passer des estimations aux mesures réelles.

Coup de fil à Félix qui me rejoint au gué du Sourd peu avant 14h.

Le spectacle se passe de commentaires.


Nous installons la sonde dans un bras annexe où le courant est moins fort (presque 3m/sec dans le chenal central), et l'amarrons solidement avec une corde.

Après mise en route de l'enregistreur, je file injecter une masse connue de fluorescéine quelques centaines de mètres en amont.

Le premier nuage de traceur passe pratiquement inaperçu. Pour consolider la donnée, je change de masse et aussi d'emplacement pour la deuxième partie de l'expérience.


Nous relevons également la hauteur d'eau en prenant des photos et en marquant un arbre car l'échelle de mesures sur le seuil en béton est complètement noyée. Il faudra pouvoir raccorder ultérieurement cette hauteur sur la courbe de tarage complétée (cette courbe est indispensable lorsque l'on veut quantifier une sortie de traceur injectée dans le massif).

Bref, les données sont bien enregistrées et les deux courbes apparaissent sur le logiciel. Une première lecture à chaud sur le terrain (et une fausse manip liée au bruit de fond de la courbe) donne des valeurs douteuses surestimées, mais une fois rentré au sec et au calme à la maison, le dépouillement livre les bons résultats :

1er jaugeage : 16.518 l/sec soit 16,5 m3/sec

2ème jaugeage : 17.287 l/sec soit 17,3 m3/sec

La marge d'erreur d'environ 5% est vraiment acceptable par ce fort débit, qui s'articule donc autour de 17 m3/sec à cet instant, au-dessus donc des estimations visuelles lors des précédents cas similaires (15 m3/sec)

On s'en doutait, mais c'est confirmé : il s'agit du plus fort débit jamais mesuré sur une source karstique dans l'Aude.

Ca fait rêver car ce collecteur souterrain est maintenant certainement à portée de spéléo par le Vieux Lion, mais il va encore falloir être patients et surveiller la baisse des niveaux dans les prochains jours...

samedi 1 janvier 2022

2022, année du Blau ?

Meilleurs voeux spéléos à toutes et tous pour cette nouvelle année !


Et que 2022 puisse nous voir découvrir et arpenter la rivière mythique que nous cherchons : le Blau souterrain...


Pour motiver tous les nouveaux qui ont rejoint l'équipe ces dernières années, et pour rafraichir la mémoire des autres, deux vidéos prises en 2018 à l'occasion d'une crue équivalente à celle que nous venons de connaitre il y a quelques semaines.

Au premier plan, toutes les sorties d'eau venant de l'éboulis correspondent à la résurgence du Chandelier lorsque celui-ci se réactive. L'eau conflue avec la source du Blau en arrière plan :


Et la source du Blau au même moment :

Nous avons beaucoup appris depuis, grâce aux différents traçages et aux explorations. Lors de la crue du mois dernier, la rivière est remontée depuis son cours inférieur inconnu pour envahir le nouveau réseau post-boyau du Vent, atteint par le Vieux Lion.

Elle n'est plus très loin, alors après les fêtes, place à l'action...


 

samedi 30 janvier 2021

ARVAGUEDDON

Samedi 30/01/21

Réseau du Chandelier : Boris, Etienne, Denis, Léo ; TPST :6h

Trou du Vieux Lion : JLuc, Dom, Henri, Romain, Laurent ; TPST : 4h


La conjoncture épidémique et la menace d'un confinement épisode III nous incitaient à agir vite : on voulait tout savoir sur l'emplacement de la jonction, il n'y a qu'à voir le nombre de participants du club sur cet objectif alléchant...

Une équipe d'aquaspéléologues en néoprène était sur pied et rentrait dans le réseau avant 10h, prête à nager avec radio, ARVA, et même perfo en sac étanche pour avancer côté Chandelier le cas échéant.


Protocole équivalent côté Vieux Lion mais sans néoprène, et pourtant...

Les hautes eaux sont bien là, et jamais une telle mission n'a été mise sur pied dans ces conditions. Pour pimenter le tout, la pluie s'invite dès les premières heures de la journée avec une intensité certaine. La consigne est bien sûr de ne pas risquer de rester piégé par l'eau en cas de doute sur un passage. Il y en a 4 qui peuvent potentiellement poser problème sur les kilomètres de parcours, on verra bien...

Côté Vieux Lion, on essuie les averses avant de rentrer, mais la descente se passe à peu près bien si on ne s'attarde pas sous les nombreuses pissettes. Mais très vite les choses se corsent.

Les débits augmentent rapidement à peine une heure après notre arrivée, et notre inquiétude pour l'équipe du fond suit la tendance. On tue le temps en creusant l'alcôve à mi-parcours du tunnel.

A la première heure de rendez-vous, aucun signal; bon c'est peut être normal, la progression doit être moins rapide.

Deuxième rendez-vous : toujours rien. Je laisse l'ARVA et la radio allumée à côté du chantier. Mais silence de plomb. A 14h, dans le vacarme assourdissant des multiples arrivées d'eau, on se dit que les carottes sont cuites. Tour du propriétaire :


Une demi-heure plus tard, un quatrième affluent s'amorce en quelques secondes pas loin de nous côté sud-est. C'est signe que la perte du Sarrat de l'Etreuil sature et déborde sur le chemin d'accès du Vieux Lion.

Celui-là, on ne l'avait jamais vu couler...

Certains commencent à remonter, et on se doute que ça va être coton. J'attends encore un peu en bas, on ne sait jamais, puis passé 15h, je remballe en espérant que rien de facheux n'est en cours au Chandelier.

La remontée du premier puits se passe bien hors crue. Mais plus haut dans le P15, c'est une autre histoire. L'illusion de passer sans se faire copieusement rincer est vite réduite à néant par les seaux d'eau qui rentrent de la nuque jusqu'au slip en quelques secondes. Dantesque...

Du coup, record de vitesse entre le fond et la bagnole : 14mn.

On se change puis direction l'Escale. Arrivés au tunnel de la route, sonnerie du téléphone, message d'Etienne. Ouf, ils sont dehors...Ils ont été arrêtés sur le dernier obstacle potentiel, 400m à peine avant le terminus...et nous juste derrière. Une vasque est pleine et siphonne ponctuellement, sur quelques mètres, pile au fond de la structure synclinale.

Mais la bonne humeur est quand même au rendez-vous. Même si la nature nous donne aujourd'hui une leçon de patience et d'humilité, il fallait le tenter...et puis le trou en hautes eaux est splendide.

Côté nouvelles du fond, hormis le fait d'avoir identifié le point qu'il faudra éliminer pour assurer la sécurité en hautes eaux, de nombreux phénomènes ont été observés, le principal étant d'être accompagné par un grondement sourd sur une longue distance dans le réseau III, avec une apogée à la charnière avec le IV.

Il faut dire que le Blau débite dans les 5m3/sec à la résurgence, et s'il se promène pas trop loin dans le coin, il vient peut être de signaler sa présence souterraine. Mais je ne voudrais pas parler à la place de ceux qui ont vu (ou entendu).

 

jeudi 30 janvier 2020

Cataclysmes géomorphologiques post-crue en Haute Vallée de l'Aude

Jeudi 30 Janvier 2020
Gorges de l'Aude
Participants : Boris, Laurent
TPST/ES : 3h

Demi-journée de reconnaissance dans les gorges de Pierre-Lys pour aller inspecter quelques phénomènes spectaculaires ayant eu lieu pendant ou après la crue majeure de la semaine dernière, et ayant également un lien direct avec le karst.

Au niveau de la source de la Fago, site que nous connaissons bien pour y avoir effectué bon nombre de prélèvements durant les traçages du plateau de Sault, la mise en pression de la source sur les colluvions situées sous les barres calcaires a provoqué un énorme glissement de terrain le lendemain de la crue.


La coulée de débris a franchi le creux au pied de la montagne puis a surgi en remontant, telle une avalanche, sur la D117, qu'elle a également franchie. Par miracle aucune voiture ne passait à ce moment-là.

Bas de la coulée et D117
La source de la Fago sort à présent dans un site encore instable à proximité du pied des barres. Il faudra laisser tout ça se purger avant d'aller voir...


Deuxième objectif, atteindre un thalweg en rive droite que Boris et Loïc ont vu pas mal couler depuis la route et la rive opposée jeudi dernier. Nous laissons la voiture à St Martin-Lys pour emprunter un sentier qui a subi lui aussi quelques dommages.
Arrivés sur place, la stupéfaction nous gagne. Je m'attendais à quelques chose de rationnel au niveau débit, mais là, c'est quelques chose de tout simplement colossal qui est sorti de la montagne par le sommet de l'éboulis. Ce dernier a été entièrement remanié, les arbres sont couchés et pelés par la force du courant, les racines sont mises à nu, voire arrachées sur une largeur de lit parfois supérieure à vingt mètres. Et le diagnostic est formel : toute cette eau est bien arrivée de sous terre !

Des blocs de plus d'une tonne ont été déplacés

Le courant a occupé la totalité de la largeur de l'image (débris de racine pelée à droite)

Le front de l'éboulis (gris clair) a été comme poussé par un bulldozer au dessus de l'éboulis préexistant (gris foncé en bas)

Vers l'amont

Stigmates torrentielles dans la partie aval moins pentue
La partie la plus haute des sorties d'eau s'avère correspondre à la grotte de l'Ange Perdu, utilisée par les bases de plein air locales (équipement en fixe et aussi peinture (Grrr!) dans la zone d'entrée). Sur les 5 entrées visibles de la grotte, 4 ont été émissives, et l'eau est arrivée presque au ras de la plus élevée pourtant à l'aspect bien fossile. Le sol en aval de l'entrée intermédiaire, composé d'humus, de cailloutis et de racines, a été fortement incisé par l'eau, ce qui témoigne qu'un tel évènement n'était pas arrivé depuis plusieurs dizaines d'années au moins.

Nous ne résistons pas à la visite, et dès les premiers mètres, l'eau occupe le fond de la galerie.

Couloir d'entrée
Malheureusement, un peu plus loin, un triste spectacle nous attend : certaines chauve-souris en hibernation ont été surprises par la montée des eaux et ne s'en sont pas sorties vivantes.








Nous poursuivons cette jolie cavité jusqu'à un long bassin très profond situé quelques dizaines de mètres avant le terminus connu, qu'il faudra bien sûr venir revoir plus tard.

volume de creusement sympa

microformes

fossiles

Belle galerie
Ce niveau semi-fossile, considéré jusqu'ici comme drainant anciennement un impluvium local de l'extrémité ouest de la forêt des Fanges, prend donc une toute autre importance suite aux nouvelles constatations de ce jour. Il pourrait bien cacher l'accès au collecteur ouest du massif des Fanges (une chimère...), butant dans l'immense éboulis sous la grotte.

Le débit restitué dans la cavité et surtout le cône sous-jacent, qui se chiffre en (pas mal de) mètres cube par seconde, ne peut en effet provenir que d'une surface très conséquente que je ne me hasarderais pas à estimer.
Dans tous les cas, une surveillance s'impose lorsque les niveaux auront suffisamment baissé cet été.
Cette perspective risquant d'intéresser pas mal de spéléos ayant oeuvré sur le massif, le mieux sera sans doute de prévoir une sortie collective interclub avec tous les motivés.


dimanche 26 janvier 2020

Tonnerre sous les tropiques audois... à la fin Janvier

Quelques images de la crue exceptionnelle de mercredi dernier. Il ne se passe plus une année sans qu'une partie du département soit touché par un phénomène climatique hors normes.
Cette fois ce sont le sud et l'ouest qui ont subi les plus fortes pluies, entre 200 et 300mm.
Les karsts des Hautes Corbières et de la Haute Vallée de l'Aude ont fortement réagi.

La source de Montjoi sature pour la deuxième fois en deux mois : 




Un peu en aval, l'Orbieu est sorti de son lit et a inondé les parcelles agricoles peu avant Vignevieille :



L'entrée du réseau, toujours aussi impressionnante :


Le Sou, à la sortie du canyon de Termes :


Dans la Haute Vallée, le pays de Sault est aussi en crue. Boris et Loïc sont passés photographier le  Blau, où le niveau a à peu près égalé celui atteint en Février 2018 :

Le chemin menant au gué du Sourd est sous les eaux
On est pas près de faire de la spéléo au sec !

samedi 25 mai 2019

Collecte de données alléchantes

Samedi 25 Mai 2019
Plateau de Sault
Participants : Jean-Luc, Laurent
TPES : 6h; TPST : 1h


Comme souvent après une crue il est bon d'aller faire quelques repérages. Celle-ci n'est pas très puissante ni exceptionnelle, mais comme les connaissances ont évolué depuis un an, on peut quand même faire potentiellement des observations inédites en ciblant les chantiers en cours.
Premier arrêt au ruisseau du Sarrat de l'Etreuil qui coule pas mal :


La perte sature carrément :






Ensuite visite sur le secteur de l'entrée supérieure potentielle du Chandelier. Bonne surprise : un ruisseau court le long du chemin d'accès et se perd à une dizaine de mètres du chantier de désobstruction. C'est de bonne augure pour la suite, il faut persévérer !





Direction la Vernouze pour tenter d'atteindre le terminus provisoire en hautes eaux. La perte coule assez bien, une quarantaine de litres par seconde, dont à peu près la moitié déborde de la perte principale pour s'infiltrer non loin des deux entrées désobstruées. Vision assez grisante il faut bien le dire :



Mais je ne suis pas au bout de mes surprises : je m'équipe et descend dans la cavité. En bas du ressaut qui termine la conduite, on entend distinctement un bruit de cascade plus bas dans l'inconnu. Le son arrive par un pertuis assez mince avec un bon courant d'air soufflant. Le fait que l'air soit toujours là en hautes eaux est également une bonne nouvelle, mais il n'y a aucune inversion aujourd'hui. Les températures sont pourtant à l'équilibre. Peut être une histoire de pression atmo ?


L'air arrive également de la suite du trou qui est assez complexe. Guidé par le bruit je passe le ressaut suivant qui arrive sur un des terminus. Droit devant : deux suites. A droite, le plus évident, ça se resserre au bout de 2m avec un coude et un bruit d'eau lointain. A gauche par contre c'est du lourd, on voit distinctement un espace passable après 2m avec le bruit de la rivière souterraine juste en dessous. Séquence émotion pour tout spéléo qui se respecte (casque audio conseillé pour l'ambiance):



Je sors de la cavité tout bouleversifié par cette perspective proche, une lucarne sur un gros actif plongeant sous le plateau en direction de Font Maure !!

Début d'après-midi je repars vers la zone connue au dessus du Chandelier pour voir l'évolution du débit de la perte du vieux corbeau où je tombe sur...Jean-Luc.
Il est également tout excité de voir l'eau rentrer si près du chantier. Discussions tous azimuths bien évidemment.
On décide de continuer sur cette lancée et d'aller voir la doline de Coume Froide, sur le trajet supposé Coumeilles-Blau mis en évidence par les traçages de l'année dernière.

Là aussi ce que l'on voit nous emballe : une belle rivière d'une cinquantaine de litres par seconde s'engouffre dans la perte désobstruée en Mai dernier.


Mieux : on entend distinctement un grondement de cascade sous un secteur précis de l'éboulis, un peu à côté de l'emplacement vidé l'an dernier. Ce site incroyable, avec un fort courant d'air en été, sera l'un des objectifs d'un prochain traçage pour tenter de mieux situer la diffluence entre le Blau et Font Maure. Sur ce coup-là je suis de l'avis de Christophe : un bon coup de tractopelle ! même si une désob "artisanale" pourra quand même être tentée en attendant en direction du bruit repéré.


Fin de la tournée pour montrer la perte du Pas des Brebis à Jean-Luc qui ne connait pas. Là aussi bon débit absorbé mais pas de cavité découverte à proximité.


Superbe journée confirmant que les chantiers en cours ont vraiment de l'avenir. Le plus difficile va être de prioriser entre jonction du Chandelier, Vernouze et Coume Froide.

Le Blau, quant à lui, roulait ses 5 mètres cube par seconde environ en fin d'après-midi. La néoprène va être de rigueur au Chandelier dans les prochaines semaines.

mardi 16 octobre 2018

Déluge sur l'Orbieu

Lundi 15 Octobre 2018
Vallées du Sou et de l'Orbieu

La date restera gravée dans beaucoup d'esprits. Les Corbières n'ont pas été en reste lors de l'évènement exceptionnel que notre département vient de vivre, beaucoup de dégâts matériels mais heureusement il n'y a pas de victimes à déplorer dans notre secteur contrairement à d'autres vallées.

Il est tombé entre 180 et 200mm en environ 5h30 sur le haut bassin du Sou, du Libre et de l'Orbieu.
Une crue-éclair nocturne...
Réveil à 5h du matin. Le voisin a 30cm d'eau dans son rez-de-chaussée, et 1m d'eau arrivant de son jardin appuie sur la porte arrière. Le ton est donné...

Rapide tour d'horizon des dégâts sur la commune, beaucoup de chemins n'existent plus...
La première vision en arrivant dans la vallée du Sou à Laroque est une voiture dans un figuier...

Heureusement le propriétaire n'est pas dedans...
Un peu en aval, l'entrée du village de Termes :


Le Sou a débordé et inondé les maisons en rive droite, le niveau est monté plus haut qu'en 2014.

Dans les gorges de Caune Pont c'est une vision dantesque malgré la petite taille du bassin versant



Pour ceux qui connaissent l'endroit, l'eau est montée jusqu'au câble de la main-courante du sentier d'accès une heure avant mon passage. Du jamais vu avec un débit d'environ 150 M3/sec.
Ici, pas de droit à l'erreur, état d'hyper-vigilance de rigueur.

La source karstique du Liadou et l'entrée du réseau de Nitable sont également en crue tout près de là, mais impossible d'y accéder.

Le Liadou (système de Nitable) se jette dans le Sou

En aval de la confluence avec l'Orbieu, la station vigicrues de St Martin bat son record de débit depuis sa création; près de 500 M3/sec !

L'Orbieu au pont en aval du Durfort
 Demi-tour car plus bas la vallée est dangereuse à parcourir en voiture avec ce débit. En aval, l'Orbieu gonflera à 1000 M3/sec à Luc. Pour comparatif, le pic de la crue du siècle sur l'Aude à Puichéric atteindra 1800 M3/sec à peu près au même moment.


Petit détour au retour par la source de Montjoi, habituellement assez longue à réagir aux crues, mais qui cette fois fait exception à la règle quelques heures à peine après le déluge. La turbidité est importante, ce qui n'est pas habituel non plus.


Vignevieille et St Pierre sont également en crue, mais le pic ne sera atteint que 10 heures environ après le pic de crue de surface.
Découverte également d'une source tiède qui n'apparait que très rarement, sur les renseignements d'une habitante de Montjoi.
Cette source limpide d'environ 18°C se situe au contact du Silurien entre la source tiède de la Sablière et la captage de Montjoi et confirme l'existence d'un aquifère profond qui subit un important "effet piston" sous la pression de l'eau rentrée subitement dans le karst.

Pour finir, deux vidéos du Sou à Caune Pont et de l'Orbieu au pont de Vignevieille en amont de la confluence avec le Sou :



Crues de l'Aude et de l'Argent-Double

Lundi 16 octobre 2018
Participants : Denis et Sophie

Comme après chaque épisode de pluie forte et continue (toute la nuit), Azille devient une île : les routes sont coupées, mais le village est préservé. D'autres n'ont pas cette chance, comme Puichéric ou Trèbes.
Vers midi, la pluie a cessé, nous prenons la route de La Redorte pour voir l'Argent-Double depuis le pont.
Au loin, le pont avant La Redorte. L'Argent-Double a débordé et passe à côté (rive g.).
Au début on croit qu'il n'y a pas beaucoup d'eau. Mais au bout, il y a plus de 60 cm avec un fort courant. Même à pied, il vaut mieux ne pas passer.


Demi-tour...Il est 12h15.

Même photo à 17h30 : l'eau a disparu, le talus de la route a été emporté.

 L'Argent-Double à 17h40. Dire que le niveau a baissé depuis ce matin...
Il y a encore une semaine, le lit était sec.


Nous traversons La Redorte pour aller voir l'Aude. On voit au passage que le canal du Midi a aussi débordé.

Cherchez l'erreur... La péniche est restée sur le quai, les herbes et roseaux pris dans son gouvernail montrent que l'eau avait tout envahi. Le restaurant voisin a de gros dégâts.

 Vu du canal, le carrefour de la minervoise. De mémoire d'habitant, l'Aude n'est jamais arrivé jusque là.
 Normalement, le fleuve est invisible, il coule à droite des grands arbres.

 A gauche, le pont vers Castelnau.
Torrent avant le pont.


 Si, si, c'est la route...

Contrairement aux apparences, le courant est fort. Deux dangers : le courant difficile à estimer, et la profondeur, invisible. 
Nous rentrons impressionnés par la puissance des crues, en pensant à ceux qui ont subi des dégâts matériels ou pire, la perte d'un proche.



vendredi 23 février 2018

Comparatif Blau


Le lendemain de la crue du Blau, Boris et Thibault qui s'occupent de la station hydro sont allés faire un jaugeage au niveau de celle-ci pour pouvoir rajouter un point de fort débit sur la courbe de tarage. Ils ont pris une photo presque au même endroit que moi la veille ce qui permet un comparatif inédit et très explicite.

22 Février
21 Février
On reconnaît l'arbre balisé en bord de clôture et l'arbre fourchu juste à gauche dans le cours d'eau. Le résultat du jaugeage donne 5,5 m3/sec +/- 1 (photo du haut). Cela montre la vitesse de la décrue, mais surtout les photos permettent d'extrapoler un peu plus le débit de pointe atteint le 21/02 au matin.
Sachant que le Blau avait une tranche d'eau de 50cm supplémentaires, que la vitesse et la largeur étaient bien supérieures, et que de plus environ 2 à 3m3/sec débordaient vers le chemin (voir post précédent), on peut affirmer sans trop de risques que la crue affichait au minimum 15m3/sec, certainement plus...
Il s'agit de valeurs égales ou supérieures à celles publiées pour Font Maure et Fontestorbes et cela va dans le sens d'une interconnexion des trois exutoires, avec le Blau en soupape supérieure.
Un monde mystérieux et fascinant, et tout un programme...


mercredi 21 février 2018

Tournée crue Pays de Sault...et surprises

Mercredi 21 Février 2018
Laurent  en solo
TPES : 5H

Ca faisait plusieurs années que ce n'était pas arrivé sur le secteur : une grosse crue hivernale que l'on doit à un front chaud stagnant plus de 36h (car bloqué dans sa progression par l'air froid présent sur l'est européen) et continuellement rabattu sur le relief pyrénéen, doublé d'un état de saturation préalable du karst.
Une combinaison explosive pour cette zone au climat océanico-montagnard, et une occasion de relevés et d'observations à ne pas manquer.

Début de la tournée par la station hydro du Blau au niveau du gué du Sourd et premiers constats :
Le Blau est sorti de son lit en amont de la station et malgré cela la station est entièrement sous l'eau, du jamais vu depuis l'installation !

Le chemin d'accès au gué est sous l'eau

Le gué du Sourd

La station de mesures, accrochée à l'arbre, est noyée. Le seuil n'est plus visible non plus

Diffluence du cours du Blau vers les champs et le chemin
La vidéo pour illustrer :

Le ton est donné; le débit du Blau est énorme, probablement supérieur à 10m3/sec sans trop prendre de risques sur l'évaluation.

Montée impatiente vers la résurgence. Pas déçu du spectacle...

Sous les porches d'entrée. No comment...

Le porche le plus haut est plein lui aussi et déborde

Vue depuis le porche principal (totalement saturé) vers l'aval



J'ai le sentiment d'être arrivé au bon moment pour observer le pic de crue : il n'y a aucun signe d'amorce de décrue sur les berges.
En descendant le cours du torrent, en rive gauche, je tombe sur une grosse sortie d'eau inconnue dans un éboulis au dessus de la rivière.

Sortie d'eau mystère
C'est quoi ce truc ? Se pourrait-il que...?
Mais bien sûr... Je suis juste à l'aplomb de la galerie du Chandelier...qui ne doit plus être fossile en ce moment ! Cette source bien planquée ne doit couler que quelques heures tous les 5 ans environ...sacré coup de bol.
Du coup, montée vers l'entrée du Chandelier pour confirmer ce fort pressentiment; et là, nouvelle surprise : malgré le froid et la neige au sol, le trou souffle !
Cette fois ça siphonne bien et pour de bon plus bas, et la montée des eaux dans le karst expulse l'air de la galerie ! Exceptionnel...

Le prochain objectif de la tournée est le trop-plein des Graviers. En effet, le but aujourd'hui est d'échantillonner un maximum de sources et pertes majeures pendant la pointe de crue pour faire en laboratoire un "instantané" crue plateau de Sault en géochimie, ce qui manque cruellement à ce jour. Nul doute que ce décryptage apportera de nouvelles et intéressantes informations sur de possibles correspondances...

Bref, descente par le sentier du maquis qui a les pieds dans l'eau au niveau de la vallée qui déborde là aussi.
Ambiance sur le sentier

Cours du Blau majestueux en sous bois

Confluence Graviers-Blau

Le trop-plein des Graviers vu du bas

Et vu depuis le sentier...


Après ce tour d'horizon dans la vallée, départ vers le plateau où le paysage change radicalement.

Les dolines de la vallée suspendue sont pleines d'eau et sous la neige

Certaines débordent vers des pertes situées plus en aval

Au loin, les crêtes du Madres subissent une tempête de glace
Echantillonnages au Rébounédou et à Coumeilles qui absorbent plusieurs centaines de litres par seconde, puis retour par Fontestorbes.

Belle crue là aussi


Fin du circuit par la source de Ginoles, dont le débit est anecdotique en comparaison des autres observations de la journée, puis bien sûr par Font Maure, dont la confluence avec l'Aude est spectaculaire...


Au niveau hydro après cette tournée, la plus grosse surprise vient du très fort débit du Blau qui semble comparable à celui de Fontestorbes et même supérieur à celui de Font Maure pour cette crue. Ceci contredit les conclusions présentées lors de la dernière réunion du comité de pilotage du projet "Sault". Il semble que le comportement des différents exutoires varie selon l'intensité et le type de crue. Nous n'aurons malheureusement pas de valeurs à comparer car la station du Blau est inexploitable. Il y a encore du pain sur la planche pour tout comprendre. Espérons que la géochimie de cette crue nous aide un peu.
Au niveau spéléo, le fonctionnement du Chandelier se précise. La perspective de pouvoir contempler des débits de cet ordre de grandeur prochainement sous terre est tout simplement terrifiante et fascinante à la fois. Une leçon d'humilité donnée par la Nature...