Samedi 8 août 2026
Participants : Marine, Vladimir (SSAPO), Andréa, Alary, Gilles
TPST : 16h / Gouffre Odon (Coume Ouarnède)
Cheminées de fée
Le gouffre Odon sur le massif de la Coume Ouarnède, découvert en 1972, est connu pour avoir permis en 1982 de réaliser la jonction entre les réseaux de la Henne Morte et Félix Trombe (respectivement 13 km et 39 km en ce temps-là) via le réseau Larrégola. La visite classique de cette cavité consiste à descendre les deux premiers puits (P52 et P48) et à penduler grâce à un rappel guidé dans le Puits des Anciens vers -120 m.
Mais le gouffre Odon comporte une partie peu fréquentée, explorée avant la découverte du réseau Larrégola, à la fin des années 70, qui se termine à -365 m.
La lecture du site de la Coume Ouarnède m'a permis de découvrir une topo de haute qualité réalisée en 2025 de l'intégralité de ce gouffre et m'a donné envie d'y aller, en bénéficiant du rééquipement qu'on fait les auteurs de cette nouvelle topo dont Sylvestre qui m'a aidé par ses infos pour préparer la sortie et que je remercie vivement.
Un gros boulot de préparation a été nécessaire, l'objectif était de rentrer l'équipement dans trois kits (plus de 600 mètres de cordes), garder un quatrième kit pour le perfo, la trousse à spits, les Pulse, les écrous de rab, et un peu de matériel personnel qui ne rentreraient pas dans les mini-kits.
La fiche d'équipement
Quelques longueurs de cordes me manquaient, je les ai découpées dans ma Pur Line de 65 mètres avec laquelle on n'a pas très envie de faire des grandes longueurs tant elle glisse.
Avant...
... après. C'est rentré !
Je récupère Alary à Carcassonne vendredi après-midi et nous roulons jusqu'au parking de la Fontaine de l'Ours. Andréa est déjà là, elle est venue directement de Toulouse, elle trépigne d'impatience pour démarrer l'apéro. 😁 Mais d'abord nous installons le bivouac à l'endroit qui nous est maintenant attitré.
L'objectif pour le lendemain est d'être parti à 8h30 du parking ; j'ai donné rendez-vous à Marine et Vladimir à 8h, ils viennent directement de Foix.
Le temps de finaliser les kits et de régler les derniers problèmes d'organisation, nous nous mettons en marche à 8h31, quel timing !
La marche d'approche se passe mieux que la fois dernière, la trace GPS fonctionne bien et nous emmène au trou en un peu plus de 50 minutes, chargés comme des bœufs en ce qui concerne Andréa, Alary et Marine qui portent les trois kits d'équipement (9,8 kg, 9,8 kg et 8,5 kg !).
C'est parti !
Le P52, c'est beau !
Deux petits ressauts plus loin, on arrive au P48 qui peut se descendre en un jet dans un grand fil d'araignée ! Gégé m'avait informé de l'existence d'un frac, effectivement je le trouve, et je fais appel à un ami (Alary) pour jouer à la balançoire afin de m'agripper à une crougne le temps de visser le premier spit (info : il existe une dév au-dessus pour se rapprocher, mais c'est moins classe).
On appréciera le fractionnement au retour quand on sera déchirés !
Un petit P9, et enfin nous attaquons le Puits des Anciens. Si l'on prend le rappel guidé, on file vers le réseau Larrégola, et si on pendule à 6 mètres du fond, on va vers notre objectif.
Ne voyant pas trop d'en haut où penduler, j'équipe là où ça me chante et je verrai si ça passe... au final il n'y a même pas de pendule à faire, on tombe sur un palier. Il est 11h40.
Le Puits des anciens
On se pose sans effort sur le palier à 6m du fond
On descend rapidement 4 petits puits et Alary reprend l'équipement. Nous arrivons au sommet du joli puits de l'Irrintzina, un P24 plein pot au départ à peine étroit.
On est dans la dolomie, c'est pourri, il faut être méfiant.
Tête de puits du P24
Départ "étroit"
Au pied de ce puits, nous tombons sur une constellation de cheminées de fées, c'est très joli.
Nous descendons le P9 qui suit immédiatement, franchissons un "petit passage" et à partir de là ce qui n'était qu'une balade de santé jusqu'à présent va prendre un caractère sportif. Pendant un très long moment, nous allons bouffer du méandre glissant, étroit, avec des oppositions et des désescalades pas toujours agréables. En regardant le plan et en constatant qu'on a fait un quart de la cavité, on se dit que si c'est comme ça jusqu'au fond, ça va être rude !
Le "petit passage"
Le méandre est entrecoupé d'un P13 au sommet duquel on fait une grosse purge, la paroi est totalement délitée. On peut remarquer à quel point on s'est bien pourris dans ce méandre.
Bonne purge
Quelques petits obstacles suivent, on teste la descente sur la Dyneema, c'était inutile de découper une corde 4 mètres qui ne resservirait pas. c'est pas pire que la Pur Line ! Et pourtant la Dyneema est neuve.
Enfin nous arrivons à ce que les grimpeurs qualifieraient de "crux" de la sortie, le P27 (puits Désiré) où il faut équiper une vire très aérienne pour le contourner.
Évidemment, qui d'autre qu'Alary pour cette mission délicate ?
Objectif : en face
La vire est équipée avec brio, certain points s'atteignent en étant dans un équilibre précaire, Alary choisit le descendeur vu que l'absence de bon pieds empêche de reculer en poignée.
Et comme si ce n'était pas assez compliqué comme ça, ce sont des goujons dont il faut récupérer à bout de bras l'écrou en place.
Le vire équipée
Il ne fait pas très chaud dans nos combis couvertes de gadoue humide, heureusement le petit actif s'enfuit par dans le P27 que nous venons de contourner, et nous arrivons maintenant dans du fossile. Il n'y a plus aucun bruit d'eau, l'humidité se fait moins ressentir, ça repose.
À 16h on passe l'ancien bivouac, Alary veut manger, je reprends l'équipement. Je pars seul, le reste de l'équipe est loin derrière et en profite pour faire des observations biospéologiques et/ou des photos. J'espère que je n'aurai pas besoin de matériel de rab ou du perfo, sinon je vais devoir attendre.
Je cavale dans le méandre fossile, ça fait plaisir d'avancer enfin vite sur le plan ! Je passe le puits du silence (P25), le P12, les goujons sont bien visibles, par contre je suis méfiant sur les AN, c'est de la dolomie je les double systématiquement aussi gros soient-ils.
La cavité est inhabituellement concrétionnée pour le massif et les concrétions sont très blanches, il faut dire qu'elles n'ont pas dû recevoir beaucoup de visites...
Les puits s'enchaînent, P10, P19, ça sent bon le fond !
Départ du P19 (puits de Perles)
J'équipe le P11 et il me manque 3 mètres pour atteindre le sol. Tant pis, je prends la C14 de l'obstacle suivant pour faire mon passage de nœuds. Alary vient d'arriver au sommet du puits, il me jette deux cordes de rab depuis le haut pour j'aille équiper l'ultime puits. Je parcours un petit actif, c'est joliment concrétionné, avec pas mal de jaune, c'est plus chaleureux que les passages dans la dolomie bien noire.
L'actif que l'on suit
En direction du dernier puits
À 17h50, l'objectif est atteint, un peu de moins de 8h après être rentrés dans le trou.
Le dernier puits
L'eau disparaît sous ce dôme de calcite à -365 m
On se réunit tous en bas, on mange un bout, on s'organise pour le déséquipement, et à 18h30 on se met en marche, non sans avoir pris la photo de groupe !
Alary effectue une très grande partie du déséquipement, c'est efficace comme d'habitude.
On est plein de boue, les mousquetons automatiques s'ouvrent difficilement, les pantins ne mordent plus, Alary se fait peur avec sa poignée fatiguée, les méandres sont toujours aussi glissants, la remontée est fastidieuse, on progresse tranquillement.
Les sorties s'échelonneront de 1h10 jusqu'à près de 2h du matin. Le retour s'effectue à peu près aussi vite qu'à l'aller, nous arrivons au parking vers 3h. On s'affaire à monter les tentes, sauf pour Andréa qui dort dans la voiture.
La nuit n'est pas très bonne pour ma part, mais j'émerge quand même à 9h30, merci les boules Quiès et la tente "fresh and black". Sur le parking c'est l'effervescence, un groupe d'une vingtaine de spéléos marseillais est présent, beaucoup de voitures de randonneurs. Andréa et Alary n'ont pas chômé, ils ont déjà dékités les 600 mètres de cordes.
On remballe et direction la rivière à Arbas pour nettoyer le matériel qui est dans un état pitoyable. Andréa nous a choisi un joli petit coin de paradis, avec un tout à l'égout qui se déverse 15 mètres en amont de l'endroit où l'on astique le matos. Super, il n'y aura plus de boue, mais plein de merde dessus à la place. 😝 Heureusement que tout passe ensuite en machine avec de la lessive...
Andréa reprend la direction de Toulouse, Marine et Vladimir celle de Foix, Alary et moi celle de Carcassonne en passant également par Foix. On apprécie la pause Mac' Do de Saint-Girons.
Mon lundi sera consacré au nettoyage et lovage des 600 mètres de cordes et Dyneema, une bonne chose de faite.
Avant...
... après
C'était une belle sortie avec équipe bien organisée. C'est l'un des trous les plus profonds de la Coume et probablement celui qui nécessite le plus d'équipement (à égalité avec le Pierre ? Je n'ai pas compté), c'est un peu plus difficile que le gouffre du Caractère du fait des méandres, mais pour moi il n'y a aucune raison que ce trou soit délaissé, il offre une belle variété de paysages souterrains.
On a la chance de l'avoir parcouru à l'étiage, il est évident qu'en période humide ce n'est probablement pas la même et qu'il faut se munir du perfo pour faire un équipement hors crue digne de ce nom car de nombreuses descentes se font assez près de l'eau.
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