dimanche 31 mai 2026

Anéantissement d'anthologie et belle première au Septuagénaire

Samedi 30 mai 2026

Participants : Rowland, Aude, Henri, Daniel C., Daniel M., Laurent, Alary

TPST : 9h / Grotte du Septuagénaire (Coume Endouce, Labastide-en-Val)

Ça y est, le jour de la première et de l'élucidation est arrivé ! Nous nous retrouvons, pour ces raisons, en nombre sur le petit parking de Coume Endouce et rejoignons le trou chargé de matériel et de caméras.
L'équipe (et n'oublions pas Daniel derrière la caméra !)
Nous nous répartissons sur les deux chantiers, celui à la Mas, et le méandre inférieur, où nous nous étions arrêtés plein vide au-dessus d'une vaste salle après quelques étroitures. L'objectif, bien sûr, est d'accéder à la suite, mais cela nécessite quelques aménagements. On ne tarde pas à se mettre au travail. Laurent tout devant se charge de "confortabiliser" la tête de puits. Je remets ici une photo et une vidéo de cette dernière avant négociation, datant du 23/05/2026 ... Au cas où...
Tête de puits vue vers le bas
Derrière, je m'occupe avec Henri d'élargir le méandre, qui bien que passable, reste sacrément pénible et encore plus quand nous devrons enfiler les baudriers. Une série de trous, trois à l'entrée du méandre, un dans un bombé plus bas et deux autres dans le poudingue là où c'est bien étroit. Entre-temps, Daniel passe pour filmer l'accès et la tête de puits. Mais au moment de remonter, il se retrouve complètement bloqué dans l'étroiture de poudingue par le matos de son baudrier emmêlé en un bazar sans nom.
C'est vraiment pas du plaisir
Heureusement, avec l'aide de Laurent, ils parviennent après une bonne dizaine de minutes à défaire quelques éléments pour permettre à Daniel de redescendre et d'ôter son baudrier. Ouf ! Une fois sauvé, nous reprenons les forages. Laurent finalise ses deux perçages, un en tête de puits et l'autre là où Daniel s'est coincé. Je n'ai pas le temps de finir de remplir mes trous qu'il est temps de se mettre à couvert. Balayés dans un nuage de poussière, nous entendons au loin un grondement pantagruélesque. Il y a dû se passer quelque chose... Henri tente de revenir sur les lieux, sans parvenir à franchir l'étroiture qui a dû se combler plus bas de quelques blocs.

Alors on se met de nouveau à couvert pour casser le côté droit de l'étroiture, présent sur la photo ci-dessus. À ça j'y ajoute le bombé. Le courant d'air aspirant permet un retour immédiat sur les lieux. Les deux trous dans l'étroit ont marchés. Mais le bombé lui n'est pas parti. Je refais le truc, mais rien. Dernier essai, rien… Alors pendent que je m'affaire à déchirer ma combinaison dans l'étroiture pour dégager quelques blocs, Laurent reperce dans le bombé. Puis je finis par passer et par rejoindre prudemment la tête de puits, quand enfin, l'image me parvient... Sidération ! Effarement ! Catatonie !!! Même ces mots n'arrivent pas à la cheville de ce qui s'est produit... En un seul perçage de 1 mètre, c'est près de 10m³ de roches qui se sont décrochées du plafond pour venir pulvériser plus bas l'ancien plancher de la salle... Le méandre suspendu que nous observions à l'horizontal sur 4 mètres est anéanti. Un bout du monstre colossal gît parmi les autres menhirs devenus plancher. Très probablement l'effet le plus important jamais obtenu en un seul perçage. Du délire !!

   
Vue horizontale (autrefois un méandre de 10cm de large) ; vue vers le bas (autrefois un plancher avec une vasque d'eau).
Allez comparer aux images du 23/05/2026...
Ces sensations fortes ont bien méritées un petit sandwich ! Alors, pendant que certains remontent se ravitailler en surface, d'autres restent sous terre faire de même. En parallèle, Daniels et Henri ouvrent un petit passage vers un laminoir concrétionné sans suite. Ils en font très rapidement le tour.

Retour sur la chantier, où nous nous affairons à envoyer tout les remblais par le diable pour de nouveau percer et élargir la chatière. Dans l'inconfort et avec le tunnelier Masdan quelques mètres au-dessus, l'ambiance est digne des tranchées, où les bombardements arrivent sans prévenir... Je profite que quartes trous soient en cours de perçage dans l'étroiture pour purger au maximum la tête de puits sans trop m'exposer.
Mais au-dessus de la tête de puits, un gros massif de calcite pourrie menace et empêche l'accès au bon caillou. Alors j'essaie de le démonter petit bout par petit bout pour pas qu'il ne me tombe dessus, mais son socle s'affaisse et il menace de basculer. Pas le choix, c'est le seul moyen de s'en défaire. En grimpant suffisamment haut dans le méandre, il m'est par chance possible de le faire basculer entre mes jambes. J'exécute précautionneusement pour ne pas partir avec lui. M'en voilà débarrassé. Encore un peu de ménage avant qu'Henri ne débarque avec la corde et le matos d'équipement. La descente est imminente, je le laisse cuisiner. En remontant j'élargis encore à la massette et au burin le méandre de poudingue, nous débarrassant d'un autre bon bloc bien gênant. Vers 15h30 nous nous équipions, et en avant la première !
C'est parti !
Descente de la première verticale de 10m, nous prenons pied sur une gigantesque trémie de gros blocs, dont une partie sont les nôtres…  Le volume est axé sud-ouest. Difficile de s'écarter de la base du puits sans corde, le vide et l'instabilité sont partout. Dessous ça plonge d'une douzaine de mètres entre les menhirs et au-dessus de nous, le plafond s'élève et une cheminée remonte d'une trentaine de mètres. En y regardant, le plafond constitué de dalles de plusieurs tonnes fracturées ne fait pas confiance, et ce encore plus quand 15 mètres au-dessus de nous, le tunnelier Masdan perce, tape et remue la matière dans son méandre. Le risque est maximal, la communication difficile, nous remontons pour faire passer le message et mettre tout le monde au courant des observations. De toute évidence, le tunnelier serait ressorti pleine paroi à 20m du sol sur des dalles menaçantes, mauvaise idée, surtout avec du monde dessous.
Vue verticale vers le plafond de la salle
Henri équipe comme il peut la prochaine verticale, la longueur de corde est limite mais ça passe. Descente de 12 mètres environ sans rien toucher car la plupart des blocs ont été déposés là il y a seulement quelques heures. À la base de la trémie, nous accédons à une galerie de 15 mètres de long au plafond plat déclive et parcouru par un fin filet d'eau.
La galerie à la base de la trémie
À son terme, il faut ramper à moitié dans l'eau pour jeter un œil dans la suite. Un passage étroit ponctuel empêche d'accéder à une autre salle de l'autre côté... En revenant un peu en arrière, nous trouvons un passage qui sera plus simple à travailler pour la prochaine fois. Mais en fouillant davantage et au détour de quelques blocs argileux sur lesquels tout le monde avait rapidement posé les yeux, un espace discret m'apparait comme passable. J'enlève le baudrier, tout le monde passe ! Ça continue ! Un autre passage bas, avec une vasque que les premiers à passer vidangent depuis l'autre côté. La galerie devient intéressante, ça s'agrandit et nous débouchons à la confluence de deux ruisseaux dans une belle galerie de 6m de large sur 3m de haut.
   
La confluence des carottes vue vers l'amont 33° NE ; la galerie qui continue en aval 200° S
Nous allons vers l'aval d'abord, c'est plus grand. La galerie débouche dans une salle au plafond qui s'élève. En rive droite, un joli massif de concrétion défend une escalade de 6 mètres. Peut-être un petit bout de galerie à trouver là-haut. La roche est une illusion en partie basse, mais je pense que ça se grimpe doucement pour toucher plus haut du meilleur caillou. À revoir... L'actif passe sous les blocs et s'enfile dans un conduit rétréci joliment cupulé : coup précis et bien ordonné en partie basse, plus chaotique et perturbé en partie haute. On y observe des débris organiques de mise en charge jusqu'à un peu plus de 2m de haut.
Massif de concrétions
Après moins d'une dizaine de mètres, on sort de l'actif par le pied d'une trémie et grimpons dans la salle terminale. Cette salle absolument fracassée est nettement traversée par le courant d'air qui filtre vers l'aval. Ce flux d'air, la profondeur estimée, les successions de changements d'azimuts et cette grosse trémie nous font doucement croire que nous nous trouvons tout proche de l'une des deux branches amont de l'affluent du Cinquantenaire... Il y a peut-être aussi une salle au-dessus de cette trémie, Henri est monté autant qu'il le pouvait mais il va falloir chercher davantage. Je ne sais par contre pas si la branche amont dans laquelle nous sommes est l'unique pourvoyeuse de l'eau qui atterrit dans l'affluent du Cinquantenaire (si l'hypothèse de cette logique se vérifie). Après l'amont, direction l'aval. Petit ramping dans le sable et on se relève dans un beau méandre de poudingue, qui s'abaisse puis se termine sur un siphon dont la profondeur est estimée à 1m, sans perspectives plus précises. Un pompage sera à tenter.
   
Le siphon tout remué (c'est à moitié du ramping dans l'eau sur 2m avant d'être au siphon) ; le méandre dans le poudingue
Il est 18h, nous avons fait le tour, c'est le moment de remonter. Vigilance sur les chutes de pierre. Étant le dernier, je purge tout ce qui est simplement posé. Remarque : l'équipement du P12 resté sur place ne permet plus de descendre, il manque des points. Le P10 de l'anéantissement reste équipé et parcourable. Je profite que tout le monde remonte pour prendre le temps de faire partir les 4 derniers trous restés en attente toute la journée. L'unique dans le bombé qui fait sa place (bloc résultant à vérifier car percé deux fois !), puis une triple entente à l'entrée du méandre qui fera son boulot en venant poliment obstruer le passage.
L'entrée du méandre (depuis le stock matos)
Je ressors du trou un peu après 19h et retrouve toute l'équipe. Ils ont entendu les deux dernières négociations depuis la surface !

Ici, la super vidéo pleine de péripéties de Daniel :

Grande journée, pleine d'émotion ! Environ 150 à 200m de première et quelques zones de doutes à lever (siphon amont, escalade des concrétions, trémie terminale). Viendra prochainement une session topographie, qui nous donnera les informations manquantes.

2 commentaires:

Daniel Constans a dit…

Bravo et merci pour ton compte rendu complet qui reflète bien l'ambiance du jour, une super journée de suspense et d'émotions. 😍

guilhem henri a dit…

Super CR. Au point que je vais m'en inspirer pour faire le miens!!!
Je crois me tromper mais une première en 'technique alpine" sur Lacamp. Dans le temps,comme disent les anciens, les quelques ressauts que nous trouvions se faisaient à l'échelle! Evidemment sans corde d'assurance!Heureusement que des partie plus dures semblent convenir aux goujons... Alary je pense que quand tu dis retour vers l'aval tu te trompe, c'est plutôt vers l'amont que l'on a rampé dans des flaques. Et ce siphon serait très intéressant à pomper vue la taille confortable du beau méandre dans les poudingues. Nous n'avons due arriver que dans un affluent et le court principal peut être de belle dimensions. Les idées sont les biens venues pour vider cette flotte ( vases communicants?)