dimanche 14 mars 2021

Mauvais sort et exorcisme par les ondes

Samedi 13/03/21

Réseau du Chandelier + Trou du Vieux Lion + Trou des Salamandres

Participants : Denis, Boris (Chandelier TPST 9h30); Steve, Dom, Clément (Salamandres TPST 1h30 et Vieux Lion TPST 5h); JLuc, Laurent (Vieux Lion TPST 6h30)


Une aube flamboyante se lève sur une de ces journées dont on sait par avance qu'elles seront riches, pour le meilleur ou pour le pire. Après plusieurs semaines de baisse des niveaux hydrologiques, il est temps de remettre le couvert pour une nouvelle tentative de communication intraterrestre Vieux Lion - Chandelier.

Tout a été préparé, discuté, planifié, et le répit météorologique atteint aujourd'hui son apogée avant une reprise annoncée des conditions hivernales.

Boris et Denis, marathoniens désormais récurrents du Chandelier, entrent sous terre à 9h30, impatients de voir si le réseau est praticable jusqu'au fond.

Une autre équipe composée de Steve, Dom et Clément, nouvelle recrue motivée du club, partent au trou des Salamandres pour familiariser Clément aux agrès et récupérer les cordes en place, avant de nous rejoindre au Vieux Lion.

JLuc et moi descendons au VL à 11h pour faire un état des lieux du tunnel après la crue et sortir quelques gamattes le cas échéant. La cavité post-crue est magnifique, propre, luisante et sèche.

Equipe de pointe Chandelier prête au départ

Dans le Chandelier, l'eau a fortement baissé et il ne faut plus nager qu'à un seul endroit, sur quelques mètres. Le III et le IV sont secs, et la vasque siphonnante ayant arrêté l'équipe à quelques centaines de mètres du fond lors de la précédente virée n'existe plus.

Le niveau d'eau a bien baissé dans les gours du I (traces de niveau max bien visibles à droite)

Progression dans le II

L'équipe de pointe ultra light atteint le terminus de l'affluent du Vieux Corbeau en un nouveau temps record, 2h45.

Pendant ce temps au Vieux Lion, avec JLuc nous avons dégagé le fond du tunnel, les effondrements ont été très limités. Il est midi vingt quand j'entends le signal d'appel, les premiers coups de marteau venant de l'autre côté du bouchon.

L'ARVA et la radio sont allumés. L'appel par les ondes reçoit une réponse fort et clair. Cris de joie des deux côtés, c'est la première fois qu'on va pouvoir communiquer autrement que par des codes au marteau.

Mais la joie est de courte durée : l'ARVA placé au début du chantier au même endroit que lors de la mesure des 8,4m refuse obstinément de descendre sous les 13m. L'espoir est encore là car il faut à présent tester le tunnel. Pourtant les choses empirent très vite : non seulement les valeurs ne diminuent pas en allant vers le fond, mais elles augmentent significativement : 30m au bout du tunnel !

La joie a laissé place à la stupeur et au silence des deux côtés. On vient de prendre une grande claque...Tout nous passe par la tête, ce sont ces p....ns d'appareils qui déconnent, ou alors l'ogre de Sault se paye notre tête, quelle haute prétention de croire qu'on pouvait ainsi l'apprivoiser. On vient de percer un tunnel de 7,5m et déplacé 10 mètres cube de sédiments en 6 séances absolument pour rien...Punition pour notre impatience !

Il faut quelques minutes pour reprendre la pleine conscience de la situation et analyser rationnellement les éléments en notre possession. On reteste la base des puits puis l'ancien fond pour se débarrasser des doutes perturbateurs, mais tout nous ramène toujours au point-clé du début du tunnel. Il ne reste que la solution du bas mais l'appareil augmente les distances quand on l'oriente vers le sol. Ces dernières baissent à l'inverse quand l'ARVA est pointé vers le haut. Un vrai casse-tête.

Heureusement il y a la liaison radio. Nous mettons en place rapidement une série de tests d'orientation synchronisée qui commence à donner des résultats. Le décryptage des signaux va durer une quarantaine de minutes mais nous parvenons in fine à déterminer précisément le point ainsi que l'angle d'attaque dans le sol. La lacune au point faible n'est plus que de 7,8m, avec une inclinaison à 60° dans une direction bien établie du sol.

Une fois de plus nous retombons sur le calcul topographique initial, au mètre près dans le calcul des dénivellations. Tout concorde à nouveau des deux côtés du chantier malgré l'improbabilité de l'emplacement de cette jonction, sous une croûte de calcite uniforme, et l'absence totale de signes observationnels. L'espoir revient, merci la radio sans qui tous ces tests auraient été impossibles...

 

La zone de jonction vue côté Chandelier

ARVA en place au niveau du bouchon (côté Chandelier)

Les renforts arrivent à ce moment-là en haut du puits. Dom demande des nouvelles. Je réponds :

- "Il y en a une bonne et une mauvaise"

- "C'est quoi la mauvaise ?"

- "On a creusé le tunnel pour rien"

- "Et la bonne ?"

- "On est vraiment trop forts en topo"

Avec les renforts il y a notre arme secrète en la personne de Steve, qui est venu pour en découdre : 

- "7,5m à creuser seulement ? C'est par où ?"

La vidéo suivante se passe de commentaires et donne un aperçu des quelques heures qui vont suivre cet échange :

L'équipe du Chandelier s'est également remotivée et creuse en remontant. Les travaux sont entrecoupés de mesures de distance à l'ARVA, qui baissent à vue d'oeil. On passe rapidement sous les 7m. Mesure suivante une heure plus tard : 6,4m... Encore une heure plus tard : 5,8m...

L'euphorie à présent a repris le dessus, cette fois on est sûrs de la tenir cette jonction...

Le travail redouble par le Chandelier

Extraction d'un verrou

Dans le puits artificiel creusé depuis le Vieux Lion, on sent les vibrations  des coups de pied de biche arrivant de dessous. Vers 15h, les piles de la radio du fond rendent l'âme, mais elles auront fait le job. Denis et Boris font demi-tour à 16h mais nous continuons encore un peu par le VL en se relayant. Clément prend ses marques avec la désobstruction, il arrive à un moment clé de l'exploration du massif.

Nous descendons encore de 80cm avant l'heure de la remontée, le puits fait environ 1,8m et la lacune n'est plus que de 5m avant la jonction, dans du terrain meuble. L'affaire de quelques sorties.

Le puits creusé en moins de quatre heures côté Vieux Lion

Avant de partir je jette un regard au "tunnel de l'impatience" qui restera comme le témoignage de la différence entre logique humaine et logique d'un karst polyphasé situé au niveau d'une faille majeure. Encore une bonne leçon !

L'histoire du jour ne s'arrête pas là. En suivant la tradition des retours de désob par le Chandelier, Boris et Denis trouvent un nouveau réseau dans le IV, 15 m en diaclase puis obstacle à équiper avant...un grand vide avec perte de faisceau lumineux à 20 ou 30m. Peut être un fossile...

Puis en suivant la logique du grondement sourd entendu pendant la crue, à la charnière III - IV, la visite du passage en question s'arrête sur un bon trou souffleur, semblant s'élargir ensuite. Le Blau ?

Le IV regorge de suites à explorer, et il sera bientôt accessible en 30mn. Tiens,on est à nouveau impatients !

Traditionnel débriefing nocturne à la sortie du Chandelier, détente, rigolade et convivialité après ces heures sous tension. Le genre de moment qui soude pour de bon une équipe...

15 commentaires:

masdan a dit…

Mais c'est du très bon tout ça,excellent !

riton a dit…

C'est un peu logique vus la lacune en altitude qui posait question...
Bonne nouvelle aussi pour cette suite dans le 4. C'était bizarre que ce fossile ne ce poursuive pas.
Impressionnant l'excavateur en action!!!

masdan a dit…

Bon, je suis un pro . Charpentier, coffreur, étayeur, menuisier pour la galerie.... Dans vôtre nouveau puits avez vous une paroi d'un côté ? Creuser 6 -7 m dans du remblais : ça craint effondrement et estoufadou... Donc... un camp dans le Chandelier pour désober par le bas et évacuation illimitée et juste un pélucre en haut pour confirmer les bruits.... Si non il faut bricoler un coffrage tube avec parties parcellaires à assembler sur place... ♪♫♪.

riton a dit…

Daniel, j'avais exactement les mêmes interrogations: en quoi sont faites les parois de ce puits artificiel!Il y a donc un sacré bouchon au fond du Lion. Et est ce que l'actif temporaire que j'avais travaillé avec Jean Michel, dans du dur, a été testé?

masdan a dit…

P.S j'ai insisté pour que Riton soit de cette partie... J'aimerais que cet épisode lagunaire de mon ami Henri s'achève, lui qui est le plus ancien actif de la spéléologie audoise, et du spéléo club de l’Aude. Certes il y a presque aussi vieux : Christophe Bès, mais il n'est plus au SCa, Rieussec et Alphonse Benne mais inactifs depuis bien longtemps, moi même ,mais j'ai débuté la spéléo dans le Gard à 12 ans il y a si longtemps .... Carpe Diem , Esprit d'équipe, rêvez les réseaux et, explorez les
.

Thierry bonnel a dit…

Bravo ! les affaires reprennent pour de nouveaux épisodes...saison 2021

Félix a dit…

Alors là, c'est une sacré surprise. Je ne m'attendais vraiment pas que la suite soit quasiment à la verticale dans un plancher slagmitique.

En tout cas beau travail, d'avoir d'une part réussi à localiser l'endroit et la direction de la suite (du coup, vous creusez juste devant le départ du tunnel, c'est ça?) et d'autre part, d'avoir autant avancé en une séance (1.8m + le bout coté chandelier).

Du coup, vous gérez comment la petite arrivée d'eau qui vient du tunnel de l'impatience? Ça coule dans le puits artificiel? Si oui, la prochaine séance risque d'être bien mouillée, par contre avec un peu de chance ça finira par s'infiltrer et faire le travail à notre place.

PS : @Laurent : pour les photos de situations, si tu arrives à les prendre de plus loin (quitte à ce que ce soit par exemple du milieu du puits), je pense que ce sera plus facile pour ceux qui ne sont pas présent de visualiser où c'est. Mais à part ça, très bon compte rendu, merci!

laurent a dit…

Salut Félix,
Le passage est juste à gauche du début du tunnel, où j'avais laissé une niche pour la grenouille. La demi-circonférence est donc une paroi en place que l'on suit en descendant. On peut même y installer un balancier pour plus de facilité. J'ai creusé un chenal à droite pour dévier l'actif du tunnel vers l'ancien fond, mais en cas d'activité de l'arrivée des puits on ne pourra pas éviter l'eau facilement.

Sur l'emplacement, il est maintenant clair qu'à l'origine, les puits du VL tombaient directement dans la galerie du Vieux Corbeau. La tectonique post-karstification (faille de l'Etreuil ou de Picaussel-Pierre Lys) a ensuite décalé la galerie, coupant la voie de l'évacuation aux sédiments issus des pertes. Des mètres d'alluvions se sont accumulés en bas du dernier puits jusqu'à l'activation d'un déversoir plus haut (le fond où travaille souvent JMichel). La calcite a scellé ensuite le sol lors d'une phase moins active, rendant absolument indétectable cette histoire ancienne sans les moyens radio...

Etienne a dit…

Que de belles perspectives ! Bravo pour cette avancée. Champagne au frais ! Pour la jonction cuvée premium, pour la rivière cuvée prestige ;-) J'espère que je serai là pour la première traversée !

riton a dit…

Rectification du commentaire de Daniel, et même si tout le monde s'en fout (et c'est tant mieux!), le plus ancien (c'est plus joli que "vieux")spéléo encore en activité est Chistophe Bés, et pas votre serviteur....

jean michel a dit…

" des âmes bien nées, avec pioche sciée,
vont vite jonctionner"....( le Cid acte3 scène 6)

riton a dit…

Qui dans l'affaire qui est Don Sanche et qui est Rodrigue, mon cher Corneille?
De toute façon Rodrigue épouse Chimène! Et une Chimène, il n'y en a pas chez nous!!!!Des chimères par contre, des fois l'on cours après!!!

masdan a dit…

Qui atteindra l'Urgonien sous le plateau ne sera pas venu pour rien,....

Thierry bonnel a dit…

Même en surface l'urgonien n'est jamais bien loin..!

masdan a dit…

300m d'épaisseur et plusieurs kilomètres de long...♪♫♪.