Aujourd'hui, une visite soigneusement organisée par Felix, qui a pris contact avec le CDS26 pour avoir l'autorisation de visiter La Luire qui est une cavité aménagée.
Nous arrivons pour l'ouverture au public, à 10h du matin et nous nous équipons. L'accueil du personnel est excellent et nous nous sentons bienvenus, c'est agréable. Un point original, nous allons descendre à -200 grâce à des échelles en place. La descente se fait au descendeur, les pieds sur les côtés de l'échelle pour se guider. La cavité étant immense, nous décidons de visiter la partie aval (réservant la partie amont pour une autre fois).
Une fois en bas, nous cherchons le cheminement qui part vers l'aval. Après une fausse piste, nous retournons au bas des échelles et utilisons la boussole. Une fois dans la bonne galerie, il n'y a plus de difficulté de repérage.
Les galeries s'enchaînent, toutes de vaste proportions. Nous passons plusieurs parties aquatiques, la pendeloque, de l'eau jaillissant du plafond, une belle conduite forcée et enfin nous arrivons sur des pentes argileuses et raides qui nous amènent au siphon terminal à -311.
Le retour est rapide, la remontée facilitée par les échelles. En arrivant dans la partie touristique, le guide nous dit de remonter et nous sommes un peu une attraction aux yeux du groupe de touriste présent.
⁕ Compte rendu de longueur proportionnelle à la profondeur atteinte lors de la sortie ⁕
— Ce pourquoi nous sommes tous venus, le Gouffre Berger, le premier -1000 au monde...—
La veille, nous discutions de la possibilité de descendre dans le gouffre le lendemain. Après l'avis de Rémy, les voyants sont au vert. Félix nous propose alors un briefing post-briefing officiel afin de discuter de différents points (objectif, matos, organisation...). L'idée est la suivante: Vincent et Jean-Michel ont pour objectif maximal, la cote -660, correspondant au Vestiaire. Clément, Félix et moi-même, avons pour objectif la cote -1100, soit, le point le plus bas accessible en restant sec. En amont, Félix a rassemblé un tas de documents, dont un bien utile pour nous situer sous terre en fonction de notre timing (savoir si on va mettre plus ou moins de 21h à faire l'aller / retour...). Suite au briefing officiel, nous nous inscrivons. Départ prévu à 8h15 du parking de la Moliere. Avec nous, descendrons ce jour une quinzaine d'autres personnes, de nationalités différentes, à des horaires différents, correspondants à leurs différents objectifs... Une fois cela fait, nous préparons nos sacs. Très important de ne rien oublier !! Alors nous comptons les bouteilles d'eau, la nourriture, estimons notre besoin en eau, en chaleur, en lumière et passons en revue le matos avec une check-list, pour être au top du top ! Quand certains prévoient 8L d'eau (une partie sera déposée à la descente) et un t-shirt manche longue, d'autres se contentent de 4L mais de vêtements supplémentaires ! Autre point important, l'eau sous terre est absolument déconseillée à la consommation (sauf au Vagin, avec filtration et traitement). En surface, le plateau est peuplé de moutons, et sous terre, la fréquentation et la pollution n'arrangent pas les choses. Évidemment, nous adaptons nos sacs, à nos besoins (du moins, on essaie). Finalement, nous parvenons à quelque chose de correct, combinant matos spéléo et rando pour la marche d'approche. Nous chargeons tout ça en voiture, en priant de ne rien avoir oublié, et au lit ! (après un excellent repas).
Réveille à 6h20, dans la brume, et en route pour la Moliere. La petite route qui monte entre les pistes de ski est le lieu de villégiature de vaches un peu maladroites, fans de carrosserie. Le parking est atteint, toujours dans la brume. Nous nous mettons en marche pour 3km de rando.
Ambiance
Une heure plus tard, le soleil apparaît, et l'entrée du trou aussi. Un abri léger est en place, protégeant les affaires laissées dehors, et le carnet d'enregistrement.
Abord du gouffre
Entrée du gouffre
On passe alors de randonneur à spéléo, en enfilant notre matos. Pas faute d'avoir essayé de ne rien oublier, je me rends compte que je n'ai pas pris mes gants (4 paires restées au camp...), heureusement, Clément en a une à me dépanner, ça fera l'affaire ! Petite photo de groupe devant l'entrée, et attention au départ ! Mais à ce même instant, Jean-Michel se rend compte qu'il n'a pas son descendeur, et Félix n'est pas vraiment chaud pour faire le berger au demi-cabestan... C'est donc partie remise pour Jean-Michel et Vincent, qui descendront le lendemain. C'est alors à trois que nous appréhenderons le gouffre. Dès les premières cordes, nous constatons les traces d'usures aux endroits clés. Les puits du début sont des plus classiques, jusqu'au puits du Cairn à -85.
Le Cairn
On dépose un peu d'eau (comme beaucoup d'autres l'ont déjà fait), et on s'engage dans le méandre. La première portion, la plus longue, doit faire dans les 250m, et est ponctuée de main courante, de passage aérien sans corde, de poutres de bois en guise de marche et d'obstacles plus ou moins contraignants. En le parcourant, je me rends compte que ces quelques mètres ici et là non équipés, glissants et plutôt dangereux compte tenu du vide sous-jacent, seront une véritable épreuve mentale au retour... Dans le méandre, nous croisons un groupe de la veille, qui remonte avec fatigue. En sortant de là, deux beaux puits nous attendent.
Garby ? Gontard ?
Puis de nouveau une petite portion de méandre, plus chiante, mais moins aérienne, qui donne sur le puits Aldo, et enfin, nous arrivons dans le collecteur principal, les grandes galeries du Gouffre Berger, à -250. Je laisse les belles images de Vincent et Jean-Michel pour leur compte rendu, ici, ce sera des photos floues et des vidéos où l'on ne voit rien... Tiens ! En voilà d'ailleurs une !
Nous crapahutons longuement dans la galerie principale, estomaqués par la taille des galeries, retombant de temps à autre sur l'actif, quelques concrétions, ou un petit bout de corde. Niveau timing, il semblerait que nous ayons 15 minutes de retard comparé à la fiche indicatrice dénichée par Félix. Ça donne une idée de la progression, mais ce n'est pas une feuille de route non plus ! Rien d'inquiétant donc. Nous traversons le Grand Éboulis (ressemblant à tous les autres éboulis) et arrivons au camp de -494, juste avant la Salle des Treize. Nous croisons au passage quelques âmes errantes.
Camp -494
Et finalement, nous nous retrouvons dans la Salle des Treize. Joliment concrétionné de grands gours, et de très massives stalagmites. Le tout est malheureusement un peu sec, et revêt une couche de passage laissant un aspect sale. Tant que j'y pense, j'ai vraiment trouvé le gouffre plutôt sale, il y a, dans les grandes salles, des vidanges de carbure absolument partout, et régulièrement, on tombe sur des coins WC désagréables. Vestige des explorations ! Un autre aspect, c'est la fréquentation du gouffre. Pas un seul endroit dans les grandes galeries n'a été épargné par le piétinement, y compris sur les gours. Tout revêt alors un aspect de sol. Bien heureusement, l'eau se charge de nettoyer les concrétions, et d'énormes sessions d'extraction des déchets sont organisées, les visiteurs sont encouragés à remonter avec eux, les déchets qu'ils trouvent dans le gouffre. Il devient presque difficile de trouver des déchets solides ! Quoi qu'il en soit, nous passons la magnifique Salle des Treize, et le Balcon.
Échantillon de la salle
Devant nous, siège bruyamment le Vagin. Très intéressante concrétion dans sa forme et sa nature. Ce point représente le seul endroit où il nous est conseillé de se ravitailler en eau (avec filtration au minimum). Et ce n'est pas la puissance de la chose qui manque, l'eau à tendance à arracher les bouteilles placées sous sa chute.
Petit à petit, nous nous approchons du Vestiaire, et du début des Coufinades, très longue main courante au-dessus de l'eau, entourée de fistuleuses magnifiques, le tout dans des volumes réduits. Mais avant ça, rapide collation !
Au début des Coufinades, nous marchons dans l'eau basse pour rejoindre les cordes. Seulement, en manœuvrant, Clément se déséquilibre et finit à l'eau, presque entièrement trempé ! Heureusement, les longues mains courantes sont là pour se réchauffer.
Dans les Coufinades
Salle des Coufinades
Suite à ça, nous arrivons dans le Réseau des Cascades, une zone bien intéressante, où se présentent nos premiers rappels guidés, et notre première grande cascade. La plus imposante de la zone est la Cascade Claudine, 17m de haut, départ sur une barre d'acier mouvante ! Les rappels guidés sont surprenamment agréables ! Vu depuis le haut.
Vu depuis le bas. Ensuite, vient la Salle Eymas, et le Grand Canyon. C'est un énorme plan incliné ébouleux avec un véritable canyon d'un côté. Nous descendons à l'aide de plusieurs cordes courant au sol, c'est très glissant et raide, le vide n'est pas bien loin. Le volume de la salle est ridiculement immense.
Au pied de cette dernière, vers -860, nous passons à côté du Camp sans vraiment le voir et arrivons dans la Salle des huit, puis sur une succession de grandes cascades, dont la dernière est la plus grande, dans le Puits de l'Ouragan, qui porte bien son nom ! Quelques vidéos des cascades dans l'ordre de la descente.
Ces cascades sont suivies d'un passage bas, qui shunt un siphon, et qui redonne dans l'actif avec ses cascades.
Petite porte
Au détour de l'une d'entre elles vers -900, sur l'avant-dernière cascade, est en place une plaquette aux dimensions impressionnantes.
Irréprochable ??
Et naturellement, nous arrivons sur la dernière cascade, l'Ouragan. Cette énorme cascade, la plus grande, s'ouvre dans un P44, et chute avec violence, créant l'atmosphère d'un ouragan, mêlant vent et pluie ! Juste en dessous, une vidéo durant la descente.
Juste au-dessus, une vidéo au pied de la cascade. Désormais, nous avons juste à marcher dans les blocs suivant une grande salle, pour rejoindre la cote -1000. À ce niveau là, de grandes quantités d'eau sortent sous pression du mur de droite, expulsées vers le haut, et vers le bas, longeant une cassure multiple sur quelques mètres de long. C'est effrayant d'imaginer ce qu'il peut y avoir derrière ! Vers -1075, nous tombons sur un petit lac, avec la cascade de l'Affluent -1000 qui se jette dedans. Nous continuons à descendre pour atteindre notre terminus à -1100m de profondeur, après 6h30 de descente. Objectif atteint !!
Vu vers la suite
La suite aquatique, nécessite de se mouiller au moins jusqu'à la taille. J'essaie quand même de sonder quelques blocs dans l'eau, de tester quelques oppositions, petits pas d'escalades sur le côté droit. Mais hormis se faire mal, finir tremper, ou que s'ai-je, il n'y a de toute manière pas grand-chose à voir plus loin, si ce n'est le siphon 1, à -1122... Niveau timing, nous avons largement rattrapé nos 15 minutes de retard indicatif du début, et touchons donc le fond vers 16h30. Les prévisions horaires pour la remonter sont estimées au double du temps de descente, nous ne sommes donc même pas à la moitié du temps de la sortie, autant dire qu'il ne faut pas être pressé de ressortir !!
Un peu avant 17h, rapide gouté, et demi-tour pour entamer l'ascension. En bas il y a quelques groupes, et on croise régulièrement du monde sur le chemin. Jusqu'à présent, je n'ai quasiment pas bu d'eau, et pas vraiment eu chaud non plus, en comparaison à Félix et Clément, bien plus bouillant ! En parallèle de la remontée, je dégaine mon solide sac-poubelle pour y caser toute sorte de déchets que je déniche, câbles électriques, conserves, piles, cordes, plastique, barreau d'échelle... En fouillant bien dans la rivière, sous d'énormes blocs, est prisonnière une échelle rigide et d'énormes paquets de cordes déchiquetés, comment cette échelle s'est-elle mise ici ?? Elle est inextricable... Malgré la montée et les couches de vêtements, je me refroidis, j'enfile donc ma polaire, que je garderais finalement jusqu'à dehors...
Arriver à un moment, je prends un peu d'avance sur mes collègues, et arrive au pied d'une cascade avec deux rappels guidés. Il y a de la lumière, donc, quelqu'un. Et effectivement, je tombe sur un type. Un type seul coincé sur la corde de guidage pour la poulie, la longe courte bloqué contre le pantin et le croll, avec la poignée hors de portée. En lui demandant ce qu'il fabrique et si ça va bien, il me répond dans un anglais étranger "it's ok, it's ok", hors, je vois très bien que it's not going at all... Heureusement, il était en cochon pendu à 1m70 du sol, suffisamment bas pour que je puisse le soulever assez, afin qu'il soit capable de déclipser ses bloqueurs un par un, et revenir au sol. Qui sait depuis combien de temps il était pendu là ! Je lui explique alors la manœuvre de la remonter avec corde guider, voyant qu'il n'a pas de poulie, pourtant obligatoire pour s'aventurer dans cette zone... (l'utilisation des longes est interdite pour ne pas user trop rapidement les cordes). Mais mes explications ne semblent être d'aucun effet, devant son hésitante réponse "yes i know". Du coup, je monte. Félix et Clément ne tardent pas à arriver. Pendent ce temps, le gars commence à monter, cette fois si sur la bonne corde, mais sans le guidage, causant donc de très nombreux frottements partout sur la corde... Félix tente de lui expliquer, sans succès... Au second guidage, il se longe dans la corde de guidage (pas le choix, sans poulie. Ou peut être en bricolant un truc avec le descendeur...). Après ça, j'arrive en haut du puits, pas au bout de mes surprises, car quelques mètres devant moi, sur la main courante, j'aperçois un étrange raboutage de pédales, poulies, et autres ficelles... en place pour descendre 3m plus bas dans l'actif. À l'origine de cette manœuvre, deux personnes silencieuses, dont une sortante de l'eau entièrement tremper... Je me demande bien pourquoi... (une chute ? perte de matos ? la réponse arrivera plus tard). Sur la deuxième personne, je remarque quelque chose d'intéressant, ses longes sont faites en sangles... en sangles dynamiques ?? Le temps que cela se passe, Félix me rejoint, suivi de Clément. Cela va sans dire que la situation est étrangement inquiétante...
Nous faisons une pause repas en haut du Grand Canyon vers 20h, et nous reprenons la route. De temps en temps, nous croisons encore quelques groupes qui descendent... Cela fait de très longues heures que nous évoluons dans le bruit assourdissant de l'eau qui cascade partout, et je commence sérieusement à être fourbu de ce bruit, qui me fait physiquement mal aux oreilles... Alors j'avance, pour rejoindre un endroit calme, que je trouve après la salle des Coufinades, et ça fait un bien fou !! Sur la sortie des Coufinades, nous tombons sur un groupe de Français, et c'est l'un d'eux qui a pris un bain pour pouvoir récupérer sa poignée tombé à l'eau. Point positif, ils sont ensemble et équipés. Je crois même qu'ils prévoient de dormir un peu sur un des camps (CAF Nancy ?). En besoin d'eau, j'en profite pour leur donner 650g d'eau, qui me sont inutiles. Pour ce qui est du gars sans poulie, et du gars en longe de sangles, nous n'avons aucune idée de leur appartenance à un groupe sous terre, étant donné qu'ils remontent seuls (où à minima, bien trop éloignée les uns des autres, s'ils forment un groupe). À certains moments, nous pensions que certaines de ces personnes seules souhaitaient remonter en suivant notre groupe, mais sans rien dire, et finissant tôt ou tard par nous dépasser ou nous abandonner, et disparaître... Stratégie étagée disons.
Vers 22h, nous nous retrouvons seuls, plus personne ne descend, et les autres groupes sont loin derrière nous. Les obstacles et les gigantesques salles s'enchainent, la fatigue s'accumule, mon sac de déchet est de plus en plus lourd, et mes bouteilles d'eau ne se vident pas. Minuit passé, nous arrivons à la base des puits, vers -256. Malgré les puits, j'ai du mal à me réchauffer, surtout au moment de ce qui précède le méandre, où j'ai un peu d'attente. La roche froide en contact avec le corps n'aide pas. Le méandre, d'ailleurs, demande une attention particulière, car pas mal d'endroits sont notablement exposés et non équipés, puis ce, cumulé aux prises patinées glissantes et à la fatigue importante, a de quoi mettre quelques coups de pression. Je ne tarde pas trop dans ce dernier.
En arrivant au pied du puits du Cairn à -85, j'entame des tours de salles à répétition et quelques autres exercices pour limiter l'action du froid en attendant Clément et Félix. Au moment où ils débarquent, les deux cordes du puits suivant sont déjà libres. Ils en restent quelques-uns ensuite, que j'enchaine sans attendre, pour ainsi arriver dehors sur les coups de 4h du matin. Clément et Félix me retrouveront 20 minutes après. Si je comptabilise, j'ai dû boire moins de 1,5L d'eau au total... Et mon sac de déchets pèse environ 2,5kg. Niveau timing, nous avons pratiquement 3h d'avance sur notre fiche indicative... Mais pour autant, 18h30 sous terre non-stop nous semble déjà bien suffisant ! Nous inscrivons notre heure de sortie sur le carnet, nous sommes le deuxième groupe sur sept à être ressorti, et nous nous préparons pour les 3km de marche retour direction le parking.
Le carnet, 4h25
Très rapidement, la fatigue nous prend, et nous avançons en pilote automatique, comme zombifiés. Les quelques pauses faites au bord du chemin auraient dangereusement pu nous faire partir dans un sommeil mérité. Je n'avais, dans mes plus lointains souvenirs, jamais ressenti un état de fatigue aussi fort avant ça... Nous aurions littéralement pu nous endormir sur n'importe quoi... L'heure nécessaire à l'aller pour rejoindre le gouffre, s'est transformée en 2 longues heures de marches, mais qui pour autant, ont paru passer à une vitesse folle. Le jour se lève, et comme après une nuit de sommeil, nous nous réveillons aussi, passant du somnambulisme aggravé, à l'éveil semi conscient.
5h50
Nous croisons, au passage, un groupe en route pour le gouffre. Ils ont oublié leur topo, alors Félix leur fournit un exemplaire. Nous quittons le sous-bois et arrivons sur la plaine, le matin est là, la brume disparu a laisser place à un sublime paysage, véritable bouquet final de cette sortie.
6h30
En approchant du parking, nous voyons Jean-Michel et Vincent arriver en force, pile au moment où nous rejoignons la voiture ! Le timing parfait ! Ils souhaitent entrer tôt dans le gouffre, car il y a du monde de prévu aujourd'hui. Bonne chance l'équipe !! Nous chargeons notre matos dans la voiture, direction le Camp Berger. Après 40 minutes de voiture, ça y est, la fin de notre aventure ! Direction le lit pour certains, et pour ma part, une bonne douche chaude, suivie d'un petit déjeuner (je crois...). La journée déjà avancée, Félix et Clément restent au camp, essayant de dormir du mieux qu'ils peuvent. De mon côté, je pars me balader en forêt, près de petits lacs, avant de trouver un endroit où siester au calme et au frais quelque temps...
Un grand bravo à Clément et Félix (à moi aussi ?), car on a beau dire que c'est un -1000 facile, il n'en reste pas moins une sacrée épreuve !
Un grand merci aussi à l'organisation du Camp Berger, sans qui l'occasion de descendre là-dedans aurait été une autre paire de manche...
Ça nous fait quand même une belle coche spéléologique !
Peut-être à l'année prochaine, on sait jamais !
Le camp n'est pas fini pour autant, et nous avons encore quelques grottes à aller visiter pour profiter du sous-sol du Vercors...
TPST : 1 h 15 / Grotte Roche, gorges de la Bourne, Vercors
Après la belle sortie de la veille à Gournier, nous nous levons plus tard et décidons de faire une micro sortie cool l'après-midi possiblement suivie d'un barbotage dans la rivière de la Bourne.
Nous ne sommes que quatre, Clément n'ayant pas eu l'élan de se joindre à nous.
Un beau porche s'ouvre sur une grande galerie d'où l'eau s'écoule vers la Bourne…
Derrière le premier éboulis s'enchaînent quelques sales et passages étroits amusants… lesdites salles étant parsemées de concrétions magnifiques et préservées malgré la fréquentation.
… c'est un endroit de choix pour les
pros (nous en croisons deux), Alary faisant découvrir un "gros"
colembole à une petite troupe d'enfants en colo.
Nous retrouverons d'ailleurs vers la fin l'un des BE transformé en surveillant devant un "bac à sable" qui fait, c'est certain, un chouette toboggan !
Au bout un bien jolie salle surplombée d'une échelle donne sur une étroiture qui débouche sur une suite de galeries "à ramper" réputées labyrinthiques.
… Les premiers mètres donnent le ton et débouchent sur un carrefour de boyaux tout aussi étroits qui laissent présager un ramping d'une durée inconnue… et même si le labyrinthe ne semble pas très grand, la perspective du Berger le lendemain invite à préserver ses forces. 😁
A la sortie la Bourne nous attend pour mettre au pire les pieds dans l'eau ou plus quand affinité.
Alary en profitant, bien sûr, pour se faire des copines araignées ! 💘
Nous profitons de l'organisation du Camp Berger pour y rester une semaine et profiter des cavités environnantes. Notre première sortie se dirige vers la Grotte de Gournier, avec comme idée, de faire une longue sortie en poussant le plus loin possible dans la rivière.
Nous arrivons au parking de la Grotte de Choranche, où nous passons l'accueil lourdement chargé direction Gournier. La marche d'approche est agréable, en sous bois.
Partie touristique
Enfin, nous atteignons le porche d'entrée et le lac. Le temps de se changer et de mettre en place le bateau, un autre groupe arrive et se met directement à l'eau pour passer à la nage. Chacun sa technique, nous préférons cheminer sans les néoprènes dans la partie sèche.
Un petit bain pour les autres
Ça flotte !
Vers 11h, le lac magnifique est franchi, nous enchainons sur une main courante équipée en fixe et doublée par le groupe de devant. En arrivant sur la fin de la MC, nous passons derrière une coulée, et la température change très brusquement. C'est parti pour 1,1km de grande galerie concrétionnée pour rejoindre l'accès n°2 de la rivière.
Première pose
Un peu avant 13h, nous trouvons l'accès n°2. Petit repas, enfilage des néoprènes et stockage du matériel sensible dans des contenants étanches. Au départ, nous nous mouillons que jusqu'à la taille, mais le premier vrai bain arrive rapidement, et il faut dire que ça rafraîchit !! Le cheminement est logique et ludique, agrémenté de bassines, rapides et petites cascades. Jusque-là, nous n'avons rien eu à équiper, le groupe d'avant s'en est chargé. Nous les croisons d'ailleurs au pied de la cascade de 12m, où ils redescendent en déséquipant. Cette cascade est infranchissable en crue.
Les passages en escalade sont tous équipés de gros marchons inox et de broches. Nous devons alors équiper la montée, j'y vais et Félix m'assure, c'est très amusant. En haut, la mc qui suit est équipée en fixe, et propose de grandes oppositions au-dessus de la cascade, très chouettes. Vers 15h30, nous arrivons à la salle Chevalier, une gigantesque salle labyrinthique par ses nombreux passages. Nous tournons un peu avant de localiser la montée dans une trémie, suivie d'une longue main courante montante et zigzagante. À son presque sommet, une corde longeant une cascade permet d'accéder à la suite.
Vidéo du conduit au sommet de la salle Chevalier.
Attention noyade !!!
Après ça, nous passons un large boyau et enchainons plusieurs cordes remontantes, pour arriver à notre terminus, quelque part vers la salle Gathier, et quelques pas avant le Siphon +267.
Notre terminus
Il est 17h, nous faisons demi-tour. La descente est encore plus amusante que la montée, c'est presque que du plaisir ! Une fois passée la cascade de 12m, sur le retour, nous devons équiper quelques autres passages pour descendre, le groupe d'avant nous ayant évidemment récupéré son matos.
Nous quittons l'eau vers 19h30 pour retrouver le fossile. Encore quelques images ici et là, puis nous scindons le groupe en deux, afin que les plus rapides prennent de l'avance pour équiper la main courante d'accès au lac d'entrée.
Encore des gours
Finalement, la mc d'entrée est équipée avec une corde, probablement laisser comme tell par les BE qui font visiter la rivière (les marchons inox c'est probablement eux aussi). Le reste du groupe nous rejoint une vingtaine de minutes plus tard, juste à l'heure pour le départ du ferry du Lac Gournier.
Arrivé du ferry
Tout le monde est dehors un peu avant 22h. Nous transportons notre bazar comme nous pouvons jusqu'à la voiture. Très belle sortie, qualifiable d'incontournable dans le secteur !
Une belle journée d'aventures comme on les aime, avec du suspense, de l'espoir, quelques doutes, des blocages, des solutions, et un final en apothéose.
Nous sentions quelque chose approcher depuis les deux dernières sorties...
La veille au soir, message de Boris qui se joint à nous. Connaissant sa fonction de porte chance habituelle, l'humeur est à l'optimisme...
Nous passons la demi-journée à ouvrir le passage vers la suite entrevue dimanche dernier. Vers 14h30, la porte virtuelle s'ouvre après un dernier ballet de gamattes.
C'est plus grand dessous que ce que nous avions pu voir, ça descend, c'est propre...Henri devant jubile : un premier ressaut, puis arrêt sur un puits d'une dizaine de mètres. A ce niveau arrive une branche depuis le dessous de la vallée : c'est le ruisseau issu de la perte, aujourd'hui à sec. En temps normal, quelques litres/secondes doivent passer par là et se jeter dans le puits...
Premier ressaut, la tête de puits est devant...
Vestige de coulée, en grande partie dissoute
Problème, la tête de puits est défendue par un pont de blocs assez monstrueux et on a pas trop envie de bouleverser l'équilibre local. On pourrait descendre en équipant mais avec ça sur la tête c'est moyen...
Nous cherchons un moyen de shunter l'obstacle et Boris s'insinue dans un petit passage descendant donnant sur une horizontale de quelques mètres. Ca continue mais l'étroiture suivante ne laisse passer que les plus minces, Boris et Henri. Avec JLuc, nous tentons d'élargir pendant qu'en dessous on entend remonter des expressions de joie... Le puits au sommet craignos est shunté ! Sans cordes ! Et ça continue...
Finalement nous parvenons à bouger le menhir restreignant le passage-clé : nous allons pouvoir continuer l'explo avec l'équipe au complet.
Des branches latérales apparaissent mais nous allons au plus évident, un nouveau ressaut avec une salle en dessous.
Ensuite c'est de mieux en mieux, ça continue à descendre et un important écho commence à nous revenir. De belles formes de creusement apparaissent également...
Ressaut en désescalade
Suite évidente, quelques blocs à bouger et ça passe...
Encore un vestige de plancher, calcite ancienne et galets de schistes
Restes de coulée ancienne...
Formes de creusement enthousiasmantes, il y a eu un paquet d'eau...
De fil en aiguille nous débouchons dans le volume à l'origine de la résonance, un bonne quinzaine de mètres de large, totalement inhabituel sous le Mouthoumet, de plus dans un calcaire dolomitique... J'imagine à peine le vacarme de l'eau dévalant les pentes en temps normal dans ce vide souterrain !
Nous sommes stoppés sur un balcon avec une vue plongeante sur la suite : un grosse galerie déclive sur une vingtaine de mètres au moins et un massif de concrétions en bas. C'est du lourd mais la caméra est restée plus haut... Nous repérons un passage en main courante suivi d'un ressaut à équiper pour atteindre cette galerie, ce sera pour la prochaine explo...
Au total nous devons être en vue d'une cote -50 sous la vallée, et pas encore de socle schisteux alors qu'il est tout proche en surface : une faille avec un joli rejet passe donc par ici.
Niveau orientation, impossible pour le moment de connaitre la direction prise car nous avons tourné plusieurs fois. Une fois ressortis, nous doutons de ce que nous venons de voir tellement le massif nous a habitués à l'âpreté jusqu'ici... Vu le potentiel, nous consacrerons la prochaine journée à un calibrage en règle des passages étroits du shunt et à l'équipement des obstacles verticaux.
Bref, une journée à marquer d'une pierre blanche et la confirmation du statut de porte-bonheur de Boris. Une pensée également pour Alary, absent aujourd'hui, et qui a bossé sur pratiquement toutes les sorties de désobstruction (7). Nous espérons que la nouvelle page d'exploration du massif qui est en train de s'ouvrir sera des plus riches !
samedi 10 août 2024
Vendredi 9 Aout 2024: Trou du buis, St Pancrasse
La gymnastique de l'été au frais.
Retour pour une séance taupinière avec Daniel M et Léo Escande. Avancée de plus de 3m dans un coude à droite et remontant. Une paille très efficace de Léo qui nous demande d'évacuer une ancienne lame digne d'un menhir de Carnac...Dans des contorsion et des reculades épuisantes j'arrive presque en haut d'un genre de tobbogan. Toujours très ventilé et semblant buter sur des concrétions. Pas le vide susjacent espéré. Il vas falloir s'armer de patiente. Daniel via son anémométre- thermomètre est optimiste, car il pense que cet air viens de loin. Le ruisseau est totalement asséche.En étant légérement plus nombreux l'on pourrais s'affranchir de la technique des sacs et ça irais plus vite...Et le clou de la journée c'est le déterrement de 2 pièges (à renads?) ne datant pas de hier!!Probablement amenés là par ces pauvres bétes accrochés dedans. Comme le laisserai penser quelques os et surtout des trainées de frotement, voire de lustrage sur le plafond du passage...Vers un vide plus conséquent??TPST+TPES: 6H pour moi, 7H pour les autres.
Dans la lancée de la semaine dernière, offensive sur le bouchon en bas du vide récemment découvert.
Les options d'attaque sont nombreuses, l'air sort de plusieurs endroits le long d'un alignement contre paroi. Première salve à la verticale du ressaut : les endroits qui sonnent clair sont préservés, ceux qui sonnent douteux sont percés, parfois en aveugle.
Gros résultat et gros travail musculaire pour tout remonter dehors (à 3 c'est limite...) Un nouveau trou s'ouvre soudain dans le sol un peu en arrière du front : 3m de verticale au sondage mais on ne voit encore rien. Le courant d'air est fort, on espère qu'il s'agit d'un shunt du bouchon calcité principal.
Nouvelle salve et nouveau cubage à remonter... En descendant le niveau, une galerie revenant vers la perte du ruisseau (un amont donc) apparait sous ce que nous avions pris pour un méandre colmaté la fois précédente. Au milieu des cailloux du sol trône une veille et massive coulée de calcite, une configuration qui pose immédiatement deux questions :
- Qu'est ce qu'elle fait là si près de la surface alors que l'eau qui rentre ici est super acide et aurait dû la dissoudre ou empêcher sa formation ?
- Et surtout; pourquoi est-elle à l'envers...???
La coulée inversée...
Quel cataclysme a bien pu se passer ici après la formation de la grotte pour en arriver à ça ?
En attendant de comprendre, nous poursuivons le travail en aval et nous arrêtons sur la lèvre du ressaut suivant. La vision nous confirme que nous avons shunté le bouchon de calcite. Deux voire trois départs sont visibles en bas mais il nous manque du temps pour finir d'élargir et sécuriser convenablement le passage. Ce sera pour la prochaine fois...