dimanche 29 octobre 2017

Chandelier puissance 3 : Dilatation de l'espace et contraction relative du temps

Samedi 28 Octobre 2017
Trou du Chandelier
Participants : Denis, Henri, Christelle, Jean-Luc, Etienne, Laurent
TPST : 11h30

Depuis la découverte, nous alternons les sorties travaux et équipement et les sorties "première". Aujourd'hui c'est la troisième exploration de pointe dans le réseau (une par mois).

En cette fin de l'an de grâce 2017, au terminus de la grotte, toute la galerie est occupée par une énorme coulée de concrétion venue du Sud.
Toute ?
Non, à l'extrémité haute, un petit trou souffleur résiste encore et toujours à l'envahisseur calcique depuis des millénaires.

Nous sommes sur place vers 12h30 après une lourde progression matinale, agrémentée d'une découverte latérale intéressante (P15), et l'équipement de la coulée. C'est un décor surprenant qui nous accueille.
Le courant d'air a façonné d'étranges dents de sable sur les stalactites et certaines fistuleuses sont comme désarticulées.

Les "dents de requin", en sable induré. Une formation qui mérite le détour

Petite colonne à croissance phasique...

La lucarne laisse tout juste passer un homme. Ca tombe bien...
Arrivée directe sur un à-pic d'une quinzaine de mètres, c'est-à-dire exactement la hauteur que nous venons de grimper : le bouchon est shunté...
En bas, c'est sol plat sablo-argileux. La voûte est à plus de 20m et les gouttes d'eau en tombant ont finement sculpté des formes de fleurs sur le sol.

Fleur ciselée dans l'argile sableuse. D'autres exemples moins aboutis sont présents à côté

Il y a également un pendule de radiesthésiste dans un ancien gour. Celui-là devait chercher de l'eau...


Plus loin une nouvelle coulée de calcite nous barre la route, mais elle est beaucoup moins haute. Nouvelle séance de travail pour les fondus de l'équipement. Bien évidemment, ça redescend derrière par un nouveau puits. La zone nous mange énormément de matériel et on commence à se dire qu'à ce rythme on ira pas bien loin aujourd'hui...

Pourtant, en bas, nous sommes victimes d'un nouveau syndrome de tachycardie émotionnelle et collective (STEC, abréviation médicale inventée au Chandelier). La suite est énorme, plafonds ronds à 30m, des gours, des fistuleuses...

Secteur décoré entre deux volumes
Dans un recoin, on trouve un drôle de bol rempli de mondmilch. Décidément, ce trou, c'est Alice au pays de Merveilles...

La fontaine de lait
Etienne est reparti à l'ancien terminus chercher son appareil photo et la progression se poursuit mieux immortalisée que jamais par l'objectif du numérique.




Une nouvelle escalade de quelques mètres nous attend après la grande galerie se développant vers l'Ouest. Il nous reste une seule corde...

Denis en action
 C'est une simple formalité. La galerie en haut est de taille plus humaine, entrecoupée d'un petit lac qu'il faut traverser prudemment par la droite.
De nouveaux détails sympas se présentent.

Un coeur dessiné sur le sol

Des cratères bizarres
 La galerie redescend ensuite par un toboggan pas très pentu mais enduit de la fine pellicule blanche et glissante coutumière de certains endroits de la cavité.
Pas le choix, il faut équiper sous peine de ne pas savoir remonter. Plan B, la dynamique (on devrait plutôt dire "l'élastique") traîne au fond d'un sac. Ca fera l'affaire.

Cette fois on est à poil...
Denis qui voit le fond argileux n'est pas trop confiant pour la suite.
Et pourtant...
Après pas moins de 6 obstacles verticaux franchis ce jour, le bon génie du Chandelier va nous dérouler le tapis rouge :
Nous retrouvons la "rivière fossile", mais plus large, plus haute, plus belle que dans ses débuts. De la randonnée souterraine sur plusieurs centaines de mètres. Tantôt gros métro, tantôt collecteur aux parois verticales et sculptées, jonché ça et là d'accumulations de galets abandonnés par les crues ancestrales.

Un affluent semi-actif venu du Nord, avec courant d'air aspirant, est repéré et exploré. Conduite forçée assez étroite et jeune type trou du Vent. Elle descend d'une vingtaine de mètres sous le niveau du collecteur avant de remonter sur un volume plus large; il faudra du matériel, et c'est loin d'être une priorité.
Mais c'est la preuve qu'ici, creusements vadoses et noyés peuvent cohabiter.

La galerie principale, toujours aussi plate, prend une orientation plus Sud et se poursuit jusqu'à l'inévitable barrage de concrétions. On parvient à le traverser par le bas, assez rapidement, à coups de massette.
Mais il y en a un autre quelques dizaines de mètres plus loin, plus massif celui-là. Il est poreux à sa base et deux trous parallèles dans la calcite laissent échapper un bon courant d'air.
Et surtout, il semble bien qu'une nouvelle escalade permette de le shunter.
Un beau terminus pour une nouvelle exploration d'anthologie digne des grandes heures du club, avec en prime la sensation croissante d'éloignement.

Florilège de ces instants inoubliables et de ces paysages traversés, en photo d'explo. Etienne à la manoeuvre, avec seulement deux flashs:

La rivière fossile retrouvée

Avec ses formes de creusement impressionnantes

Profil de métro

Métro suite... L'arrivée de l'affluent est à gauche

Galerie sur faille


En plein rêve éveillé...
Le retour, allégé, s'effectuera en trois heures. Les divers aménagements et nouveaux équipements tout au long du parcours permettent ainsi, pour l'instant, que la moyenne de temps de transit n'augmente pas et même diminue proportionnellement à la distance parcourue.

A présent, l'hiver peut arriver, on est fixés sur le potentiel du réseau comme dirait Jean-Luc. Les priorités sont posées : balisage, topo, aménagements. Sans oublier une nouvelle purge obligatoire des "zones molles" de la trémie d'entrée, qui continuent de fluer lentement vers le bas tel un magma pâteux en faisant faire un gros ventre au grillage salvateur...

12 commentaires:

riton a dit…

J'adore le STEC!ça fait déja trois fois qu'on en est atteins!!!
L'inflexion vers la fin vers le Sud me plait bien. L'axe théorique de la vallée séche vers...Espezel!!No comment!

dominique poulain a dit…

toujours aussi grand :-)))
l ogre du plateau de sault!
felicitations,
pret pour la topo

masdan a dit…

Fabuleux, je vous envie!!!
Au cas où j'ai toujours les bateaux...

Denis a dit…

Contrôle d'alcoolémie au retour à 23h30 à Puichéric :
- Vous avez bu quelque chose ?
- Non, rien du tout.
- Vous avez consommé des produits stupéfiants ?
- Non, non.
- Vous êtes sûr ?
- Ecoutez, je viens de faire 12h de spéléo et c'était stupéfiant ! Là, je suis fatigué et je rentre chez moi...
- Bon, on va juste faire l'alcoolémie.
L'alcootest était heureusement négatif. Mais attention, la 1ère, ça pourrait devenir une drogue !

riton a dit…

Je confirme c'est une drogue!
Encore légale...profitons en!!!!

Thierry Bonnel a dit…

Décidément c'est la "barraca"sous le plateau de sault!!et dire que quelques mois en arrière nous étions dans l'incertitude...!tout cela semble irréel face aux déconvenues habituellement rencontrées dans le secteur..

dominique poulain a dit…

a denis
t avais pas parlé du controle
excellent :-)))))))))))))))

laurent a dit…

Après quelques recherches sur des publications et sur le net, je n'ai rien trouvé qui se rapproche du type de concrétions éoliennes découvertes au Chandelier. Il se pourrait bien que cette formation soit extrêmement rare.
Hypothèse :on pourrait être en présence de loess aspiré par la cavité en environnement périglaciaire (dernière glaciation ?).
Dans le flux d'air concentré par l'étroiture, ces poussières auraient été fixées par l'humidité cantonnées sous le vent des colonnes, puis calcifiées. Une "archive" en quelque sorte, d'une période, d'un sol extérieur et d'un climat différent.
L'enquête est ouverte.
A protéger absolument et rapidement en tout cas...

riton a dit…

Un réseau de folie...Non seulement grand et au potentiel illimité...mais avec des concrétions rares! Une fleur d'argile...un gour en forme de coeur...et ces stalactites dents de requin!!!

Thierry Bonnel a dit…

Je suppose en plus que ces concrétions doivent être sur le passage comme d'habitude!!

laurent a dit…

Un peu sur le côté heureusement mais c'est sensible quand même, d'autant qu'il faudrait élargir la lucarne juste après si on passe régulièrement par là.
Deux solutions :
- un balisage en dur (genre fils clairs acier)et micro micro charge pour la lucarne.
- ou bien on évite carrément la zone en ouvrant le trou souffleur repéré en bas de la coulée. Il y a un peu de boulot mais on éviterait en plus 30m de corde...

Thierry Bonnel a dit…

Si le passage bas est relativement propre ça doit valoir le coup et encore du gain de temps de gagné...super!