jeudi 9 juillet 2026

Les boulets de Damoclès

Dimanche 5 juillet 2026

Participants : Raphael, Pascal, Andréa, Gilles, Alary

TPST : 11h / Damoclès, massif de l'Estélas

Il m'arrivait quelquefois d'imaginer sous terre, au détour d'une galerie étroite, déboucher au-dessus d'un immense plan d'eau à la profondeur obscure d'apparence insondable. Ce petit rêve redondant n'a motivé en rien ce dont il sera sujet dans quelques lignes, mais a trouvé par un certain hasard sa concrétisation dans le réel.

À l'occasion du weekend spéléo Coume de Saleich organisé par le CDS31, un projet autour du Damoclès se monte en rassemblant la SSAPO (Rémi, Laurent, Benoit) et le SCA. Pour des raisons logistiques et matérielles, nous ne ferons pas équipe. Quand l'une descendra le 04 et repérera par la même le terrain, l'autre (nous) descendra le 05. Ce repérage par la première équipe les amènera à s'arrêter dans le P60 faute de cordes. Il faut ceci dit mentionner l'originalité de la documentation concernant le Damoclès. Nous disposons d'une histoire complètement zinzin en guise de description ainsi que d'une fiche de déséquipement... C'est très drôle à lire, beaucoup moins à comprendre (cf. Spelunca N°108 - Décembre 2007). Cette fiche de déséquipement nécessitant une réflexion inverse à celle de la logique de l'équipement descendant. Gilles a réalisé l'exercice de la remettre dans le bon sens, mais cela ne nous éclairera que partiellement une fois sous terre. D'autant que des surcouches d'équipement se sont rajoutées depuis ce temps... Cet ensemble de facteurs ainsi que des choix d'équipements les conduira à devoir rebrousser chemin avant d'avoir atteint la base du P60. Bien qu'avortée, leur descente sera remerciée par l'expérience qu'ils nous feront parvenir.

Samedi soir, après la traversée Louis-Goueil di Her, nous prenons le repas sur le rassemblement à Saleich. Et comme sur le Caussenard 2023, on me donne à nouveau les armes pour le braquage, sans que je demande… Trop facile, un pattern se dessine. Mais je les repose, discrètement honnête, j'ai prévu le coup. Ceci dit le fromage était bon... Il se fait tard, nous nous emmenons dormir en un endroit avantageux pour le lendemain.

Sept heures du matin, la préparation des kits. Les retours de la SSAPO nous suggèrent de prévoir large niveau matos. On envisage de prendre le perfo, mais sans mèches c'est pas bien utile (aabon ?). La veille, nous récupérions encore un peu de matos auprès d'Oxykarst (merci !). On se charge, au point que Gilles et moi renoncerons à la néoprène, renonçant au passage à la possible baignade dans le lac (aucun regret me concernant). Puis direction le trou, qui sera rapidement localisé par les traces laissées hier.
L'entrée, 8h32
J'entame l'équipement. Et ça commence directement par un ressaut de 6 mètres surplombant un P45. J'essaie de suivre les indications de la fiche, mais ne trouve pas le frac intermédiaire dans le grand puits. Je descends davantage jusqu'au moment où j'approche du frottement. Pas de frac, mais un monopoint discret qui servira à dévier suffisamment la corde pour rejoindre le sol. Ensuite arrive le laminoir de l'amer Denis, où un bon ramping et quelques étroitures mènent au P25. Équipement hors crue. Simple. À sa base, on remonte une coulée de calcite avec une grosse corde en fixe. Cette corde qui se transforme en pierre est complètement enrobée de calcite sur les premiers mètres, la rendant horrible à faire circuler dans les bloqueurs. 
   
P25 ; la coulée à escalader
Une chatière et un petit ressaut que l'on descend amènent au sommet du Puits 16, ou 13 + 3 = 45, ou P40... On ne sait pas, c'est incompréhensible, mais il y a bien 40 mètres. Le départ est donné comme étroit, avec une main courante de quelques mètres. Tout commence bien, je trouve les points, c'est parfait. Mais rapidement ça change. Je ne trouve ni la suite de la main courante, ni la tête de puits, et en plus, la corde que j'ai prise est trop courte, elle n'aurait pas dû être à cette position dans le kit. Gilles s'en rend compte avant que je n'entame la descente. On rééquipe. Comme je ne trouve rien, je reviens en arrière et descends au plus large dans ce méandre surplombant le puits. Pas de frac, juste un spit solitaire. Plus bas, rien ; en haut, ça frotte ; je remonte, pars à l'horizontal, rien... Tant pis, s'en est assez de chercher, ce spit fera le boulot. Quelques mètres plus bas, une fois le méandre donnant dans le puits, je trouve le véritable frac. Ouf !
   
La base du P40 ; vue depuis le bas
À partir de là, Gilles prend l'équipement, il est 11h. Un R4 puis le P8 menant au P60. Ici l'équipement devient vraiment difficile à localiser et à comprendre. Ce P60 débute par un plan incliné argileux glissant qui éjecte quiconque ne s'assure pas de ses appuis. Là où il devient paroi du puits, deux spits apparaissent au plafond, les atteindre n'est pas facile. Dessous, le frac menant au 1ᵉʳ palier se fait discret. Gilles y passe un moment et remonte plusieurs fois. Une fois le palier atteint, une main courante doit mener à la prochaine verticale. Bonne chance ! Gilles cherche et tente des trucs, avant d'enfin y parvenir. L'accès est acrobatique. À la remontée, je trouverai plus haut en paroi 4 spits regroupés, avec juste à côté un monticule d'argile visiblement fréquenté... Difficile d'appeler ça une main courante... Mais aurait-ce pu être par là ?
   
Plan incliné argileux ; vue sur le 1ᵉʳ palier acrobatique
Nous voilà en bas. Je reprends l'équipement pour le P45 qui arrive. La tête de puits est aérienne, mais rien de compliqué. On descend. L'heure du repas se fait sentir, mais le kit bouffe a pris l'eau par le haut et le sandwich à Gilles s'est liquéfié… Il part donc équiper le puits Tarzan et ses 20 mètres avec un pendule, pendant que nous autres mangeons.
   
Tête du P45 ; vue depuis le bas
Il est mention d'une déviation pour réaliser le pendule. Nous ne la trouverons jamais. Heureusement, une corde pendouille dans un méandre de mondmilch et permet à Gilles de remonter avec un peu de mal sur le palier. On installe le pendule, mais sans déviation, ça frotte. On ne remontra pas de cette manière. L'obstacle suivant est un plan incliné déversant pas très commode. L'équipement est créatif. Niveau matos, nous en avons des pelles en trop, on se déleste. Enfin le dernier obstacle, un bête R4 sans main courante d'accès. Et nous voilà dans le méandre Lolo ! Pendant qu'Andréa, Raphael et Pascal enfilent les combis, je m'en vais voir la première "moumoute vouillante". Se mettre à l'eau dans cette étroiture ne me réjouit pas du tout. Nous attendions les néoprènes avec Gilles pour passer en dernier et ne pas rester au froid. Mais après analyse, le passage me semble faisable sans trop se mouiller… Je tente, et y laisse seulement un bras et une jambe ! Et en plus ce n'était ni si froid, ni si désagréable. Pas mal !
   
Échantillon du miroir de faille ; moumoute vouillante 1 toute propre
Derrière, je crois le haut du méandre escaladable et donc cette première voûte shuntable. Je grimpe à 5/6 mètres au-dessus. Le méandre est tapissé en paroi de petites formations excroissantes. Et effectivement je rejoins l'autre côté ! Cependant, les prises et les pas ne sont pas très solides… Après vérification, ce shunt est bien visible sur la topo.
   
Le shunt de la moumoute vouillante 1
Le méandre parait très long sur le plan, dans la réalité c'est rapide et nous arrivons devant la moumoute vouillante 2. Ici, pas de shunt possible. On passe tous à l'eau et c'est légèrement plus merdique. Plus que quelques mètres et nous voilà au niveau du lac du Krakoukass !! Deux bateaux sont là, dégonflés. Impossible de les regonfler. On se stocke comme on peut au bord du lac, et nos nageurs se mettent à l'eau. Ils avancent jusqu'au milieu du lac, le Krakoukass ne les dérangera pas.

Les bateaux ; le lac calme

Avec Andréa, Raphael et Pascal dedans
Le plan d'eau est impressionnant. Il a été plongé jusqu'à 40m de profondeur avec une visibilité sur encore 10m, arrêt sur rien... ça continue à descendre !! Après la petite brasse, on se remonte. Dernier bain dans les moumoutes vouillantes et c'est parti pour les puits.
C'est Pascal qui déséquipe, je reste à proximité (merci d'ailleurs !). Tout se passe relativement bien, hormis en haut du P60 où le plan argileux est parvenu à éjecter Raphael, sans gravité. Les choses avancent mais en haut du P40 étroit, elles se compliquent. J'attends que Pascal arrive sous le dernier frac, puis pars franchir l'obstacle suivant avec mes deux kits car il est bien pénible et risque de me prendre du temps. Une fois franchie, je l'attends en haut de l'escalade de calcite, je l'entends qui arrive, mais la corde ne bouge pas... Et l'entend s'éloigner. Je tente de l'appeler mais rapidement après nous le voyons avec Andréa ressortir par une lucarne en plein dans la verticale du P25... Hop, demi-tour ! Andréa termine sa remontée, Pascal rebrousse chemin, moi descends l'escalade et commence ma remontée. Seulement, je ne le vois toujours pas arriver, observant s'agiter sa lumière à travers quelques concrétions et sur les murs de l'autre côté. Il tourne un moment en faisant des tours et des tours, je tente de lui indiquer le chemin depuis le dernier obstacle mais ce n'est pas bien évident de communiquer… Je commence sérieusement à envisager de le rejoindre, quand finalement il parvient à retrouver le bout de corde, devant lequel il est bien passé plusieurs fois, mais qui ne lui rappelait rien. Ouf ! Il s'avérera une fois sortie, que Raphael ait également fait un petit tour à cet endroit.

On remonte, j'attends Pascal à l'entrée du laminoir de l'amer Denis, Andréa est revenue pour me récupérer un des deux kits. Une fois au frac, je l'entends s'exclamer : "J'ai perdu ma clé !" ; elle s'est arraché lors de son détours... Et comme ce serait trop facile, je n'ai pas ma clé, car elle a été utilisée en bas pour tester les bateaux et que j'ai oublié de remettre la main dessus avant que tout le monde ne remonte... Je m'en vais au plus vite à travers le laminoir tenter de retrouver Andréa, espérant qu'elle n'est pas commencé la remontée du P45 d'entrée. Heureusement la voilà, retardés eux aussi par une erreur d'itinéraire. Elle s'en va généreusement porter la clé à Pascal. Raphael termine avec ses dernières forces la remontée du P45. Puis j'enchaîne avec trois kits pour répartir l'effort. Cette fois c'est la bonne, tout le monde remonte sans encombre et pointe la tête dehors vers 20h15. Quelle aventure !

Nous rejoignons les voitures assaillies par les taons, puis partons camper au parking de la fontaine de l'ours.
Un bon repas !

4 commentaires:

guilhem henri a dit…

Du Vrai Jules Vernes....raconté par une formule 1 du 21ème siècle!!!!Si tu a la topo essaye de la publier.

masdan a dit…

Attends Henri, il faut d'abord qu'il la fasse !.

Alary a dit…

La topo du Damoclès ?

Gilles a dit…

Au top le compte-rendu. Quelle équipe, il était temps qu'on sorte. 🤣