Participants : Félix, Alary
TPES : 8h / Gorges de Galamus
TPST : 1h45 / Grotte du Palimpseste & Grotte de l'Asphalteur (noms provisoires)
Lors des fortes pluies du 07/03/2026 qui avaient touché une partie des Corbières, Laurent s'était rendu, entre autres, dans les Gorges de Galamus alors en crue. Cette visite parfaitement placée lui avait permis de détecter trois résurgences fortement émissives en rive gauche de l'Agly (sous la route). Mais la question de la connaissance de ces drains et de la possibilité d'y pénétrer restait encore à vérifier... Quelques vidéos partagées pour attiser notre curiosité devinrent rapidement un jeu de piste pour essayer de localiser au mieux ces exutoires dans la falaise. De toute évidence, en l'absence de plus d'informations, il nous fallait tenter d'y accéder.
Le 27/03/2026, en transit par le coin, je fis un petit détour pour repérer les emplacements. Enormément de vent ce jour-là, pas évident d'observer distinctement les détails mais je me fis malgré ça une idée plutôt précise de leur position. Il ne restait plus qu'à trouver le bon moment pour y descendre... Moment qui sera trouvé conjointement en août avec Félix !
Rdv à 9h à Couiza, où nous retrouvons également Laurent. Le rapide transfert de matériel se transforme en listing et en discussion autour des objectifs et projets en cours. Pas mal d'entre eux mis en suspens devraient avancer prochainement… Peu avant 10h, nous nous mettons en route et rejoignons le parking de l'Ermitage. Et vers 11h, commence le repérage pour localiser la ligne de descente à la première résurgence. En matériel, nous avons deux cordes de 40m, 10 pulses, beaucoup de textile et même du matériel d'escalade (coinceurs, friends, pitons...). On ne prend pas tout d'un coup mais la guirlande de Noël reste belle. Dans le sens aval vers amont, notre premier objectif serait censé se trouver un peu derrière la ligne de crête de la paroi visible ci-dessous. La flèche rouge indique le départ et la jaune, la cote supposée de la résurgence. Cet exutoire était le plus important des trois en termes débit, espérons qu'il ne s'agisse pas d'une simple fissure sous pression...
![]() |
| La ligne |
On débute l'équipement, pris sur une rambarde et autour du muret via une fenêtre d'évacuation des eaux de pluie. J'entame la descente, me bats contre un buisson et repère un bon endroit pour fractionner. La vue est impressionnante ! Plus haut ça frotte. Davantage encore lorsque je pose mon frac, mais comme je bouge peu, c'est ok. Surprise inattendue, Lionel, qui était en canyon dans le coin a eu écho de nos travaux, il est donc venu nous rendre visite ! Deux trous de pulse plus tard, je me rends compte qu'il me manque le tuyau pour souffler ! Félix s'empresse d'aller le récupérer à la voiture. En attendant, je remonte pour fractionner le départ et éliminer ce frottement. Un AF + 1 pulse feront le travail. La soufflette en poche, je pose le second frac et descends d'une dizaine de mètres dans le vide avant d'atteindre un confortable plan incliné.
![]() ![]() |
| La vue juste sous le départ ; le second frac |
La descente se poursuit. J'arrive à aller bien loin avant de devoir à nouveau fractionner. Mais quelques mètres en dessous, j'arrive en bout de corde. Félix, qui assurait l'animation auprès des touristes, est contraint de me rejoindre avec l'autre corde. Cela me laisse le temps de me déplacer sur la paroi, me permettant de localiser un petit porche au sol caillouteux avec une végétation très inclinée, comme pliée par les flots. Une fois la corde raboutée, je descends le rejoindre. Mais ce dernier s'avère ne pas correspondre à ce que nous cherchons (exutoire fossile ?).
Je reprends la descente et obtient presque immédiatement une vision sur un autre orifice encore plus intéressant, seulement 5 mètres sous le premier. La végétation est couchée, le sol caillouteux est clair comme si de la calcite s'y était déposée.
Après environ 45m de descente au total, je prends pied devant cette confortable entrée. Les parois sont sculptées par l'eau et le trou souffle nettement un air frais. Nous avons trouvé notre première résurgence ! J'installe la corde et Félix me rejoint. Nous nous déséquipons pour aller sonder le trou plus en profondeur. Il est 13h.
![]() ![]() |
| L'entrée |
Le départ n'est pas bien large, mais ça passe. Félix ouvre la route. Nous sommes en short / t-shirt et pour ma part sans genouillères... La suite ne sera guère plus confortable, développant en conduite forcée. On descend en ramping un plan incliné de blocs et de graviers, les parois sont cupulées. Pour sonder la suite, Félix envoie quelques cailloux qui laissent penser à un puits. Nous parvenons à nous croiser, je passe devant. Finalement c'est un plan incliné suivi d'un ressaut de 3m qui se désescalade (vidéo ci-après). En bas, le conduit est très joliment poli, avec quelques galets de belle taille. Une voûte basse donne dans la suite qui s'horizontalise sur deux mètres. Cette voûte attirera mon attention car brisée en partie basse comme si quelqu'un l'avait travaillée...
![]() |
| Félix qui sonde le ressaut |
La suite est horizontale, puis descend de nouveau pour redevenir horizontale sur 5 mètres. Le sol et les parois sont couverts d'une calcite légèrement humide et glissante. Encore un passage bas et enfin je peux me mettre debout à la faveur d'un point bas.
![]() |
| Horizontale de 5m |
Ça continue à l'horizontal, mais d'abord je sonde le point bas. Je me plie au maximum et aperçois du bout de l'œil une boite jaune... Avec un meilleur angle, il me permet de comprendre que c'est une petite gamate avec une sangle... J'essaie de la sortir de là, mais impossible : trop étroit. La voûte qui y mène est d'ailleurs elle aussi travaillée. Le soupçon que la cavité ait déjà été visitée petit à petit augmente... Je ne sens pas d'air par là, mais j'ai l'impression que la zone a quand même été fouillée. Du coup je vais voir à l'horizontale, suivant le courant d'air. Et là, plus aucun doute. La vidéo parle d'elle-même...
![]() |
| AH ! |
La voûte de ce passage mouillant a été attaquée. Je ne souhaite pas me tremper, on s'arrête là, mais ça continue au-delà en remontant. Il y a de l'air... En l'absence d'information concernant cette grotte et compte tenu des observations et de notre expérience, nous la baptiserons temporairement pour savoir de quoi on parle : la "Grotte du Palimpseste".
![]() ![]() |
| Quelques images à la remontée |
À 14h30 nous sommes dehors. Félix remonte et prend le repas, je déséquipe. Puis direction notre second objectif, plus en amont.
Nous localisions facilement l'objectif. Départ depuis une évacuation d'eau à travers le mur et un spit déjà en place sur ce dernier. C'est Félix qui descend, j'assure l'animation et prends à mon tour le repas. Flèche rouge : départ. Flèche jaune : côte supposée de la résurgence.
![]() |
| La ligne |
![]() ![]() |
| La descente |
Huit mètres de descente, premier fractionnement (il y a d'ailleurs un spit solitaire juste à cet endroit...). Ce sera le seul car un porche sous-jacent permet de descendre jusqu'à la végétation. On descend au passage en plein dedans... Ici aussi, ça frotte légèrement. On mettra la protège corde à la remontée. Félix fouille le porche, il est borgne. Idem pour une alcôve plus bas dans la végétation. Trois mètres dessous, il localise finalement une entrée et un petit départ de conduite forcée. Bingo ! Je le rejoins. Pendant que Félix débarrasse l'entrée envahie de Salsepareille, je fais des découvertes. D'abord une grosse corde bleue qui pendait dans le vide, accrochée à la végétation dans l'axe de l'écoulement de la résurgence. Puis un râteau à bitume, pièce historique de la construction de la route ! D'où le baptême de cette cavité : "Grotte de l'Asphalteur".
![]() ![]() |
| L'entrée (basse au niveau du sol) ; les trouvailles |
La cavité débute par une conduite forcée légèrement descendante sur 4 mètres, où nous sommes stoppés par un pont de roche très solide. Nous essayons de l'attaquer avec des cailloux, mais nous brisons tous les cailloux... Alors Félix ressort pour récupérer le marteau. Même avec cet outil de pointe, briser ce pont demandera méthode, endurance et impact. En termes de courant d'air, c'est très léger, mais perceptible.
![]() ![]() |
| La conduite vue de l'intérieur ; le pont de roche à éliminer |
Bien que cet obstacle nous bouche le passage à nous, il n'est pas impossible qu'en creusant le sol, d'autres gabarits plus fins auraient pu passer. Après quelques minutes de martelage, le pont cède. Nous passons en nous allongeant dans les débris tranchants. Mais rapidement de l'argile et du sable remplacent les cailloux. Nous passons un passage bas semblant être capable de retenir l'eau un moment, puis ça remonte un peu pour partir à l'horizontal sur 4 mètres. Puis la conduite forcée se transforme en galerie où l'on tient largement debout ! La galerie remonte, les murs sont couverts de cupules, le plafond suit un chenal très marqué.
![]() |
| La galerie vue depuis sa moitié haute (le laminoir est pile au centre de l'image, dans l'ombre) |
À la base de la galerie, un laminoir bas descend légèrement. Pénétrable mais pas sans la combinaison et quelques outils. Au bout de trois mètres, le plafond gagne quelques centimètres puis la visibilité se perd. Aucune certitude de courant d'air, mais le passage, bien que très bas, est large. Ensuite nous allons en haut en remontant une coulée très lisse. Peu de prises, j'échoue mon premier essai avec un retour glissade. Pour le second, je tente un jeté pour attraper une petite stalagmite de quelques centimètres de haut, avec ça je parviens à grimper. La galerie s'horizontalise et s'abaisse. Des blocs de sable rouge cimentés jonchent le sol. Au bout de 6 mètres, le laminoir redescend légèrement sur un lit de gravier, puis ça devient impénétrable. Le sol, le plafond et les parois se rejoignent, laissant uniquement un petit trou tout au bout. Je ne détecte pas d'air.
![]() |
| Le laminoir tout au fond de la galerie haute |
![]() ![]() |
| Les blocs de grès (peu solides) ; deux espèces de sables cimentés en paroi |
Nous observons aussi de beaux regroupements d'hétérocères, probablement Amphipyra effusa. Nous remontons (ou descendons ..?), Félix déséquipe, il est 18h.
![]() |
| Où est Félix ? |
Dernier objectif de la journée, le plus simple mais aussi le moins prometteur car il s'agit d'un talweg complètement empierré. L'accès se fait sans corde. Au pied du mur, sous la route, un orifice d'évacuation des eaux en tête du talweg pourrait être à l'origine des écoulements. De la mousse pousse d'ailleurs dans les fissures du bâti, preuve que de l'eau y circule reguièrement. Nous allons voir plus bas en suivant le talweg et en allant voir à droite et à gauche. Nous ne trouverons rien. Laurent avait déjà fouillé l'endroit sans plus de succès.
![]() ![]() |
| L'orifice sous la route |
En bref, deux objectifs sur trois ont correctement donnés ! En plus d'être très amusant à faire comme prospection, nous avons effectivement mis la main sur deux drains du massif. Les deux devront être revus et explorés plus en profondeur. La première cavité (Grotte du Palimpseste) a déjà été visitée. Mais jusqu'où ? Par qui ?? Et quand ??? Si nous ne trouvons rien à son sujet pour nous dissuader d'y retourner, l'inverse se produira. La cavité est très nettement ventilée (souffle), nous ne sommes pas allés jusqu'au bout. Pour la seconde cavité (Grotte de l'Asphalteur), le courant d'air est faible (souffle ??), mais nous ne sommes pas allés jusqu'au bout. Nous n'avons observé aucune trace de passage. Seuls quelques polissages auraient pu nous y faire penser mais il pourrait aussi bien s'agir du sable transporté par l'eau. L'absence d'indice de passage ne prouve rien. La conclusion est la même que pour la première cavité. Pour information, la période qui dérange le moins les rapaces ici en falaise, c'est de fin août à fin septembre.
En somme, une très belle journée qui a ravi tout le monde !
Ça rajoute encore des objectifs à la liste...
























15 commentaires:
C'est sur belle recherche. Mais à mon avis sur une zone archi rabattue par nos voisins catalans. Galamus n'étant quelque part plus vraiment dans l'Aude. Des échos des activités spéléos que j'ai par là laissent penser à des recherches "par dessus la jambe", faite par divers individuels pas inscrits dans des CLUBS....Vas t'en avoir des ensuite des infos!!!Je pense la rive droite coté Roc Paradet plus intéressante, mais malheureusement fracturée et bouchée à mort....Retour bientôt dans les "vrais" Corbières??
En visionnant la video de Laurent et vue le peu d'air que vous y avez trouvé j'imagine une zone bien bien noyée la dessous. Cet étrange mais Galamus, au niveau spéléo, ne m'a jamais attiré On m'a signalé récemment une zone de dolines très karstifiée, plus au Sud et pas vraiment dans les gorges....
Bien joué !
Il y avait un club très actif dans le secteur dans les années 80, le GSMSP (Groupe spéléo montagne saint paulais), il faut sans doute chercher de ce côté-là les incursions anciennes, parce que la gamatte, c'est pas un truc de grimpeur qui passait par là....
Super et amusant à la fois. Il y a plus de 30 ans, on avait fait un pompage CDS sur un trou en rive gauche et en bord de route. On avait rabattu le plan d'eau de plusieurs mètres, tout en enlevant les cailloux, jusqu'à ce que le plan d'eau reste stable. Il y avait, là, une bouteille. J'avais reniflé le goulot, l'odeur était pestilentielle. Compte tenu des aménagements en bord de route, c'était une sortie d'eau en hautes eaux et cette eau serait la résurgence des pertes de l'Agly plus en amont.
C'est tout à fait ce que je pensait. Et leur leader était peut être un certain Marty, il me semble, mort asphyxié dans une cavité de ce chainon calcaire (?). A confirmer si quelqu'un me lis.
Fin des blog?Sur les 9 liens de blog visibles sur la région et limitrophes, il n'y en a que 4 encore alimentés, le notre étant le plus vivant et documenté!!!Crise de la pratique, évolution des médias de com, ou reflet du dynamisme des asso???Nous concernant, je pense pour la dernière hypothèse!
Il est très probable que ce soit dû à Christian Marty et ses partenaires dans les années 80-90.
Oui c'est ça Bernard, il s'appelait Christian.
Je vois que tu nous lis.
Excellent les amis, bravo pour cette sortie exploratoire… ça fait plaisir de revoir ces vidéos de Laurent. A une prochaine !
Salut, belle explo et merci pour les rapaces ! En effet, au début des années 80, il existe une antenne de l'ESR nommée le Club Spéléo Saint Paulais qui mène une prospection systématique dans les Gorges de Galamus sous la houlette de José Blavi-Tarrago et Christian Marty. Très vite, ils quittent l'ESR suites à des tensions et créent le Groupe Spéléo Montagne Saint Paulais. On leur doit la découverte de nombreuses cavités comme la Grotte du Poisson d'Argile et surtout le Réseau des Anarchistes (amont de la Tirounère). Malheureusement, Christian décédera avec Franck Bournet en août 1999 asphixiés alors qu'ils désobstruent un aven pour accéder à la suite du Barrenc de la Pipe à Prugnanes. Du coup, les résultats de leurs travaux ont été en grande partie perdues.
D'où l'importance d'archiver!!!
Bien sûr mais tu ne peux pas obliger des spéléologues a produire des topos, des CR, voir des publications et à archiver. Ce n'était pas dans leur culture.
Ay SCA l'on a la chance d'avoir quelques jeunes qui sont dans notre "tradition". Non seulement ils font des super classiques, mais aussi de l'explo avec topo et CR.....
Salut Bernard, Christian notait toutes ses explorations dans un carnet. Certes, il n'a pas publié mais il effectuait un suivi rigoureux de ses recherches. J'ai eu la chance de récupérer quelques pages de son carnet sur l'exploration des Anarchistes et de la Pipe ainsi qu'une de leur première topo des Anarchistes. Le reste semble définitivement perdu... N'hésite pas si ça t'intéresse.
Merci pour tous vos retours ! C'est passionnant d'être arrivé à retrouver au moins un petit bout de l'histoire concernant ce trou. Dommage pour le travail déjà effectué... On tâchera de terminer ce qui a été commencé !
Enregistrer un commentaire